7.1.6.  Spécificité de la sexualité des personnes SB

La sexualité des personnes concernées par le syndrome de Benjamin n'est pas si différente de celle du reste de la population. En effet, les pratiques sont tout aussi variées (y compris: sadomasochisme, domination, fétichisme...). Le préservatif s'utilise de la même façon et pour les mêmes raisons. Les SB peuvent lier tendresse et sensualité tout en ayant une spécificité due à la construction chirurgicale de leur nouveau sexe. Cela ne les empèche pas de considérer leur sexualité comme “normale”. La sexualité se pratique de la même manière quand c'est possible. En effet durant la phase 2 (transitoire), les SB n'utilisent pas leur sexe d'origine. La plupart ont eu une vie sexuelle avant pour tenter de s'adapter. Certains se sont même mariés, ont eu des enfants, (voir l'entretien d'Anna, annexe D). Durant les deux premières phases, les plus jeunes n'utilisent pas leur sexe d'origine, (voir l'entretien d'Evrard, annexe G et celui d'Axelle, annexe F). Les pénétrations pénis/vagin sont pratiquées quand les partenaires possèdent l'un et l'autre, sinon, ils s'arrangent. En l'absence d'une vaginoplastie, les SBF ont parfois des pratiques anales, mais pas systématiquement. En l'absence d'une phalloplastie, les SBM utilisent leurs doigts ou un godemichet pour pénétrer leur/s partenaire/s, (voir l'entretien de Yoann, annexe E). Même après leurs opérations, les SB ont une sexualité moindre que les non-SB. On trouve même quelques asexuels/les (sans sexualité), y compris chez les jeunes. Il est vrai que quelques SBF plus âgées sont devenues “asexuelles”. Mais sur le plan qualitatif, il n'y a pas de différence, (voir également l'ensemble des commentaires des SB, annexe I, les entretiens de Yoann, annexe E et d'Anna, annexe D). Ordinairement, les personnes SB n'exposent pas leur sexualité car ce n'est pas là leur problème. Comme tout le monde, elles ont besoin d'affection, de tendresse et d'amour.

On peut dire que la quatrième hypothèse secondaire n'est pas validée puisque:

Il n'y a pas de différence réelle entre la sexualité des non “transsexuels” et celle des “transsexuels”: ce sont les mêmes éléments qui entrent en jeu, les mêmes pratiques. Mais il y a une spécificité de la sexualité des “transsexuels” liée à la construction chirurgicale de leur nouveau sexe.

Une des différences réside dans la vision du/de la partenaire, c'est-à-dire la façon dont ce/cette partenaire perçoit la personne dite “transsexuelle”. Les “transsexuels” doivent être perçus par leur/s partenaire/s selon leur sexe psychologique et non selon leur sexe de naissance.

Les extraits qui suivent illustrent ce qui est exposé ci-dessus.

Anna, entretien n° 1, annexe D: « Et c'est vrai qu'elle m'a apporté cette découverte du jeu sexuel avec ou sans matériel, tout en restant dans le jeu... On a fait du SM [sadomaso­chisme], mais ce n'était pas dans la violence en fait, c'était quelque chose de doux, de... [...] C'est vrai que j'ai un clitoris qui fonctionne très bien et qui part au quart de tour, quelquefois au deuxième quart, mais enfin il part. [...] Il y a une chose qui est intéressante aussi, c'est au niveau des jeux d'amour et qui est très fort, c'est le bondage[29], ça marche pour les hommes et pour les femmes. Ça c'est quelque chose d'assez fort. Le fait d'être attaché et de ne pouvoir rien faire et de sentir monter le plaisir, sans pouvoir bouger, sans pouvoir se débattre avec le plaisir de se débattre. Pour faire monter encore plus fort le plaisir, moi je trouve ça extraordinaire, quand c'est soi et quand c'est l'autre aussi. Ça peut être aussi un fantasme ou ça peut être un jeu. Il faut le faire à deux sinon ce n'est pas drôle. Mais à deux c'est bien d'avoir des fantasmes. [...] J'ai eu une sexualité en tant qu'homme à la limite peut-être mieux que certains hommes. Je sais que ce n'est pas bien ce que je dis là mais... Ce n'est pas faux, et je le renie pas, je le renie pas ce passé d'homme. [...]
