7.2.  Validité du diagnostic psychiatrique

A propos du diagnostic, Russel w. REID, psychiatre anglais, (1995), écrit p. 34, « En médecine et psychologie il n'existe pas de méthode permettant une évaluation fiable du “transsexualisme”. »

Yoann, entretien n° 2: « On reste de toute façon fragile parce qu'on nous a poussés à bout, et que le comble de tout ça c'est que ce sont des thérapeutes qui vous font ça. Ils vous fragilisent parce que tout individu est susceptible d'être fragilisé quand il est déstabilisé. Nous, on est déstabilisé sur plusieurs années. La génération d'aujourd'hui l'est moins. Pour notre génération, on portait atteinte à notre intégrité encore plus qu'elle n'était déjà atteinte au départ. Il faut savoir qu'on en garde des séquelles [...] Il n'y en a pas une pour relever l'autre [les équipes médicales]. Je pense qu'ils ne se rendent pas compte de l'état de fragilité dans laquelle on est lorsqu'on est un esprit et pas un corps, voilà. Lorsqu'on est devant eux, on est un esprit masculin, ou un esprit féminin, et on n'est pas encore un corps. Au moment où on a fait la transformation, on devient un corps et un esprit. Et, ça devient tout autre chose, on a un poids qu'on n'avait pas avant. Et ces gens-là, “ils nous frappent dessus”, parfois par leur indifférence, par le fait de nous faire attendre longtemps, de ne pas nous considérer, de passer leur temps à nous poser des questions qui nous détruisent de l'intérieur, c'est une forme d'acharnement. Et puis, je trouve qu'être médecin, être docteur en médecine, quelle que soit la spécialité, c'est d'abord soulager le patient. Et eux, ils ne sont pas vraiment pressés de nous soulager — je ne parle pas du soulagement correspondant à l'opération — du moins un soulagement psychique qui ne nous confine pas dans le doute sur plusieurs années. C'est inhumain, et cela peut être une source de problèmes supplémentaires sur le plan psychologique. Paradoxalement, cela peut, peut-être, nous fortifier pour les plus tenaces d'entre nous, mais ressemble un peu à la loi de la jungle. Alors, les plus forts s'en sortent et les plus faibles restent sur le côté, c'est du moins ce que j'ai vécu à l'époque... Alors, ce sont surtout les “costauds du cerveau” qui résistaient. C'est un peu comme s'ils avaient gagné le parcours du combattant, un peu comme si c'était des paras qui y arrivaient dans l'équipe de Breton. Et puis, les plus vulnérables se “cassaient la binette” avant et ils étaient obligés d'aller à l'étranger, avec des difficultés ensuite pour les changements d'état-civil. Ce n'était pas normal. Moi, j'ai essayé d'être le plus réglo possible. Je n'avais qu'une envie, c'était en finir avec tout ça. »

Axelle, entretien n° 3: « Je ne ressens pas d'être quelqu'un d'autre qu'une femme. Me dire que je dois être quelqu'un d'autre que moi, et c'est ce que j'ai essayé de faire pendant une certaine partie de ma vie, sur les conseils de la première doctoresse que j'ai vue où elle m'avait dit «vous vous coupez les cheveux, vous vous coupez les ongles, vous vous mettez des cravates, on va voir où vous en êtes.» Et là, j'ai eu l'impression d'être déguisée, ce n'est pas moi du tout, c'est clair. [...] A part me dire que je ne suis pas normale... Je trouve que ce n'est pas suffisant, quand même. Tu vois, j'ai aimé le résumé, par exemple, de Cordier qui me dit «combien vous mesurez?», je lui dis «1,72 m», et tout de suite «vous chaussez du combien?», je lui dis «je chausse du 37,5», et il me dit «c'est pas normal.» Alors ça c'est un peu épuisant. La psy en Belgique, c'était «qu'est-ce que vous avez fait avec votre voix?» «Rien.» Qu'est-ce que vous avez fait avec votre barbe?» J'ai dit «j'ai fait un peu d'épilation électrique.» «Vous n'avez pas de pomme d'Adam.» «Ben, non.» Alors elle me dit «vous avez les hanches larges.» Ben oui, et je lui dis «qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse!» Alors après quand on me dit «on va encore réfléchir», pendant combien d'années? Parce que moi, j'ai voulu faire ça comme un combat personnel justement en évitant l'erreur d'un jugé extérieur, je vais dire, il y a quand même des millions de gens qui me considèrent comme une femme, qui me reçoivent comme telle. Et moi, ça fait un moment que j'ai analysé la question, donc, on va encore se poser la question pendant combien de temps à ma place? Quand Cordier me dit «on va se voir de manière soutenue» et j'ai un rendez-vous tous les six mois. Nous n'avons pas la même vision du soutenu, et là, je ne comprends pas. [...] c'est un truc de fou, parce que tu vas en Allemagne, les bonnes femmes chaussent du 45. Ça dépend des pays, c'est complètement grotesque cette histoire. On se croirait chez les médecins nazis. C'est un peu grave. En même temps, je dis toujours que je suis en accord avec moi-même, et je pense l'être, mais il y a toujours cette phase de fragilité où tu te dis «merde, et si c'était l'autre qui avait raison en me prouvant le contraire de ce que je pense depuis des années.» [...] je me dis «qu'il faudrait vraiment qu'il s'accroche parce que, bon.» Alors quand je l'entends dire aussi «il faut que je téléphone à votre mère.» Mais, ma pauvre mère qui à 76 ans, il veut lui demander ce qu'elle a ressenti pendant ma grossesse, non, mais c'est ridicule cette histoire. Je ne suis pas éléphant man! Et puis, cela changerait quoi, surtout. Je sais que les rares conversations qu'on a pu avoir avec ma mère, là-dessus, effectivement, c'était plus ou moins une fille qui était attendue, mais est-ce que c'est suffisant? »

