8.  CONCLUSION

BRETON (1985), p. 102, passe en revue toutes les thérapeutiques traditionnelles qui ont été utilisées et leurs résultats. Elles ont toutes échouées: l'administration d'hormones selon le sexe de naissance pour tenter de viriliser les SBF et de féminiser les SBM, la lobotomie, la cure de Sakel, les électrochocs ou sismothérapie, les médicaments psychotropes (neuroleptiques, antidépresseurs, tranquillisants). Comme il écrit à cette même page: « mutilation pour mutilation... ».

Le placage de la théorie psychanalytique ou psychiatrique sur des cas ne permet pas de résoudre ni théoriquement, ni concrètement les choses. Cela fournit tout au plus une grille lecture partielle pour comprendre intellectuellement. Il y a d'autres lectures possibles, telles que la biologie, la génétique, la sociologie, l'anthropologie, l'ethnopsychiatrie, qu'il ne faut pas ignorer et qui apportent d'autres éléments de compréhension.

Concernant la “transsexualité”, on peut faire une analogie avec le syndrome Gilles De La Tourette qui était considéré comme un problème psychiatrique, (tout comme le syndrome de Benjamin), avant que l'on ne découvre qu'il s'agit d'un problème neurologique. Le fait que les tests psychopathologiques (Rorschach, TAT...) ne démontrent pas de pathologie spécifique aux SB, ni de psychose, n'empêche pas les psychiatres de considérer le syndrome de Benjamin comme une “affection mentale rare”. Ils ne sont pas à une contradiction près puisque le diagnostic positif de “transsexualisme” repose sur l'absence de troubles psychopathologiques!

Des problèmes chromosomiques, génétiques, hormonaux peuvent affecter plus ou moins gravement le sexe durant toute la grossesse. Dès la fécondation, l’embryon exécute un programme génétique de différentiation sexuelle. Durant les premières semaines, les ébauches des 2 sexes sont présentes. Puis sous l’action de divers éléments, un sexe va se développer et l’autre régresser puis disparaître. Le cerveau est la phase ultime de la différenciation sexuelle.

La biologie et la génétique n'ont pas livré tous leurs secrets. Récemment encore, le Docteur BENZADON (1998), dans un article décrit un premier cas de syndrome de Klinefelter[37] de phénotype féminin, alors que seuls des cas masculins avaient été observés. On sait qu'il y a des imprégnations hormonales du cerveau à différentes étapes du développement. Peuvent-elles influencer ou être un facteur prédisposant?

Pour Louis J.G. GOOREN, Professeur de transsexologie à l'Université Libre d'Amsterdam, (1995a), p. 7, « Le transsexualisme provient d'une erreur de la différenciation sexuelle, dans le développement qui fait de nous, soit un homme, soit une femme. Il n'est peut être pas superflu de rappeler que l'individu concerné n'est pas personnellement responsable de son état. Il ne l'a pas choisi, pas plus qu'il n'a choisi ses parents ou son lieu de naissance. Il l'a reçu en partage irrévocablement.
[...] Aux Pays-Bas, la loi leur permet depuis 1985 de faire reconnaître officiellement leur nouvelle identité sexuelle. J'ai constaté personnellement que cette reconnaissance légale les a beaucoup aidés à s'émanciper et à recouvrer leur estime de soi. Aux yeux du public, le transsexualisme devient chose sérieuse si le législateur s'y intéresse et légifère, suscitant ainsi le respect et l'attention que mérite la condition difficile des transsexuels.
 »

Page 136, Louis J.G. GOOREN, (1995b), expose une synthèses des recherches sur les différences morphologiques entre les cerveaux des femmes et ceux des hommes. Des différences dans la structure hypothalamique de trois SBF ont été mis en évidence. Mais l'imagerie moderne n'est pas assez performante au niveau du cerveau pour fournir des informations sur des structures cérébrales telles que le noyau sexuellement dimorphe de l'aire préoptique de l'hypothalamus ou le noyau suprachiasmique chez les sujets vivants. Cette recherche en est à ses débuts car elle ne peut être faite que post mortem et les syndromes de Benjamin sont rares, d’où le manque de données. En 1996, lors d'une émission télévisée à laquelle nous participions, le Dr ASSCHEMAN me confirmait que leur hypothèse était vérifiée pour trois nouveaux cas de syndrome de Benjamin féminin observés, (soit six en tout).

Est-ce la structure cérébrale qui influence le sexe psychologique ou est-ce l’inverse?


