2.  PHENOMENOLOGIE DE LA “TRANSSEXUALITE”?

Pour commencer une mise au point concernant la terminologie me semble nécessaire. J'emploierai les termes suivants dans le sens précisé:

-- SEXE PSYCHOLOGIQUE[1] pour le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme,

-- IDENTITE SEXUEE ou IDENTITE DE GENRE pour féminité et masculinité[2],

-- GENRE pour la représentation sociale des valeurs féminines et masculines,

-- ATTIRANCE AMOUREUSE ET SEXUELLE pour orientation sexuelle (ou choix d'objet).


Le SEXE PSYCHOLOGIQUE, c’est à dire le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme, se structure de façon stable très tôt dans l’enfance chez la très grande majorité des individus. La “transsexualité” n'est ni un désir de changement de sexe, ni d'un choix de vie, c'est une contrainte à la métamorphose, une obligation à être soi.

Aucune psychothérapie, psychanalyse, aucun traitement ne peut changer un sexe psychologique stable. Ces techniques peuvent par ailleurs être utiles pour des problématiques autres qui peuvent aussi cohabiter avec une “transsexualité”. Comme les psychothérapies coercitives visant à changer le sexe psychologique des “transsexuels” afin de le faire correspondre au sexe somatique ont échoué, la seule solution restante est de modifier le corps pour qu'il corresponde au psychisme des personnes.

Bien qu'elles aient conscience de leur sexe anatomique, des personnes me disent ne pas savoir si elles se sentent appartenir au groupe de femmes ou au groupe des hommes, ou bien se sentir tantôt femme, tantôt homme. D'autres personnes doutent de leur sexe psychologique parce qu'elles ne se sentent pas en concordance avec les stéréotypes liés aux genres. Elles disent ne pas se sentir assez féminines pour une femme ou pas assez masculines pour un homme, ou elles disent être trop masculines pour une femme ou trop féminines pour un homme. Elles disent aussi se sentir en décalage sur le ressenti de féminité/masculinité par rapport à leur sexe anatomique. Pour elles, ne pas être assez féminine par rapport aux stéréotypes de genres, c'est peut-être ne pas être une femme, ou ne pas être assez masculin par rapport aux stéréotypes de genres, c'est peut-être ne pas être un homme. Parce qu'elles pensent que leur identité de genre ne correspond pas aux stéréotypes de genres, elles doutent de leur sexe psychologique. Cela peut entraîner une souffrance, et dans ce cas il est utile de proposer une aide psychologique. Du fait qu'il y a un manque de liberté et de recul par rapport à ces stéréotypes qui sont des constructions sociales, il faut aider à prendre conscience qu'une femme ou qu'un homme n'a pas besoin de coller aux stéréotypes sociaux pour être une femme ou un homme. La thérapie consiste à démonter une fabrication sociale.

Le GENRE est une représentation sociale des valeurs féminines et masculines attribuées à chacun des deux sexes. Le genre est une construction sociale et il varie avec les époques et les cultures. Le genre est issu d'une organisation hétérocentrée et hétéronormative de la société.

L'IDENTITE SEXUEE ou IDENTITE DE GENRE est la féminité ou/et la masculinité ressentie, le sentiment d'être féminin ou/et masculin. La féminité et la masculinité fluctuent et cohabitent à des degrés variables chez une même personne[3]. En général la femme est plus féminine que masculine et l'homme plus masculin que féminin. Mais une personne peut être une femme masculine sans pour autant douter d'être une femme, de même, une autre personne peut être un homme féminin qui ne doute pas d'être un homme. C'est une chose que d'être un homme féminin, c'est autre chose que d'être un homme qui se sent femme (idem pour une femme masculine et une femme qui se sent homme).