[A propos de la localisation du plaisir chez les hommes] [...] c'est centralisé, enfin moi, j'ai le souvenir de quelque chose de tout à fait centralisé. Parce que j'étais comme ça, peut-être que je n'étais pas comme tous les mecs. [...]
Ça aussi, ça fait partie des plaisirs de l'amour... le vin, le champagne, la crème chantilly, la glace, tout ça, ça fait partie des accessoires de l'amour. Je crois qu'en amour on a le droit de tout faire ou de tout dire. »

Yoann, entretien n° 2, annexe G: « J'ai utilisé les doigts, plusieurs doigts en même temps, sous forme d'aller et retour, de ronds, de petit patapon, et puis des stimulations du sexe de mon amie. Elle ne me touchait pas le sexe d'origine puisqu'il en était hors de question. Puis des intromissions par le vagin, une fois ou deux par derrière à l'aide du godemichet, mais ça a été un concours de circonstance. Ce n'était pas vraiment une envie, ni de l'un ni de l'autre, ça s'est fait comme ça dans le feu de l'action. En général, elle jouissait beaucoup. Elle était très réceptive et elle jouissait beaucoup, ce qui moi, me satisfaisait énormément. Elle avait un équilibre sexuel (me disait-elle), qui lui suffisait, je lui donnais du sexe, de l'amour et de la tendresse, les trois mélangés. Elle se souciait évidemment de ce que je ressentais, mais moi j'étais tellement content de lui faire du bien, que c'est vrai sincèrement, je me satisfaisais du plaisir que je lui donnais. J'ai construit une relation autour de ça. Puisque je ne pouvais pas faire autrement, ça ne servait à rien d'inventer autre chose, ou de dire je me sens totalement frustré. Frustré je l'étais mais seulement par moments. Parfois, j'étais un peu impatient et je me disais que je pourrai peut-être mieux l'aimer si j'avais déjà mon pénis naturel. J'ai accepté la situation parce que j'étais aimé. Quelqu'un avait des sentiments amoureux pour moi et acceptait qu'on attende. Il y avait des stimulations aussi au niveau des seins, moi je n'étais pas touché à ce niveau là, sauf à la périphérie, on va dire, mais jamais sur le mamelon et le téton. C'était hors de question. Pas de je te “pince” et tu me “pinces”. Sinon, elle me caressait beaucoup le dos, le visage, les pieds, les cuisses. Sur moi c'était très limité, c'était surtout elle et comme je n'avais pratiquement pas de poitrine, on arrivait quand même à avoir un corps à corps où on avait l'impression que c'était un homme et une femme, il n'y avait pas trop d'ambiguïté. Et puis comme j'étais allongé et que c'était tout plat, ça allait. Ça aurait peut-être été différent si j'avais eu quelque chose de plus voyant... Mais ça je ne peux pas en parler puisque ce n'était pas le cas. [...] parfois les femmes n'étaient pas du tout au courant de ce que j'avais. Je m'arrangeais pour faire “ça” dans le noir ou à prendre des positions, par exemple par derrière ou autre, où elles ne pouvaient pas se rendre compte. Puis comme je mettais une capote et que je prenais des ... disons, des sexes, des pseudo sexes qui étaient plus ou moins, flexibles, c'est-à-dire dans des matières qui se rapprochaient de plus en plus du vrai. J'y arrivais, je ne sais pas comment l'expliquer, en le coinçant entre les cuisses. Je n'avais pas besoin de le maintenir par un slip. Et comme j'étais très musclé, je ne sais pas comment j'ai réussi, mais ça ne me posait pas de problème. J'arrivais parfois à faire “illusion” avec des femmes avec lesquelles j'avais juste des aventures comme ça. Lorsqu'elles voulaient faire une fellation ou autre, je disais que je n'aimais pas ça. Donc ça, c'était vraiment les aventures. Et lorsqu'avec une femme, je sentais que ça pouvait aller plus loin, je lui disais la vérité et elle m'acceptait comme tel. [...] Apparemment, elle était quelqu'un de très “sexuel”. Je me disais «ça ne va peut-être pas aller», et puis ça se passait très bien. Elle aussi avait l'air satisfaite des relations. C'était toujours des coïts normaux, dans des positions diverses comme n'importe quel couple. [...]