Si tous les parents qui souhaitaient un enfant de l'autre sexe avaient des enfants transsexuels, ça se saurait!

7.2.1.  Le questionnaire SBM G2-25

Le SBM du questionnaire 25 a suivi un traitement hormonal, une mastectomie et une hystérectomie. Le diagnostic a été fait sérieusement (avec leurs critères) par une équipe médicale française. Le traitement hormonal ne lui apportant pas le soulagement escompté, il a entamé une psychanalyse. Actuellement il regrette ce parcours.

1.  Etes-vous satisfait(e) de votre sexualité? Décrivez en quoi vous êtes satisfait(e) ou insatisfait(e):
« Non, j'ai cru aimer les femmes, je m'aperçois que ce n'est pas le cas. Les opérations de soi-disant changement de sexe ne changent qu'une chose => s'apercevoir que c'est une erreur!

2.  Qu'est-ce que vous aimez le plus dans la sexualité? Décrivez:
Je ne sais pas, car ma sexualité, que je le veuille ou non, est celle d'une femme, avec vagin etc. J'aimerai avoir des rapports sexuels avec un homme!

3.  Qu'est-ce que vous aimez le moins dans la sexualité? Décrivez:
Sans réponse.

4.  La féminité, c'est quoi pour vous? Décrivez:
Ce que j'ai toujours refusé, c'est-à-dire moi-même. Refuser mon sexe car c'est de ça qu'il s'agit. Les raisons tiennent à ma compréhension des rapports père/mère. Pour moi le pénis était perçu comme dangereux.

5.  La masculinité, c'est quoi pour vous? Décrivez:
Une mascarade, c'est le vêtement qui permet de masquer la volonté que j'avais de ne pas supporter d'être une fille. Il y a une différence entre ne pas vouloir être une fille et être un garçon.

6.  Etre une femme, c'est quoi pour vous? Décrivez:
C'est accepter la sexualité d'une femme. Le reste est affaire de culture. Comme dit Françoise Dolto, la femme est pour l'homme et inversement. Avec un peu de sincérité, tout le monde peut au moins le pressentir. Je me moque de l'homosexualité, je ne juge pas, je dis que c'est un mode de sexualité frustrant.

7.  Etre un homme, c'est quoi pour vous? Décrivez:
Même chose. Accepter sa sexualité d'homme.

8.  Comment vous sentez-vous à la fin de ce questionnaire?
Désolé de m'apercevoir qu'il sert des résistances et qu'il ne peut rendre compte d'aucune réalité. En ce qui me concerne, la psychanalyse m'a rendu à moi-même. Je ne peux concevoir qu'un travail scientifique s'attache à la faire taire. »

Il est dommage que cette psychanalyse n'ai pas pu être faite plus tôt afin d'éviter cette situation. Mais l'attitude des psys en est responsable puisqu'à l'époque de sa démarche de changement de sexe, les psys ne proposaient que des thérapies coercitives au lieu d'une aide à l'autodiagnostique. Si la théorie psychanalytique est insuffisante pour explique le syndrome de Benjamin, elle peut aider certaines personnes à qui elle convient dans une aide à l'autodiagnostic dès lors que le thérapeute ne se limite pas à la théorie et qu'il garde une souplesse et une liberté de mouvement et de fonctionnement vis à vis de cette dernière.

A travers sa réponse à la question 8, cette personne laisse entendre que sa vérité est celle de tous les autres SB. Elle ne peut voir qu'il existe des mondes et qu'il existe plusieurs visions d'un même monde. D'autres personnes SB ont suivi des psychanalyses, des psychothérapies sans pour autant arriver à la même conclusion. Chaque personne est différente chacune a son propre cheminement.