Les transsexuels/les ne changent ni de sexe psychologique ni d'identité de genre. Certains changent de rôle de genre (comportement social) mais pas tous, (cela dépend de l'âge de début de transition). Les transsexuels/les se conforment socialement au sexe auquel ils se sentent appartenir. Même s'ils y réfléchissent, les transsexuels/les ne remettent pas en cause les rôles sexués ni les genres, ce qui n'est pas le cas des transgenres qui ne cherchent pas forcément à être reconnus socialement comme femme ou homme.

Le “transsexuel” est conscient de son sexe de naissance et il ne le nie pas. Il sait qu'il fait partie d'une catégorie sexuelle (femme ou homme). En ce sens, il n'est pas délirant, puisque conscient de la réalité physique (principe de réalité). On peut même dire qu'il reconnaît la différence des sexes et que cette partie Oedipienne lui est acquise. Par contre, son sexe psychologique ne correspond pas à son sexe anatomique, et c'est là son problème. Il lui est impossible d'expliquer pourquoi. A partir du moment où il constate la nature de son sexe anatomique, il prend conscience de la dichotomie entre son sexe corporel et son sexe psychologique. Ces derniers sont de deux sexes différents, l'un femme, l'autre homme, (ou l'inverse). Chez certains sujets, la prise de conscience de la réalité de leur sexe anatomique n'intervient qu'à la puberté. La mise en route des caractères sexuels secondaires les oblige à voir la réalité. Ces phénomènes se rencontrent aussi chez des non-“transsexuels” qui ne savent pas clairement s'ils sont femme ou homme ou se découvrent femme alors qu'ils se croyaient homme ou l'inverse. Dans ce cas, les choses ne sont pas structurées et peuvent se réaménager.

A propos du principe de plaisir, on ne peut pas dire que pour la personne “transsexuelle” le principe de plaisir est plus important que le principe de réalité. En effet, être “transsexuel” engendre une telle souffrance psychologique que cette affirmation pose problème. Le parcours “transsexuel”, la transformation, vise à soulager cette souffrance en permettant aux personnes concernées de retrouver leur unicité psychisme-corps pour leur permettre d'être tout simplement.

L'ATTIRANCE AMOUREUSE ET SEXUELLE correspond à l'hétérosexualité, l'homosexualité, la bisexualité et l'asexualité (sans attirance amoureuse et sexuelle). L'attirance amoureuse et sexuelle peut varier au cours de la vie et que de ce fait les catégories sexuelles ne sont pas figées[4].

Le sexe psychologique, l’identité de genre (ou identité sexuée) et l’attirance amoureuse et sexuelle sont censés se structurer dans cet ordre, mais comme ils sont indépendants les uns des autres, cet ordre n'est pas toujours respecté. Les personnes dont le sexe psychologique n'est pas stable peuvent avoir une attirance amoureuse et sexuelle et vivre des relations avec une ou plusieurs personnes.


Contrairement à maladie dont on connaît l'origine, un SYNDROME est un ensemble de signes et/ou de symptômes qui caractérisent une affection ou un handicap dont l'origine est inconnue. En attendant de savoir si la “transsexualité” est une maladie ou un handicap, c'est une question qui nécessite des soins médicaux de longue durée, (traitement hormonal, accompagnement psychologique, éventuellement chirurgie). Les personnes dites “transsexuelles” ne sont pas malades au sens biologique ou psychologique[5] du terme, pas plus qu'une femme qui prend une pilule contraceptive ou demande une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), ni qu'un couple qui demande une PMA (Procréation Médicalement Assistée). Mais le traitement hormonal, délivré uniquement sur ordonnance, nécessite un suivi médical. Il en est de même pour une femme qui prend un contraceptif. L'IVG et surtout la PMA nécessitent des interventions complexes et des techniques sophistiquées, tout comme la chirurgie des “transsexuels/les”.