Sinon, au niveau des attitudes sexuelles, j'avais des attitudes sexuelles totalement ordinaires et puis le reste les petites nuances, je ne sais pas s'il y a des mots pour les exprimer... J'utilisais des poses diverses... J'utilisais les mains... Il y avait des jeux sexuels avec toutes les parties du corps. [...] Des caresses sur toutes les parties du corps, sauf que les partenaires ne me touchaient pas là. [Il montre son sexe.] Avant la phalloplastie, j'étais soit en slip, soit nu avec un godemichet coincé entre mes cuisses dans le noir complet. [...] c'est plutôt après quand j'ai été opéré que j'avais peur d'abîmer mon sexe... Mais, j'ai quand même, dès que l'occasion s'est présentée, eu des relations qui ne m'ont pas bouleversé. Mais elles m'ont apporté une certaine harmonie parce que c'est agréable d'avoir tout son corps libre d'aimer et de faire ce qu'on a à faire, c'est à dire les pénétrations naturelles et autres, mais de là à tomber complètement “fou de jouissance”, c'est négatif. [...] La jouissance qui est obtenue vient d'une stimulation (puisqu'il y a une connexion des nerfs avec des nerfs qui étaient dans le clitoris). Donc, il y a une jouissance qui demeure et qui est satisfaisante puisque que ça se fait par intromission et cetera. Cela permet d'avoir une sexualité de SBM qui ne peut pas se comparer à une sexualité d'un individu ordinaire. [...] une sensation vague dans la première partie du pénis et puis, dans tout ce qui est le pseudo scrotum innervé avec les restes du sexe antérieur. Tout ça crée une sensation de jouissance satisfaisante, parfois très satisfaisante et très localisée, très localisée... [...] C'est surtout dessous que ça se passe, dessous et puis dans la première partie de la verge. Là, oui, des fois il y a des excitations très fortes et j'ai déjà eu ce que j'appelle des petits orgasmes. Je n'ai pas la prétention de dire que ce sont des orgasmes forts, où j'ai du mal à récupérer, où j'ai les jambes un peu molles. Cependant, ça m'est arrivé quelquefois en me stimulant tout seul, dans la masturbation. Et ça m'est arrivé avec des compagnes, notamment une qui avait 50 ans, qui avait une certaine expérience avec qui j'ai eu des jouissances assez fortes, même parfois ça me remontait dans le derrière. Voilà, pour ce qui en est de la sexualité, puis beaucoup de tendresse. La tendresse surtout...
[...] ce que j'ai découvert, surtout après mon opération de phalloplastie, quand j'ai eu des relations sexuelles, c'est le fait de pouvoir toucher, de faire le corps à corps avec un corps conforme; la jouissance venait aussi du fait que le corps était conforme au psychisme. Alors, l'étreinte avec la femme était normalisée et donc elle était très jouissive. C'était la découverte des sens mais les autres sens, c'était moins centré. Voilà, j'avais l'impression d'être moins centré sur le sexe, plus centré sur ce qui est périphérique, donc d'avoir une espèce de plénitude. Voilà ce que j'ai découvert au niveau de la sexualité qui était différent d'avant, où je voulais à tout prix avec mon pseudo sexe faire jouir ma copine, pour dire je ne suis pas moins qu'un homme normal. Maintenant, j'ai une sensualité qui me paraît plus riche, une sexualité qui me paraît plus mature. C'est vrai que ça m'est difficile de répondre à une question qui reste quand même assez générale... Ça m'est difficile de donner des détails scabreux du style je lui mets le doigt comme ci, ou je lui mets la verge comme ça. Ce n'est plus comme ça que je conçois ma sexualité puisque j'ai découvert au contraire le côté harmonieux. Et justement je me suis dit c'est dommage que tous les hommes ne vivent pas ou vice versa ce qu'on a vécu, ça les rendrait peut-être un peu plus, c'est à dire, un peu plus généreux, un peu plus sensuels, un peu moins sexués. Parce que là, j'ai l'air de décrire dans ma sexualité des choses assez crues parce qu'on m'a posé une question crue, mais ce n'est pas comme ça que je le vivais et que je le vis... C'était plutôt des choses sensuelles et cérébrales que je vivais. Mais il y avait quand même une partie sexuelle qui n'était pas niée, mais je l'ai décrite d'une façon plus crue que je ne la vivais parce que la question est orientée. Donc, j'essaie de répondre, peut-être pas bien. [...]