Ce questionnaire et le fait que le diagnostic repose en partie sur des constructions sociales, me permet de dire que le mode de diagnostic est inadapté. Cela confirme également que l'attitude des psys empêche tout travail de compréhension. Le travail psychologique doit accompagner et non s'opposer au parcours.

Enfin, je ne peux résister à citer un exemple aberrant rapporté par CHILAND (1997), p. 139: « Ainsi, Victor a subi une mastectomie à l'étranger et y a obtenu son changement d'état civil. Mais après la mastectomie, il est entré en psychose. En FRANCE, il s'est marié, mais doit suivre un traitement neuroleptique, ce qu'il fait avec irrégularité; il est alors repris d'épisodes délirants. La première fois où je fais connaissance de sa femme, je suis surprise de voir arriver une très jolie femme, dont on se demande comment elle a pu épouser cet homme qui n'a l'air ni d'un homme, ni d'une femme, est obèse et n'a aucun charme. A un moment, elle parle des périodes difficiles avec son mari et dit: “Mon mari est particulièrement difficile quand il a ses règles[40].” En effet Victor n'a eu ni ovarectomie, ni hystérectomie... »

Il n'a pas non plus le traitement hormonal qui lui éviterait les règles et lui donnerait un aspect viril et qui, peut-être, le stabiliserait. Et pourquoi une très jolie femme ne trouverait pas de charme à Victor? Pourquoi ne pourrait-elle pas l'aimer?... Quelle proposition de soins CHILAND a t-elle faite à Victor? Elle n'en dit rien. Il ne s'agit pas de psychologiser, ni de psychiatriser le syndrome de Benjamin.

7.3.  Le parcours médical comme mode de fabrication

Le résultat: être soi, pouvoir être soi.

Anna, entretien n° 1, annexe D: « L'essentiel c'est d'être bien, bien avec soi-même, si on est bien avec soi-même je pense qu'à la limite on peut bien faire l'amour. [...] Plus ça va, plus je pense que si on est bien avec soi, à tout point de vue, que ce soit sexuellement, en société, affectivement, dans tous les domaines, si on est bien dans tous ces domaines là avec soi, tu peux avoir une vie vraiment bien, sereine, cool, et tout peut très bien se passer. »