Il me semble préférable de parler de SYNDROME DE BENJAMIN FEMININ (SBF) ou de “transsexuelle” quand il s'agit d'un homme au sexe psychologique de femme, c'est-à-dire de conversion physique d'homme vers femme. Et de parler de SYNDROME DE BENJAMIN MASCULIN (SBM) ou de “transsexuel” quand il s'agit d'une femme au sexe psychologique d'homme, c'est-à-dire de conversion physique de femme vers homme. En faisant ainsi, je ne dénie pas les personnes et je ne les discrédite pas. Je tiens compte de leur nature profonde en ne les décrivant pas par ce qu'elles rejettent: leur sexe de naissance.

Le syndrome de Benjamin (“transsexualité”) est un état transitoire, le temps de la transition d'un sexe à l'autre depuis la prise de conscience jusqu'au changement d'état civil. Cette phase transitoire dure plusieurs années. Pour retrouver leur unicité, (correspondance entre le sexe psychologique et le sexe anatomique), les personnes concernées par le syndrome de Benjamin n'ont pas d'autres solutions que les traitements médicaux, la chirurgie devant rester facultative. De cette façon, la “transsexuelle” devient physiquement une femme, et le “transsexuel” devient physiquement un homme. Seul le physique change, pas le sexe psychologique.

Cette transformation n'est pas parfaite, les traitements médico-chirurgicaux ne font qu'adapter le corps du patient pour lui permettre de vivre “normalement” dans l'autre sexe. Il est évident que ces traitements ne changent pas la formule chromosomique du sujet, qu'ils rendent le patient définitivement stérile, et qu'ils nécessitent une prise d'hormones à vie ou jusqu'à 60 ans. Les personnes concernées par le syndrome de Benjamin considèrent ces traitements, s'ils sont bien faits, comme une réparation[6], non comme une mutilation. Ces traitements, s'ils sont bien faits, améliorent la vie des personnes. Mais le traitement médical ne devient un succès qu'avec le changement d’état-civil (le changement du sexe et des prénoms sur l’acte de naissance). Sans cela, les personnes dites “transsexuelles” restent sans papier.

A cause de leur aspect physique dit “normal”, les personnes concernées par le syndrome de Benjamin sont niées dans leur existence même et dans ce qu'elles ressentent. A tel point qu'elles arrivent à croire qu'elles déraisonnent. Ainsi, toute leur enfance et une partie de leur vie d'adulte sont gâchées. Puis il leur faut plusieurs années, après avoir essayé de s'adapter, pour qu'elles acceptent leur nature et aient le courage d'effectuer ce parcours. Pour affirmer cela, je m'appuis sur les nombreux entretiens téléphoniques que j'ai avec les personnes concernées lors de mes permanences à l'Association du Syndrome de Benjamin et mon propre parcours médical.

Pour nous, “transsexuels”, c'est une problématique extra psychique. Notre problème est le suivant: notre sexe psychologique n'est pas en accord avec notre sexe anatomique. Nous savons comment y remédier: changer notre corps. Et les moyens techniques pour y arriver existent: les hormones et la chirurgie. Cela fait presque 50 ans que les personnes “transsexuelles” réussissent à transformer leur corps et que, de ce fait, elles sont débarrassées du problème initial. Après, elles n'ont ni plus ni moins de problème psychologique que le reste de la population. Il nous suffit de changer notre corps pour retrouver notre unicité et nous sentir en harmonie avec nous-mêmes. Nous savons ce qu'il nous faut. Pourquoi nous empêche t-on d'y accéder?

La chirurgie permet de réparer des becs de lièvre, des nez, des oreilles, que leurs propriétaires ne supportent pas. Des personnes se font liposucer, rectifier une partie de leur anatomie qu'elles considèrent comme disgracieuse et s'en elle trouvent mieux. Là aussi les moyens techniques existent et les personnes les utilisent parce qu'ils améliorent leur vie. Certes changer de sexe n'est pas anodin. C'est pourquoi il est nécessaire de pouvoir prendre une décision éclairée. Pour cela, il nous faut une bonne information, un accompagnement psychologique et, si nécessaire, une aide à l'autodiagnostic. Il ne faut pas oublier que pour nous, la sexualité n'est pas ce qui est le plus important. Notre objectif est d'être nous-mêmes.