Je n'ai pas de manque sexuel véritable, et quand j'en ai un, ce qui ne me semble pas être différent d'un mec d'origine naturelle, “je me soulage”, comme on dit, avec des fantasmes bien pensés et puis basta. S'il faut rentrer dans le concret, et bien je vois une relation sexuelle avec ma première femme puisque son image m'excite encore alors que les autres ne me font plus fantasmer. Et puis voilà, je me soulage et ça va mieux. Après plus “touche” pendant une semaine! [...]
Sur le plan sexuel, je ne pense pas être différent des autres mais je n'aime pas les relations sexuelles déviantes. [...] autant j'ai déjà léché l'anus de mes amies, mais je n'ai pas de pulsion de sodomie par exemple. [...] je n'ai pas envie de les sodomiser et je n'ai pas envie d'être sodomisé non plus. En passant je le dis, je n'ai aucune pulsion homosexuelle, je n'ai jamais rêvé de coucher avec un homme en tant qu'homme transformé, ça c'est clair et net, ça ne m'intéresse pas du tout. Et je ne dis pas ça dans le vide puisque j'ai un ami homosexuel et s'il avait tenté quoi que ce soit, il se serait pris “ma main dans la figure”. Donc, ça n'a pas changé, j'ai toujours été un peu homophobe pour le relationnel sexuel et je le suis resté, mais je ne suis pas homophobe sur le mode de vie de ces gens. Voilà, ce n'est pas mon truc, quoi, ça c'est clair et net, et l'opération n'a rien changé à ce niveau là. [...] Je ne vois vraiment pas l'intérêt d'aller mettre une verge dans un “truc” plein de caca, d'accord! Franchement... Je me demande même comment... Je ne vois vraiment pas l'intérêt, et puis en plus c'est hyper dangereux pour la verge, parce qu'on a une verge fragile avec un tuteur fragile. Aller “fourrer” son sexe dans un orifice qui est naturellement mal lubrifié... Même avec du lubrifiant, c'est risquer de se faire mal à la verge. Une verge si précieuse, on en prend soin et on essaie de faire quelque chose de normal! Pourquoi allez chercher l'anormal, enfin quand je dis anormal, qui n'est pas courant quoi... Ce n'est pas prévu pour... C'est un orifice qui n'est pas prévu pour ça. Et on peut exprimer son amour et sa tendresse autrement qu'en allant dans le “trou à caca”[30], voilà. Pour moi, une relation dans le vagin me suffit amplement.
Quand ma partenaire veut me lécher le sexe, je veux bien, mais je lui dis gentiment qu'au bout ça ne me fait presque rien. C'est plutôt à la moitié inférieure que cela se passe; donc, elle me lèche plutôt la base, la moitié de la verge plus le reste, c'est à dire le scrotum, où c'est bien innervé. Et dans ce cas, c'est agréable. [...]
Alors les capotes, au début je prenais des capotes normales et elles épousaient bien la verge qu'on m'a faite, mais à la fin ce qui ne me plaisait pas c'est que ça serrait. J'avais peur que ça fasse garrot et je n'étais pas bien dans mes relations parce que j'avais toujours peur que ça devienne violet, noir, puis plus rien. [...] Voilà et de la perdre. J'ai été voir une pharmacienne et je lui ai expliqué le problème. Elle m'a dit «mais il n'y a pas de honte, il y a plusieurs gabarits, plusieurs diamètres de capote». J'ai pris une taille au-dessus, et même si c'était un peu moins confortable parce qu'il y avait des plis, c'était moins risqué. [...] ça me serrait moins à la base du sexe et ça allait mieux. Mais j'avoue que l'idéal, c'est de prendre des capotes lubrifiées si possible... Enfin, je m'arrange toujours pour que le sexe de ma partenaire soit bien lubrifié. C'est très important quand on a une verge de SBM de prendre des lubrifiants, (c'est vraiment la première chose qu'on m'a dite quand j'étais à l'hôpital), de manière à ne pas traumatiser les chairs, et que les “allers et retours”, (qui doivent de toute façon ne pas être violents), se passent sans problème. La sexualité d'un SBM avec une verge doit être “chaloupée”. Une fois qu'on est rentré dans le vagin, on s'arrange pour ne pas trop sortir, sinon on traumatise à chaque fois la verge. [...]