Yoann, entretien n° 2, annexe E: « Et eux, ils ne sont pas vraiment pressés de nous soulager — je ne parle pas du soulagement correspondant à l'opération — du moins un soulagement psychique qui ne nous confine pas dans le doute sur plusieurs années. C'est inhumain, et cela peut être une source de problèmes supplémentaires sur le plan psychologique. Paradoxalement, cela peut, peut-être, nous fortifier pour les plus tenaces d'entre nous, mais ressemble un peu à la loi de la jungle. Alors, les plus forts s'en sortent et les plus faibles restent sur le côté, c'est du moins ce que j'ai vécu à l'époque... Alors, ce sont surtout les “costauds du cerveau” qui résistaient. C'est un peu comme s'ils avaient gagné le parcours du combattant, un peu comme si c'était des paras qui y arrivaient dans l'équipe de Breton. Et puis, les plus vulnérables se “cassaient la binette” avant et ils étaient obligés d'aller à l'étranger, avec des difficultés ensuite pour les changements d'état-civil.
[...] une fois que le questionnaire a été terminé, que je l'ai envoyé, forcément à force de s'être plongé dans tout ça, je me suis reposé quelques petites questions puis je me suis dit «tiens, si je me replongeais dans les vidéos parlant du sujet», (j'avais enregistré certaines émissions télévisées). Ce qui m'intéressait c'était de voir quel regard j'avais aujourd'hui, de constater que j'avais pris une très très grande distance au point d'oublier ce que cela me faisait de voir ces sujets traités comme ils étaient traités à l'époque. Je me suis dit quand même qu'on avait un parcours extrêmement traumatisant, qui pouvait déstabiliser le psychisme et qu'il fallait qu'on soit des individus certainement beaucoup plus équilibrés que la moyenne, (contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire!), pour encaisser un tel parcours. Cela est vrai surtout pour les gens de notre génération, (nés dans les années soixante), qui ont connu l'équipe parisienne unique, pour ne pas la citer, celle du Pr BRETON. On s'est armé de patience, et il fallait vraiment ne pas avoir “les nerfs fragiles” pour passer dans les “mailles du filet”. Je trouve que cela illustre bien qu'on est quand même plus équilibré que la moyenne et qu'après il y a certainement une recherche inconsciente de paix. On essaie de pas trop se heurter à des difficultés inutiles pour conserver sa stabilité. C'est l'impression que j'ai eu avec le recul; en général, je ne cherche pas à rencontrer des situations qui me déstabilisent. Je trouve que j'en ai eu assez comme ça et finalement la paix apportée par mes interventions suffit à mon bonheur et le reste c'est de l'extra. Je ne recherche, ni quelque chose qui me déstabilise, ni quelque chose qui rendrait ma vie plus plus plus... Voilà, je suis satisfait. [...]
Autrement, ce que je recherche c'est la quiétude, il n'y a que ça qui m'intéresse et puis je cherche surtout à ne pas me mettre en avant. J'ai une estime de moi correcte, ni plus, ni moins. Je pense qu'on a quand même une transformation vis-à-vis de l'identité. Mais, ce n'est pas aussi simpliste que ça, ce n'est pas masculin ou féminin sauf peut-être pour des gens qui ne sont pas tellement aidés au niveau de l'intelligence, ou plutôt qui n'ont pas la capacité d'analyse de certains. Moi, je n'ai pas l'impression que je suis devenu ceci ou cela, j'ai l'impression d'être moi. Et c'est ça qui importe plus. Qu'aux yeux de tous, je sois devenu un être de sexe masculin ou ceci ou cela c'est secondaire parce que ça dépend sur quel plan on se place... C'est quoi quelqu'un qui est du sexe masculin... Si c'est avoir un sexe conforme à ce qu'ont tous les hommes de naissance, nous ne sommes pas des êtres de sexe masculin. En revanche, s'il s'agit d'avoir une identité sexuelle complète qui induit entre autre le psychique, alors je suis d'essence masculine. En somme dans l'identité sexuelle masculine, il n'y a pas que le fait d'avoir une verge et des testicules: il y a le comportement, il y a le psychisme, il y a l'essence qu'on dégage. Enfin tout un tas de choses... Je n'ai pas les mots exacts mais pour moi un être du sexe masculin c'est tout un ensemble. Ce qui m'intéresse c'est être moi et avant, je ne me sentais pas moi. Et, c'est ce corps qui se mettait en opposition avec moi, enfin ça me troublait, ça me perturbait, ça n'était pas à sa place, voilà. Et à partir du moment où on m'a, disons, conformé à une autre image, là j'ai pu me supporter psychiquement mais je n'ai aucune idée du mécanisme qui rend insupportable le corps que j'avais à la naissance. Par humilité, je trouve que c'est un peu trop facile de dire des mots tout crus comme masculin, féminin et “gnagna”, ça arrange tout le monde mais ça ne résout pas grand chose. Il y a un état de guerre quand on vit avec un corps qu'on ne sent pas, qu'on ne vit pas et on est en état de paix quand on est avec le corps transformé. J'ai un corps qui me semble être le mien, qu'il me semblait devoir avoir à la naissance normalement et qui en tout cas m'apporte la paix. Le reste, c'était invivable. [...]