Dans ce mémoire de DESS, afin d'illustrer mes propos, j'utiliserai des témoignages qui proviennent de mon mémoire de maîtrise[7]. J'ai fait passer un questionnaire à deux groupes: groupe 1 (G1) pour les non-SB[8] comme groupe contrôle et groupe 2 (G2) pour les SB[9]. Le groupe G1 est constitué de 16 femmes et 6 hommes soit 22 personnes non-SB et le groupe G2 est composé de 15 SBF[10] et 10 SBM[11] soit 25 personnes SB. Les questionnaires sont spécifiés par leur numéro de groupe puis par leur numéro d'ordre dans le groupe (G1-1 à G1-22 et G2-1 à G2-25). Par exemple, le questionnaire 15 du groupe 2 est désigné par G2-15. J'ai également recueilli 4 interviews de 2 SBF et 2 SBM: Anna, Axelle, Yoann et Evrard.

2.1.  SPECIFICITE DE L'EXPERIENCE “TRANSSEXUELLE”

Le “transsexualisme” n'est ni un fantasme, ni une sexualité, ni une perversion, ni une maladie mentale. C'est une question d'identité, je dirai même que c'est une question d'Etre. Nous trouvons des traces du “transsexualisme” à toutes les époques, mais depuis 1953, il existe une réponse médicale à cette problématique. En effet, être dans un corps qui ne correspond pas à son sexe psychologique génère une très grande souffrance qui peut entraîner anxiété, dépression, automutilation, suicide.

Des médecins ont rapporté des cas ou ont commencé à comprendre la problématique, et même tenté des traitements chirurgicaux mais sans pour autant sortir du transvestissement [12], ni de l'homosexualité. C'est le cas de Magnus HIRSCHFELD dont l'Institut de sexologie à Berlin a été détruit par les nazis en 1933. Magnus HIRSCHFELD est un pionnier dans le traitement des “transsexuels”. Il a effectué la première opération en 1912, mais il n'y avait pas encore de traitement hormonal. D'autres opérations ont eu lieu entre cette date et 1933 à l'Institut de sexologie de Magnus HIRSCHFELD. Il est mort en 1935 à 67 ans.

En 1949, du fait de sa pratique clinique, Harry BENJAMIN, fait du “transsexualisme” un syndrome à part[13]: « C'est une entité nosographique qui n'est ni une perversion, ni une homosexualité ». Le 18 décembre 1953, lors d'un symposium à l'Académie de médecine de New-York, il complète: « le transsexualisme est le sentiment d'appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d'une transformation corporelle ». Harry BENJAMIN, d'origine allemande, était parfaitement informé du travail de Magnus HIRSCHFELD. Ils correspondaient et se sont rencontrés plusieurs fois au cours de leur carrière. En 1949, lorsqu'il commence à suivre des “transsexuels”, Harry BENJAMIN instaure le traitement hormonal pour ses patients. C'est grâce à ce traitement hormonal que l'aspect physique est réellement modifié, ce qui constitue un véritable progrès. Harry BENJAMIN est mort en 1986 à 101 ans[14].

Dans le syndrome de Benjamin, le sexe psychologique ne se développe pas dans le sens du sexe anatomique, il se développe comme si le sujet était de l'autre sexe. Pour leur très grande majorité, les individus ne se posent pas la question de savoir s'ils sont homme ou femme. Leur sexe psychologique est en accord avec leur sexe anatomique, ce dernier leur servant de repère. Il n'en est pas de même pour les “transsexuels/les” qui sentent un décalage entre leur sexe psychologique et leur sexe physique. Une “transsexuelle” est une femme dans un corps d'homme. Un “transsexuel” est un homme dans un corps de femme. Les personnes dites “transsexuelles” sont conscientes de leur sexe anatomique, ils ne le nient pas, mais celui-ci ne s'accorde pas avec leur sexe psychologique.