Maintenant il y a un autre aspect de la sexualité qui me revient. J'ai deux partenaires qui m'ont mis la main au scrotum et qui m'ont stimulé. Avec ou sans boules[31] ça, c'est très agréable parce que c'est très innervé dans cette zone. [...] si une dame veut me lécher la verge et le reste, elle peut, ça ne me dérange pas. Je m'arrange pour voir si toute goutte d'urine est effacée parce qu'il ne faut pas oublier non plus que notre conduit c'est le “conduit à pipi”... Ce n'est pas agréable pour la copine. Il est préférable d'avoir bien nettoyé son sexe avant les rapports et de s'arranger pour que la fellation arrive au début du rapport et non pas à la fin. Comme ce n'est pas technique ce genre d'affaire, tant pis... Mais enfin dans l'ensemble, moi, ce n'est pas ce que je préfère, ou alors dessous à la base, la verge retournée puis entre le scrotum et le bas de la verge. Là j'aime bien qu'on me lèche parce que c'est l'endroit le plus sensible. Le bout c'est souvent ce qui est sensible chez l'homme naturel et nous c'est plutôt la deuxième moitié de la verge [...] Et puis quoi d'autre, il m'est arrivé plusieurs fois quand j'étais seul d'avoir la nécessité d'aller, (quand je me masturbais), uriner comme si le fait d'uriner correspondait à une éjaculation, ça m'aidait à soulager la tension. [Uniquement lors de la masturbation quand il est seul.]
[...] je voudrai dire que dans la sexualité du SBM qui a une verge, il faut qu'il soit conscient qu'il y a une sexualité typique de ce groupe d'individus et il faut l'accepter comme telle. Alors ceux qui se la jouent «moi je suis un mec, et ma sexualité est comme ci, comme ça» et qui la compare à des gens qui ne sont pas “foutus pareils”, ce sont des demeurés. Il y a une sexualité SBM, d'où l'importance de garder des liens si possible avec des garçons qui ont eu le même chirurgien que vous, de manière à avoir des échanges intéressants et à éviter certaines bêtises aussi. Personnellement, je suis en relation avec deux personnes ayant un sexe de la même origine chirurgicale. On se donne des conseils et j'en reçois. C'est très bien comme ça et c'est très important. De la même manière que deux garçons ou deux filles, ou trois ou quatre ou cinq hommes naturels et femmes naturelles peuvent se parler de sexualité pour s'échanger des choses. Ça revient au même, mais je pense qu'on reste un groupe spécifique. J'ai un ami qui est un homme naturel et je parle beaucoup de sexualité avec lui, mais c'est pour apprendre comment fonctionne un homme de naissance et voir ce qu'il est possible de vivre comme eux et ce qui m'est impossible de vivre comme eux.
 ».

A plusieurs reprises, Yoann nous montre la maturité de sa sexualité par la liaison de la tendresse et de la sensualité. De même, tout en la considérant comme “normale”, il nous fait voir la spécificité de sa sexualité parce qu'il est obligé de faire attention à sa verge construite par la chirurgie. Un homme de naissance ayant eu une abblation accidentelle, (guerre, accident de la circulation...), et le même type de reconstruction est confronté aux mêmes difficultés. En effet, les chirurgiens qui reconstruisent des hommes émasculés sont ceux qui opèrent les SBM.