Actuellement, je n'ai plus de relation stable. Je n'ai pas revécu avec une femme parce que ça ne s'est pas présenté, et puis que je n'ai pas envie de correspondre à un schéma conforme à tout prix... Je n'ai pas envie d'avoir une femme, des enfants, une maison, et un chien. J'ai envie d'avoir une relation harmonieuse avec quelqu'un qui m'accepte dans mon “entier”. Je suis peut-être plus exigeant parce que je sais ce que c'est que d'être soi. J'ai envie de rester moi, je l'ai payé assez cher de devenir moi, parce qu'on ne devient pas que soi avec un corps. Le SBM ou la SBF, en tout cas, je parle pour moi... Je suis devenu une personne qui se vit bien avec son corps mais surtout avec son esprit. Je me vit bien avec ma personnalité et ça, je l'ai gagné chèrement. Il n'est plus question pour moi de me conformer à un modèle quelconque. Ce que je souhaite, c'est rencontrer quelqu'un qui s'assume et qui se vit aussi bien que moi je me vis bien pour pouvoir cheminer avec cette personne, et non pas «tiens, je te prête ma béquille, tu me prêtes la tienne», ou «je te bouche un trou et tu me bouches un trou». Il en est hors de question. Je veux cheminer avec quelqu'un qui est bien avec lui-même et qui sait ce qu'il est, qui n'a pas besoin de combler des manques et cetera. Je ne recherche vraiment pas la facilité comme on pourrait le croire, mais en tout cas je sais ce que je ne veux pas. Par exemple, des gens qui présentent des difficultés susceptibles de me déstabiliser parce que je pense que quand on a eu une aventure comme la nôtre, on est très fragilisé. [...]
Les cicatrices, c'est juste une question de maturité. Quand on devient un homme, un adulte, on ne passe pas son temps à se formaliser sur ce type de détail et il faut apprendre à soigner son égo. Moi, cela m'a amené à soigner mon égo. D'ailleurs grâce à cette aventure, j'ai eu l'impression de me décentrer un peu de moi et de devenir de plus en plus détaché des petites choses insignifiantes, sinon on tourne en rond et ce n'est vraiment pas intéressant. On a des cicatrices parce qu'on a eu un parcours X. On peut avoir une cicatrice à la jambe parce qu'on a eu un accident de moto et on peut avoir une cicatrice à la jambe parce qu'on a eu un parcours de SB, voilà. Et puis il faut prendre les choses telles qu'elles sont, pas autrement. Si une femme doit être séduite, c'est par ce que vous êtes. C'est beaucoup plus difficile... Et c'est là qu'on se rend compte que beaucoup de gens... Qu'il y a un malentendu dans certaines rencontres. Les gens se fient trop aux apparences et rares sont ceux qui accordent de la valeur à ce que vous êtes vraiment. Sur quoi sont réellement basées les relations, telle est la question? Parce que moi avant, j'avais quand même un certain succès mais j'ai changé, j'ai grossi, je suis très poilu, je suis petit, Est-ce que je correspond encore aux critères de beauté? Certainement pas. Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de rencontrer quelqu'un. Peut-être bien que je suis très amoureux de la paix que j'ai gagnée grâce à ce parcours réussi. Je n'ai peut-être pas envie que cette paix soit rompue par des problèmes annexes. J'attends quelqu'un qui m'apporte une paix encore plus grande [...]
J'avais lu, quand j'avais 17 ans, un rapport de je ne sais pas trop qui et on s'en fout, qui disait que la sexualité intéressait très peu les “vrais” SB. Alors, les “vrais” on va le mettre entre guillemets parce que de quel droit peut-on se dire c'est un vrai ou c'est un faux SBM ou SBF. Mais par contre, il y a une chose qui est sûre, c'est que moi je l'ai vraiment vécu ce truc, c'est à dire qu'une fois que j'ai obtenu mes interventions et mon changement d'état-civil j'étais vraiment moins intéressé par la sexualité. J'étais tellement bien que je n'avais pas besoin d'aller faire du “tralala” à gauche, à droite. C'est certainement que j'avais un équilibre psychique qui devait être pas trop mal quand même, et là ce n'est pas de la prétention de ma part, c'est vraiment une analyse que j'ai eue. Ce n'est pas possible autrement, si on est bien dans sa peau et si on a un psychisme équilibré, quel besoin d'aller combler encore avec autre chose, c'est de la surenchère! Je veux, je veux, je veux, encore, encore, encore... Quand on a eu un tel parcours, on se contente de ce que l'on a et on mesure si vraiment l'envie était si forte, je veux dire l'envie et le désir d'être en harmonie avec son corps étaient si forts. Une fois qu'on a obtenu cela, il est difficile de trouver quelque chose qui nous apporte plus de quiétude. En tout cas, moi, c'est comme ça que je l'ai vécu et dès que j'ai eu cette quiétude qui est venue dans ma vie, j'ai été comblé. Et le reste... Ce sera la cerise sur le gâteau comme on dit. Mais, je n'attends rien et je n'exige rien, alors qu'il y a des tas de gens apparemment qui veulent, la femme, l'homme ou le mariage et les gosses et vas y que je t'adopte et que ceci et que cela... Personne ne va venir vérifier si on est conforme aux schémas de la société et à l'image qu'on se fait d'un homme bien intégré. Moi, quand on me dit «vous êtes célibataire», je dis «oui, je suis célibataire», et puis voilà, ça plaît ou ça ne plaît pas, c'est comme ça. Je n'ai pas à me conformer à un modèle social sous prétexte que...
 »