Joseph DOUCÉ, à quelques expressions près, présente la problématique presque de la même façon[15]:

« Une distinction claire doit être faite entre un homosexuel, un transsexuel et un travesti. Le grand public fait souvent une confusion (est-elle voulue?).
Un homosexuel est une personne sexuellement et affectivement attirée par un membre de son propre sexe. La lesbienne ne cherche pas un mari et un homo ne rêve pas d'une épouse. Mais le problème de l'identité sexuelle «suis-je un homme?» ne lui vient pas à l'esprit, même pas à l'homosexuel passif.
Un travesti est une personne qui aime occasionnellement s'habiller dans des vêtements du sexe opposé, souvent de façon assez burlesque, et à condition que l'entourage sache bien qu'il s'agit d'un homme qui s'est déguisé en femme et inversement. Il ne pense pas à une intervention chirurgicale et son travestisme l'aide à s'exciter davantage sexuellement. A vrai dire, il s'agit d'une forme de fétichisme, assez naïve d'ailleurs.
La transsexualité, par contre, est avant tout un vrai problème d'identité. Le transsexuel est profondément tourmenté par un décalage intense qu'il ressent entre ses pulsions purement physiques (érections pour les hommes, menstruations pour les femmes) et ses expériences, et son sentiment intime d'appartenir à l'autre sexe mentalement. Le transsexuel pourrait résumer sa situation en disant: «je suis une femme prisonnière dans un corps masculin» ou vice versa. La masse des gens, homosexuels ou hétérosexuels, ne se posent jamais une telle question.
 »


A propos de l'attirance amoureuse et sexuelle, il écrit[16]:

« Etant donné que la transsexualité est un problème d'identité et que l'homosexualité est à comprendre comme une orientation sexuelle, il va de soi qu'un transsexuel peut être aussi bien attiré par une personne du même sexe que par une du sexe opposé. »


Concernant le diagnostic de psychiatrie, Joseph DOUCÉ écrit[17]:

« La psychiatrie classique a considéré la transsexualité comme un désordre mental, voire même une psychose: le délire.
S'il est vrai que des doutes sur l'identité sexuelle peuvent être un symptôme de schizophrénie, d'une structure de personnalité psychotique, il n'est pas moins vrai que la transsexualité est un syndrome à part en soi.
 »


La classification française, qui date de 1968, n'intègre pas le “transsexualisme”. Elle est toujours en vigueur. Elle est différente de la classification européenne (CIM-10 de l'OMS) et de la classification internationale (DSM IV d'origine états-unienne[18]). Voici ce que Jacques BRETON écrit à ce sujet[19]:

« Le transsexualisme est une affection mentale rare qui consiste, chez un sujet normalement constitué, en la conviction d'appartenir au sexe opposé. Cette conviction, véritable idée prévalente est précoce, permanente et inébranlable. Elle se traduit dès l'enfance par des comportements du sexe opposé (jeux, manières, goûts, tendances...). La prise de conscience de ne pas être une fille (ou un garçon) comme les autres a lieu à la puberté ou un peu avant. Par la suite, la conviction transsexuelle se manifeste par le travestissement, la demande impérieuse des traitements hormonaux et chirurgicaux propres à donner au corps l'apparence du sexe revendiqué et par la demande du changement d'état-civil. Les preuves anatomiques les plus évidentes du sexe biologique (appareil génital externe chez l'homme, seins chez la femme) sont l'objet de répulsion.
Le transsexualisme n'est pas curable par les thérapeutiques psychiatriques actuellement disponibles. La satisfaction de la demande de traitement hormonal et chirurgical et du changement d'état-civil paraît le plus souvent améliorer l'état du patient et éviter ou faire disparaître les complications: dépression, anxiété, désadaptation socio-professionnelle et affective, voire tentatives de suicide et d'auto-castration.
Le transsexualisme est dû à une perturbation de la phase psychique de la différenciation sexuelle dont on ne connaît pas la cause.
[...]
Le transsexualisme est longuement défini par le D.S.M. III (Cf. chapitre III); mais il ne figure pas dans la Classification française des troubles mentaux élaborée (en 1968) sous l'égide de L'I.N.S.E.R.M. «par le Dr SADOUN, avec le concours d'une Commission Consultative spécialisée présidée par le Pr KAMMERER». R. SADOUN a bien voulu nous confirmer, en le déplorant, qu'il faut classer le transsexualisme comme une perversion sexuelle en 11-2.
 »