Axelle, entretien n° 3, annexe F: « chez les homos, il y a une grande part d'extériorisation au niveau de la sexualité, alors que moi, comme je dis, «je suis restée coincée au moyen âge». Il faut me faire la cour pendant 3 ans, il faut aller se promener dans les marguerites, faire du bateau, et cetera, et peut-être, pourquoi pas une suite, mais vraiment si on peut éviter, tant mieux. En fait, la première expérience sexuelle que j'ai eue, je devais avoir 17 ans, et c'est vraiment pas moi qui l'ai cherchée. A l'époque, je travaillais dans un hôtel restaurant, je faisais un stage par rapport à l'école hôtelière où j'étais. On était sensé dormir dans la même chambre et vraiment je me demandais ce que ce garçon me voulait. Pourtant, c'était très clair. Et en fait chaque fois que j'ai dû ou j'ai pu avoir une extériorisation sexuelle, je dirais, j'ai fait l'anémone de mer, parce que vraiment, comment est-ce que je pourrais dire ça? Par rapport à la manière dont je me ressens, le fait d'avoir une activité sexuelle me prouve que je suis l'inverse, parce qu'anatomiquement et fonctionnellement cela aurait tendance à me prouver l'inverse de qui je pense être. Donc là, c'est un mal-être et c'est un non sens parce qu'à partir de là, tu te dis «qui a raison? Est-ce que c'est mon corps par rapport à la manière dont il fonctionne, ou est-ce que c'est ce que je sens vraiment être?» Et là, il y a un illogisme dans le fonctionnement. Ainsi, je me suis toujours interdit ça parce qu'alors déjà il y a les papiers d'identité, les gens, la police, les miroirs... Mais si en plus au niveau de la sexualité, qui est sensée être un moment de plaisir, je me provoque une espèce d'horreur affreuse en me disant «c'est en train de me dénier, de mettre au rencard tout ce que je peux penser de moi». Ce n'est pas possible parce que, par exemple, comment je pourrais dire, tu vois, comme j'entends certaines qui disent «oui, mais c'est pas grave, on s'arrange avec, c'est un gros clito, je sais pas quoi», je veux dire, il ne faut pas trop se raconter d'histoires. Il y a quand même des logiques. Si je ne veux pas me raconter d'histoires, je suis sensée avoir un appareil sexuel masculin, donc si je l'utilise avec un homme, ce sera un rapport homosexuel. Mais est-ce que c'est aussi simple, aussi, parce que c'est après qu'on commence à se dire qui est l'homme, qui est la femme, comment, pourquoi, et cetera. C'est très compliqué. Je dois dire que je n'ai jamais eu d'expérience sexuelle pour l'expérience sexuelle. C'était toujours, peut-être, une finalité par rapport à un don de soi, par rapport à l'amour de l'autre, tu vois ce que je veux dire. Ce n'était pas «je vais aller sucer dans les chiottes ou me faire sauter parce que c'est génial, on s'éclate.» Et dieu sait si en travaillant dans des boites pendant des années, j'ai vu ça. Apparemment, il y a plein de gens qui s'en arrangent. Pour moi, ça fait partie d'un vrai don de soi par rapport à une acceptation, une reconnaissance et un vrai sentiment d'amour. C'est une finalité. J'ai pas envie de commencer par la fin du film. [...] Moi, j'ai la sensation d'être une femme, l'autre me dit que je suis une femme, tout va très bien. Mais, sexuellement, il ne faut pas trop se la raconter. Alors, je ne sais pas, mais en même temps est-ce que... Je ne sais vraiment pas comment gérer cela... Quand je sentais que ça devait venir, en général, c'était deux bouteilles de rouge, tu joues avec mon cadavre, quand c'est fini, je pleure pendant une semaine, et ça n'a vraiment pas été des moments de plaisir. J'ai toujours été étonnée de voir cette espèce de béatitude que les autres ressentaient, des gens dans mon cas, par exemple, qui le vivent