Axelle, entretien n° 3, annexe F: « Alors après quand on me dit «on va encore réfléchir», pendant combien d'années? Parce que moi, j'ai voulu faire ça comme un combat personnel justement en évitant l'erreur d'un jugé extérieur, je vais dire, il y a quand même des millions de gens qui me considèrent comme une femme, qui me reçoivent comme telle. Et moi, ça fait un moment que j'ai analysé la question, donc, on va encore se poser la question pendant combien de temps à ma place? Quand Cordier me dit «on va se voir de manière soutenue» et j'ai un rendez-vous tous les six mois. Nous n'avons pas la même vision du soutenu, et là, je ne comprends pas. »

7.4.  Nouvelle vision de la problématique

Après ce constat, une redéfinition des termes me semble nécessaire.

Le SEXE PSYCHOLOGIQUE, c’est à dire le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme, se structure de façon stable très tôt dans l’enfance chez la très grande majorité des individus. Aucune psychothérapie, psychanalyse, aucun traitement ne peut changer un sexe psychologique stable. Ces techniques peuvent être utiles pour des problématiques qui pourraient s'apparenter au “transsexualisme” mais qui ne résistent pas à une étude clinique sérieuse: instabilité, impermanence du sexe psychologique, (la personne ne sait pas de façon stable et continue si elle est un homme ou une femme).

L'IDENTITÉSEXUÉE est la féminité ou/et la masculinité présente de façon plus ou moins variable et plus ou moins importante chez une personne. Cette féminité ou/et cette masculinité fluctue. En général la femme est plus féminine que masculine et l'homme plus masculin que féminin. Mais une personne peut être une femme masculine sans pour autant douter d'être une femme, de même, une autre personne peut être un homme féminin qui ne doute pas d'être un homme.

Le “transsexuel” est conscient de son sexe de naissance et il ne le nie pas. Il sait qu'il fait partie d'une catégorie sexuelle (femme ou homme). En ce sens, il n'est pas délirant, puisque conscient de la réalité physique (principe de réalité). On peut même dire qu'il reconnaît la différence des sexes et que cette partie Oedipienne lui est acquise. Par contre il ne se sens pas psychologiquement de ce sexe, et c'est là son problème. Son sexe psychologique ne correspond pas à son sexe anatomique. Il lui est impossible d'expliquer pourquoi. A partir du moment où il constate la nature de son sexe anatomique, il prend conscience de la dichotomie entre son sexe corporel et son sexe psychologique, ils sont de deux sexes différents, l'un femme, l'autre homme, (ou l'inverse). Chez certains sujets, la prise de conscience de la réalité de leur sexe anatomique n'intervient qu'à la puberté. La mise en route des caractères sexuels secondaires les obligent à voir la réalité. Ces phénomènes se rencontrent aussi chez des non-SB qui ne savent pas clairement s'ils sont femme ou homme ou se découvrent femme alors qu'ils se croyaient homme ou l'inverse. Dans ce cas, les choses ne sont pas structurées et peuvent se réaménager.

A propos du principe de plaisir, on ne peut pas dire que dans le syndrome de Benjamin ce principe de plaisir est plus important que le principe de réalité. En effet, être “transsexuel” engendre une telle souffrance psychologique que cette hypothèse ne tient pas. Le parcours “transsexuel” ne vise qu'à soulager cette souffrance en permettant aux personnes concernées de retrouver leur unicité psychisme-corps pour leur permettre d'être tout simplement.

L'ATTIRANCE AFFECTIVE ET SEXUELLE correspond à l'hétérosexualité, l'homosexualité et la bisexualité. L'attirance affective et sexuelle peut varier au cours de la vie, c'est ce que montre l'étude sur la sexualité des “transsexuels”.

Les composantes du sexe psychologique, de l’identité sexuée et de l’attirance affective et sexuelle sont sensées se structurer dans cet ordre, mais comme elles sont indépendantes les unes des autres, cet ordre n'est pas toujours respecté. Les personnes dont le sexe psychologique n'est pas stable peuvent avoir une attirance affective et sexuelle et vivre des relations avec une ou plusieurs personnes.

7.5.  Psychothérapie et aide a l'autodiagnostic

A propos de la psychothérapie, Russel W. REID, (1995), écrit p. 32, « La psychothérapie avec des patients dysphoriques sexuels[41] est une tache difficile. Certains s'attendent à la disparition de leurs problèmes après CRS[42]. Certains tendent à se méfier du thérapeute, craignant, parfois avec raison, qu'ils ne refusent la CRS. Ils ne sont généralement pas très motivés pour engager une psychothérapie. Les thérapeutes, d'autre part, sont confrontés à leurs propres normes et valeurs, éprouvent des difficultés face à la frustration et à l'agressivité, ou se sentent troublés par l'apparence ambivalente de leurs patients.
Nombreux psychothérapeutes ont cependant essayé de traiter les transsexuels. Ils avaient pour dessein l'abandon total des comportements sexuels croisés et l'(r)établissement d'une identité sexuelle correspondant aux caractères sexuels biologiques.
Malheureusement, la psychothérapie n'est pas apparue la plus efficace dans le traitement du transsexualisme. Les rapports cliniques n'ont pas apporté de preuve plus convaincante en faveur d'un revirement total, durable, de l'identité sexuelle croisée grâce à la psychothérapie (Cohen-Kettenis et Kuiper, 1985)[43]. Des études à grande échelle présentant des résultats des différentes modalités psychothérapeutiques font défaut.
 »

Comme on peut le voir, il ne suffit pas de faire une psychothérapie ou une psychanalyse pour qu'une personne ne soit plus “transsexuelle”. A ma connaissance, aucun cas de psychothérapie ou de psychanalyse réussie[44] sur un “transsexuelle” avéré n'a été publié en France[45].