L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit le “transsexualisme” comme suit[20]:

« F64 TROUBLES DE L'IDENTITE SEXUELLE

F64.0 TRANSSEXUALISME

A. Désir de vivre et d'être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé. Ce désir s'accompagne habituellement du souhait de transformer son corps pour le rendre aussi conforme que possible au sexe préféré, et ce grâce à la chirurgie ou à un traitement hormonal.

B. L'identité de type transsexuel est présente, de manière persistante depuis au moins deux ans.

C. Le trouble n'est ni un symptôme d'un autre trouble mental tel qu'une schizophrénie ni associé à une anomalie chromosomique. »


L'OMS précise[21]:

« Il s'agit d'un désir de vivre et d'être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé. Ce désir s'accompagne habituellement d'un sentiment de malaise ou d'inadaptation envers son propre sexe anatomique et du souhait de subir une intervention chirurgicale ou un traitement hormonal afin de rendre son corps aussi conforme que possible au sexe désiré. »


L'American Psychiatric Association (APA) définissait[22] le “transsexualisme” dans les:

« TROUBLES DE L'IDENTITE SEXUELLE.

[...]
302.50 Transsexualisme

A. Sentiment persistant d'inconfort et d'inadéquation par rapport à son sexe désigné.

B. Désir persistant, pendant au moins deux ans, de se débarrasser de ses caractères sexuels primaires et secondaires.

C. Le sujet a atteint l'âge de la puberté.
Spécifier la tendance sexuelle antérieure: asexuelle, homosexuelle, hétérosexuelle, ou non spécifiée.
 »


L'American Psychiatric Association a fait évolué sa définition[23] toujours classée dans:

« F64.x [302.xx] TROUBLES DE L'IDENTITE SEXUELLE.

A. Identification intense et persistante à l'autre sexe (ne concerne pas exclusivement le désir d'obtenir les bénéfices culturels dévolus à l'autre sexe).
[...]
Chez les adolescents et les adultes, la perturbation se manifeste par des symptômes tels que l'expression d'un désir d'appartenir à l'autre sexe, l'adoption fréquente des conduites où on se fait passer pour l'autre sexe, un désir de vivre et d'être traité comme l'autre sexe, ou la conviction qu'il (ou elle) possède les sentiments et les réactions typiques de l'autre sexe.
B. Sentiment persistant d'inconfort par rapport à son sexe ou sentiment d'inadéquation par rapport à l'identité de rôle correspondante.
[...]
Chez les adolescents et les adultes, l'affection se manifeste par des symptômes tels que: vouloir se débarrasser de ses caractères sexuels primaires et secondaires (p. ex. demande de traitement hormonal, demande d'intervention chirurgicale ou d'autres procédés afin de ressembler à l'autre sexe par une modification des caractères sexuels apparents), ou penser que son sexe de naissance n'est pas le bon.
C. L'affection n'est pas concomitante d'une affection responsable d'un phénotype hermaphrodite.
D. L'affection est à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
[...]
Spécifier (pour les sujets ayant atteint la maturité sexuelle):
Attiré sexuellement par des hommes
Attiré sexuellement par des femmes
Attiré sexuellement par les deux sexes
Attiré sexuellement ni par un sexe, ni par l'autre.
 »


Notes:

[1]  Terme que j'ai repris de Joseph DOUCE, (1986), La question transsexuelle, Paris, Lumière & Justice, 259 p.