très bien. Et alors, le truc qui m'échappe et auquel je n'ai jamais pu participer, c'est le fait de se dire «je suis une femme avec un appareil sexuel masculin et je sodomise mon mari», ça c'est un truc qui me dépasse complètement. Autant je peux concevoir, dans une espèce de finalité ou dans un couple hétéro de base que la femme porte un godemichet pour sodomiser son mari parce que ça fait partie d'un jeu ou d'un fantasme, mais se dire «je suis une femme et j'ai enculé mon mec», ça... Moi ça m'échappe complètement parce que, qu'on le veuille ou non, normalement, ce ne sont que les hommes qui font ça. Alors j'ai entendu dernièrement quelqu'un, dont je tairai le nom, qui participe à des soirées multiples, je dirais, et qui prend du Viagra pour pouvoir retrouver cette virilité pour satisfaire ses partenaires. Alors là ... ça me dépasse. [...] Alors autant, tout ce qui peut être sensuel, charnel, tendresse, ça va, à partir du moment où on s'occupe des parties de mon corps qui ont mis en évidence ce que je crois être, c'est à dire si on s'occupe de ma poitrine, du haut, de mon visage, de mes cheveux, mais il ne faut pas s'attaquer à tout ce qu'il y a entre le nombril et les cuisses, ça c'est clair, parce que là c'est le drame. Sinon, le reste ça va, parce que le reste me convient et correspond à une logique. Parce qu'en fait, quand on doit en arriver là, à essayer de toucher mon sexe... Ça me déstabilise parce que je me dis «alors l'autre est quoi et cherche quoi». Parce que combien de fois, j'ai entendu dans les boîtes, des bars, ou des endroits plus ou moins glauques où j'ai travaillé, des clients qui venaient et qui ouvertement disaient «oui, la fille que vous m'avez passée, c'est pas une belle femme, elle n'a pas une grosse bite!». Je serai curieuse de savoir comment ils résument ça dans leur tête? A la base, il est, quand même, rarement prévu que les femmes aient des bites, qu'on le veuille ou non [...] Alors tant qu'il n'y a pas de d'activité sexuelle, tout va bien. Je me suis jamais sentie lesbienne non plus. Et les rarissimes fois de ma vie où j'ai pu essayer d'avoir des rapports, ce fut une catastrophe! Comment je vais expliquer cela, parce que je pense toujours à l'image de l'autre qui dit «oui on s'arrange, après tout c'est juste un gros clitoris», froidement, comme ça je me dis, «jusqu'où on peut aller dans le délire?» Et en fait, je me dis, que finalement... Est-ce que c'est un délire ou pas. Cette possibilité de transposition, justement, je l'ai vécue dans les rarissimes fois où j'essayais de me masturber, en fait, en m'imaginant que ce n'était pas mon sexe mais celui de l'autre. Donc, jusqu'à quel point on peut se dédoubler ou se leurrer? En fait, quand je n'ai plus conscience que c'est moi, ce n'est pas un malaise. Mais il y a quand même une espèce de logique finale qui te dit tiens! Et alors, «si c'était pas un autre!?» Là, re le drame! ».

Evrard, entretien n° 4, annexe G: « je n'avais pas de sexualité parce que je n'envisageais pas d'avoir du plaisir, enfin de me servir du sexe que j'avais, qui n'était pas le mien. Je n'avais pas recours à la masturbation, pour la même raison. Au niveau sentiment, j'avais mis mes sentiments de côté ces derniers temps et je n'avais rien fait pour, je dirais, rencontrer quelqu'un ou tomber amoureux, donc la question ne s'est pas posée. Peut-être que si j'avais rencontré quelqu'un les choses se seraient peut-être passées différemment. J'étais assez frustré de la situation pour ne pas avoir l'impression de frustrer ma partenaire. [...] Est-ce que tu as recours à la masturbation? Non... Non, parce que ça revient à ce que je disais, ça revient à accepter un sexe qui n'est pas le mien.  ».