Il arrive que chez certains individus le sexe psychologique ne se stabilise pas. Ils présentent une instabilité, une impermanence du sexe psychologique, ils fluctuent entre l'homme et la femme, ils ne savent pas de façon stable et continue si ils sont homme ou femme. Ils n'ont que leur sexe anatomique comme repère. Le bouleversement des rôles sociaux basés sur les sexes ne risque t-il pas de les fragiliser un peu plus? Ou au contraire, une pression sociale plus faible à devoir se définir comme femme ou homme ou une société ayant une exigence moindre sur les rôles sociaux, serait-elle plus facile à vivre? Ce sera probablement un motif de consultation plus fréquent dans les années à venir. D'autres présentent des délires à thématiques “transsexuelles” comme c'est le cas du Président SCHREBER[46]. Chez ces individus, la psychothérapie ou la psychanalyse peuvent les aider à stabiliser leur sexe psychologique ou leurs délires.

« Est-ce que c'est un délire ou pas. Cette possibilité de transposition, justement, je l'ai vécue dans les rarissimes fois où j'essayais de me masturber, en fait, en m'imaginant que ce n'était pas mon sexe mais celui de l'autre. Donc, jusqu'à quel point on peut se dédoubler ou se leurrer? En fait, quand je n'ai plus conscience que c'est moi, ce n'est pas un malaise. Mais il y a quand même une espèce de logique finale qui te dit tiens! Et alors, «si c'était pas un autre!?» Là, re le drame! »

Axelle s'interroge sur son possible délire. Critiquer son délire n'est pas l'attitude de quelqu'un qui délire, sauf au sortir d'un épisode délirant. Nous pouvons donc éliminer l'éventualité d'une psychose. Il suffit d'un cas non concordant pour constater qu'on ne peut pas généraliser et dire que tous les SB sont psychotiques. Il est évident que diverses pathologies y compris psychiatriques peuvent cohabiter avec le syndrome de Benjamin. N'importe quelle personne ayant un handicap, un problème médical de longue durée ou chronique... sait cela.

« G2-11. J'ai remonté (du fond) pas mal de choses ces temps-ci en revoyant un psy à l'occasion d'une démarche dans l'espoir d'y amener mon compagnon mais... Mais je continue de le voir pour moi car j'ai découvert que c'est maintenant que j'ai les choses les plus intéressantes à gratter. Et si c'est maintenant que “ça sort”, c'est parce que ça ne pouvait pas sortir AVANT. Et c'est sans doute devenu possible parce que “l'autre en face” n'a plus l'obsession de la demande de “changement de sexe” qui effrayait et faisait qu'il ne voyait que ça comme problème auquel il fallait à tout prix trouver une cause pour y remédier.
Bien sûr qu'il doit y avoir une cause (ou plutôt un concours de causes). Mais ON N'Y PEUT RIEN. Ou plutôt les trouver ne changera rien à la “demande” car “tout se joue avant 6 ans” comme disait l'un des leurs (leurres? Le psy cause et la caravane passe!).
 »

Par ailleurs, beaucoup de SB m'ont dit avoir tiré des bienfaits d'une psychothérapie suivie après le parcours. Avant, rien n'est possible du fait de l'attitude des psys.


L'aide à l'autodiagnostic est probablement la solution la plus pragmatique. Anita HOKARD, psychologue, (1980), en témoigne dans La question transsexuelle, ouvrage collectif sous la direction de Joseph DOUCÉ, (1986).

Anita HOKARD, (1980), page 42-43: « Afin de limiter au maximum les erreurs de diagnostic, certains Etats soumettent le candidat à une période probatoire. Elle peut varier de un an (Angleterre) à deux ans (Pays-Bas) durant laquelle la personne doit vivre selon les critères de son nouveau rôle sexuel vestimentaires, esthétiques, etc.) tant dans son milieu professionnel que familial. Beaucoup s'éliminent ainsi d'eux-mêmes des listes d'attente. Au C.C.L., cette période probatoire s'étend sur environ 3 années. L'application systématique de la période probatoire vaut, à l'heure actuelle, toutes les psychothérapies imaginables. En outre, elle présente l'avantage de prendre la demande du patient en considération plutôt que de le laisser s'enliser dans un traitement psychologique au long cours, aléatoire, qu'il n'a pas vraiment réclamé le plus souvent et dont la finalité, il le sait, est de l'éloigner de ce qu'il recherche. La méthode anglo-saxonne consiste précisément à l'en rapprocher. Car il n'est pas dit qu'on voit mieux de loin que de près. Cette période probatoire est un des meilleurs garants du diagnostic, le reste étant laissé à la responsabilité du patient, y compris —nous le disons sans cynisme— le droit de se tromper.
Le patient indique son propre diagnostic. C'est le problème de la responsabilité individuelle et du pouvoir médical qui sont ici en jeu. Plus que tout autre chose, la capacité du praticien à accepter ou non la situation où le place le transsexuel en lui désignant la nature de ses troubles, c'est-à-dire en le dépossédant de son pouvoir de décision, repose sur une conception générale de l'homme, du monde et de la médecine. Citons pour exemple le cas de la Suède où la décision d'accorder le changement de sexe dépend non de l'autorité médicale mais du pouvoir juridique saisi par le justiciable. Ce qui d'ailleurs, soulève une autre question: le transsexualisme est-il, en fin de compte, un problème médical? Il ne le semble pas pour les Suédois.
 »