[2]  En 1996, l'une d'entre nous, bien qu'elle n'employait pas exactement ces termes, a attiré mon attention sur la différence entre le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme et la féminité/masculinité.

[3]  REUCHER T., (2000), La sexualité des “transsexuels” (syndrome de Benjamin). Approche ethnopsychiatrique, mémoire de Maîtrise de psychologie clinique et pathologique, sous la direction de Nathalie ZAJDE, Université de Paris 8, 110 p., et Annexes, 129 p., disponibles au Centre Georges Devereux, Université Paris 8. Voir pp. 30-31 et Dépouillement des tableaux comparatifs, Annexe H, p. H.5, les tableaux 12, 13 et 14.

[4]  REUCHER T., (2000), op. cit., p. 66.

[5]  Ce n'est pas une pathologie psychique, mais la souffrance qu'engendre cette problématique peut générer des états anxieux, dépressifs, voire aboutir à des tentatives de mutilations ou de suicides

[6]  D'où l'importance d'une chirurgie réussie. Car quand une personne est devenue plus ou moins handicapée du fait d'une chirurgie ratée, elle ne saurait être satisfaite.

[7]  REUCHER T., (2000), op. cit.

[8]  Personnes non concernées par le syndrome de Benjamin, non-“transsexuels/les”.

[9]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin, “transsexuels/les”, femmes et hommes confondus.

[10]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin féminin ou “transsexuelles” ou nouvelles femmes, conversion homme vers femme ou H->F.

[11]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin masculin ou “transsexuels” ou nouveaux hommes, conversion femme vers homme ou H->F.

[12]  Transvesti ou travesti selon les auteurs. Pour ces auteurs, les deux termes recouvrent la même réalité.

[13]  Il en retrace l'historique dans BENJAMIN H., (1969), Introduction, in Transsexualism and Sex Reassignment, GREEN Richard et MONEY John Eds, Baltimore, John Hopkins University Press.

[14]  Pour une revue détaillée de la partie historique, consulter les sites internet www.transhistory.org et www.asbfrance.org.

[15]  DOUCÉ J., (1986), Quelques observations d'un psychologue praticien, in La question transsexuelle, Joseph DOUCÉ Eds, Paris, Lumière & Justice, pp. 129-139.

[16]  DOUCÉ J., (1986), op. cit., p. 133.

[17]  DOUCÉ J., (1986), op. cit., p. 131.

[18]  Etats-Unis d'Amérique. L'Amérique étant un continent, tous les autres pays et habitants de ce continent peuvent aussi être appelés “américains”. C'est un excès de langage que d'utiliser ce terme pour les USA.

[19]  BRETON J., et coll., (1985), Le transsexualisme: étude nosographique et médico-légale, (Rapport de médecine légale, congrès de psychiatrie et de neurologie, Besançon 1985), Paris, Masson, 205 p, p. 33-37.

[20]  OMS, (1993a), F64.x Troubles de l'identité sexuelle, in CIM-10 / ICD-10 Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement. Critères diagnostic pour la recherche, Genève, Paris, Masson, pp. 192-199.

[21]  OMS, (1993b), F64.x Troubles de l'identité sexuelle, in CIM-10 / ICD-10 Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement. Descriptions clinique et directives pour le diagnostic, Genève, Paris, Masson, pp. 123.

[22]  American Psychiatric Association, (1984), Troubles de l'identité sexuelle, in Mini DSM IIIR, Critères diagnostic, (Washington DC, 1984), trad. fr.: Paris, Milan, Barcelone, Masson, 1996, pp. 74-77.

[23]  American Psychiatric Association, (1994), Troubles de l'identité sexuelle, in Mini DSM IV, Critères diagnostic, (Washington DC, 1994), trad. fr.: Paris, Milan, Barcelone, Masson, 1996, pp. 250-252.

Mis en ligne le 11/11/2003. Mis à jour le 05/04/2004.


              

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