L'ethnopsychiatrie travaille avec des représentants des groupes étudiés alors que la psychanalyse utilise des représentations. Les représentants fournissent des informations que ne peuvent donner les représentations. C'est pourquoi une approche ethnopsychiatrique du syndrome de Benjamin a permis d'obtenir des informations nouvelles. Regarder ce que deviennent les personnes concernées par le syndrome de Benjamin nous permet d'approfondir notre connaissance.


L'étude montre:


Pour l'instant, la cause de la “transsexualité” est toujours inconnue. Aucune piste n'est à négliger, ni la biologique, ni la psychologique, ni l'intéraction des deux, voire même de leur interaction avec les causes sociologiques. Personne ne détient la vérité.

Humainement, l'étiologie du syndrome de Benjamin m'importe peu. Le niveau de civilisation d'une société se mesure à sa capacité à inclure les diversités. Comment la société accepte les différences et comment elle traite les personnes qui se trouvent aux marges de la “normalité” de la majorité de ses membres est un marqueur l'évolution de nos sociétés.

8.1.  Pistes de recherches futures

Pour le TAT, il serait intéressant de faire passer toutes les planches à un groupe de SB et à un groupe contrôle pour voir s'il y a des différences significatives dans les réponses sur les planches destinées normalement à l'autre sexe. Je n'ai pas connaissance d'un tel travail en France. Cela ne pourrait évidemment pas être fait dans le cadre d'une équipe médicale car les personnes SB restent toujours sur la défensive.

La représentation de soi selon le sexe psychologique dans les fantasmes, les rêveries érotiques ou les rêveries non-érotiques d'un sujet est-elle une donnée constante chez les SB? Si oui, peut-elle servir d'aide à l'autodiagnostic?

Narcissisme: pour aimer, il faut avoir été aimé, pour s'aimer, s'estimer, il faut avoir été suffisamment valorisé. D'après les auteurs, la composante narcissique est très présente chez les SB. Qu'en est-il réellement? Il serait intéressant de l'approfondir, d'aller au delà de ce qu'en ont dit les psys de tout bord, de ne pas s'arrêter à l'arbre qui cache la forêt.

La relation entre prostitution et “transsexualisme”, Qu'en est-il réellement? Quels sont les client des “transsexuelles” et que cherchent-ils dans cette image de la femme à verge? Existe t-il une prostitution des SBM?

Poursuivre sur la compréhension du sexe psychologique et ses mécanismes.

Il serai intéressant de faire une étude sur la façon dont les enfants des parents SB vivent le changement de sexe père ou leur mère, les conséquences que cela entraîne pour ces enfants... De même, comment s'épanouit un enfant dans un couple dont l'un des parents est “transsexuel”, la transformation étant survenue avant la rencontre avec l'enfant, ou l'enfant étant né après. L'enfant est-il informé de la vie antérieure du parent “transsexuel”? Y a t-il une différence entre les enfants qui sont informés et ceux qui ne le sont pas?
En Europe, des enfants SB sont pris en charge pendant plusieurs années et le traitement hormonal peut commencer au moment de la puberté. Etudier les conséquences, comment les enfants vivent le suivi, sont-ils mieux soulagés que s'ils étaient pris en charge plus tardivement?

A ce sujet, une SBF (questionnaire G2-15) témoigne des difficultés qui pourraient être évitées. « Si le problème identitaire et le changement de sexe était médicalement et psychologiquement pris en charge le plus jeune possible, il y aurait moins de problèmes avant le traitement hormonal et pendant le traitement hormonal. Pour la voix avant que la mue soit faite et les poils pas encore complètement poussés, si ce n'est que du duvet. Après le passage ado, c'est déjà moins facile. Et à l'âge que j'avais, ce qu'on appelle secondaire, je crois plus difficile car les secondaires ont déjà un passé très long de l'autre sexe. Et c'est pour cela que je n'ai pratiquement pas eu de rapports sexuels avant le traitement. Pendant le traitement, les rapports sexuels ont commencé peu de temps après l'opération. Maintenant, je me considère comme une femme normale. »

Des personnes SB m'ont dit que l'expertise médico-légale telle qu'elle est pratiquée pour le changement d'état-civil est absurde, il n'a aucun intérêt et il est véritable un viol physique et psychologique. Qu'en est-il réellement?

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Notes:

[47]  Anomalie chromosomique, 47 XXY de phénotype masculin (généralement).

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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