DOUCÉ, (1986), p. 137, concernant l'aide à l'autodiagnostic: « — Je suis d'accord pour faire un bout de chemin avec vous, pour être comme un écho vous permettant de parler en toute liberté, un miroir vous révélant ce que vous êtes et qui vous fera voir clair en vous-même.
— Je ne collerai pas d'étiquette sur vous. N'attendez pas de moi un diagnostic précis, non seulement parce que je ne suis pas médecin, mais aussi par conviction. Je pense, en effet, que l'identité et l'orientation sexuelles d'un personne appartiennent à son intimité absolue et que nul autre n'a le droit d'y interférer. Fournissant toutes les informations possibles, je considère que mon consultant est suffisamment responsable pour faire de lui-même la part des choses et savoir ce qui lui convient  et s'applique à lui ou non.
 »

Plus loin, à propos du choix de vie pour soi-même et de la liberté, p. 137: « Après tout, il s'agit du bonheur de mon consultant et aucunement du mien! Qui suis-je pour dicter à un autre ce qui me semble bon pour lui? Moi-même, en aucun cas, je ne tolérerais qu'un autre veuille m'imposer ses vues sur mon style de vie. J'ai trop souffert autrefois de gens qui pensaient pour moi, décrétaient par exemple que l'hétérosexualité était préférable, alors que je sais pertinemment que je suis homosexuel! »

D'après mon expérience, mon parcours thérapeutique et la clinique du groupe de recherche “trans” au Centre Georges Devereux, je pense que l'on ne peut pas aider les SB en thérapie en “s'attaquant” à leur “transsexualité” ou à leur sexualité. Il est plus logique et plus efficace de prendre la personne comme n'importe quel autre patient. C'est la personne elle-même qui doit aborder la question “transsexuelle”. C'est seulement à cette condition que cette question pourra vraiment être gérée et le thérapeute pourra compter sur la personne comme alliée. Il ne s'agit pas d'aller contre le syndrome de Benjamin, mais d'accompagner la personne afin qu'elle puisse avoir une décision éclairée dans un sens ou dans l'autre. En effet, la “transsexualité” peut parfois être un symptôme d'une autre difficulté. La personne doit être et se sentir libre. Sans cela le clinicien renforce les défenses de la personne qui le considérera comme un ennemi qui cherche absolument à la faire changer. C'est un piège dans lequel tombe la très grande majorité des psys. Avec la question “transsexuelle”, ils cessent d'être cohérents et d'être des cliniciens. Quand on voit un symptôme chez un patient, on ne se précipite pas dessus pour le lui ôter, surtout quand ce n'est pas un symptôme.

C'est une aide à l'autodiagnostic qui est la plus fonctionnelle. Les SB ont pris l'habitude depuis longtemps de préserver leur sexe psychologique envers et contre tous. Cela entraîne souvent une certaine rigidité qu'il faut tenter d'assouplir et non de renforcer.

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Notes:

[40]  On le serait à moins! Je ne connais aucun nouvel homme qui supporterait cela.

[41]  Malaise concernant le sexe psychologique.

[42]  Chirurgie de redétermination ou réassignation sexuelle.

[43]  On trouve en bibliographie: Cohen-Kettenis P.T., Kuiper A.J. & van der Reyt F., (1985), Transsexuality in the Netherlands. Some medical and legal aspects. Medicine and Law, 4, 373-378; Cohen-Kettenis P.T. & Kuiper A.J., (1984), Transseksualiteit en psychothérapie. Tijdschrijft voor psychothérapie, 3, 153-166.

[44]  Le patient ne se dit plus “transsexuel” et renonce définitivement au changement de sexe.

[45]  Le questionnaire n° 25 est un cas authentique, diagnostiqué et pris en charge dans une équipe médicale connue pour être très exigeante envers les patients. Il ne souhaite plus aucun contact.

[46]  Si le Président SCHREBERT avait eu un délire de transformation en loup garou, personne ne parlerai de “transsexualisme” à son sujet.

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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