Commentaires et remarques des SBF, annexe I: « G2-2. Etape 1: Depuis ma naissance jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pratiquement pas eu de sexualité, même seule. Pour ma part, j'ai eu un problème identitaire. N'ayant donc pas de place dans la société en tant que fille, puis adolescente, enfin femme, comment aurais-je pu développer une sexualité? D'une part, je ne suis pas transsexuelle mais femme depuis toujours. D'autre part, si je suis bien une transsexuelle médicalement parlant (après tout les sourds sont ceux qui n'entendent pas, mais ils sont néanmoins hommes ou femmes), comment un transsexuel peut-il avoir une activité sexuelle s'il n'a pas de sexe? Pas d'activité sexuelle, pas de sexualité, pour moi il n'y a pas un problème de sexualité, il faut avoir des jambes pour marcher... Etape 2: Me concernant, pour cette phase de “transition”, tout à “coulé de source”. Plus je suis rentrée dans ma peau de femme, plus j'ai eu des envies, des désirs, des fantasmes érotiques. Maintenant, j'attends la réhabilitation génitale pour enfin m'éclater, vivre à fond ma vie sexuelle, ma sexualité. G2-8. Notre sexualité était en constante évolution: ce fut d'abord les regards, la présence l'une près de l'autre puis les caresses et les baisers. Plus tard, il y eut l'amour et les actes sexuels que je lui faisais et donnais. Puis, il y eut un hic, elle voulait me donner du plaisir avec mon sexe d'origine, pour moi, c'était totalement exclu! Je trouvais la solution en lui demandant de me faire l'amour anal avec une petite excroissance qu'elle avait remarquée près de mon anus, ressemblant à un clitoris ou un genre de clitoris mais moins sensible que celui que j'ai maintenant. Lorsque l'on faisait l'amour, je restais toujours avec ma culotte baissée à l'arrière, (pas devant), jusqu'à l'anus. On se titillait — pour elle, son clitoris — pour moi, l'excroissance anale — avec nos langues, on se pénétrait avec nos langues — pour elle, son clitoris — pour moi, mon anus. Là où cela s'est compliqué, c'était lors de pratiques sexuelles diverses (cavalière, tête-bêche, 69). J'avais la hantise qu'elle touche mon sexe d'origine et que celui-ci touche son corps. Dans notre élan, cela arrivait souvent, ce qui amenuisait mon plaisir “calculé”. G2-9. Etape 2: Aujourd'hui, après 8 mois de traitement hormonal, j'ai souvent envie d'avoir des activités sexuelles avec mon nouveau sexe. Cela se traduit par du désespoir, de la frustration et des rêves érotiques sur des femmes que j'admire. Pour l'instant je me concentre sur la jouissance, intellectuelle celle-là, lors de rencontres enrichissantes. G2-13. Etape 1: En tant qu'être masculin (et non homme) le choix d'un partenaire féminin était dicté plus par “normalisation” qu'un désir. Et surtout destiné à combler une solitude. Etape 2: Je suis plus à l'aise sans sexualité, qu'avec une sexualité médiocre n'étant pas en accord avec un corps masculin (mes pensées érotiques étant surtout de nature féminine). Etape 3: Ma sexualité nouvelle ne peut actuellement pas se concrétiser. Mes relations avec ma partenaire actuelle (femme) sont surtout d'ordre sentimental et après tellement d'années d'une sexualité désastreuse et je n'ai pas envie de détruire par une sexualité nouvelle qui pourtant serait sûrement d'une meilleure qualité. Je pense que l'âge (54 pour moi, 56 pour ma partenaire) et la peur d'une nouvelle solitude y sont pour beaucoup. G2-14. Etape 1: jusqu'à l'opération j'avais besoin de comportements de soumission que j'intégrais comme un véritable caractère sexuel secondaire, pour suppléer le manque de réalisme de mon anatomie. Dès l'intervention se passait un basculement et mon tempérament dominateur n'avait plus de raison d'être caché. Etape 2: [A propos de la masturbation] [...] paradoxalement pas le sexe, que je rejetais, que je coinçais avec du sparadrap etc. mais les seins. [A propos de la nudité et de l'aisance dans la sexualité] Plus femme que jamais, se sentant désirée mais honteuse de l'objet incongru entre les jambes. J'avais très peur en outre qu'il ne se “réveille” dans le feu de l'action et donc peur d'une jouissance, fût-elle cérébrale, qui aurait échappée au contrôle. Etape 3: Mon attache affective reste celle [la personne] qui m'a aidée à renaître et avec laquelle je vis et travaille. Notre tendresse même si elle va jusqu'à des caresses, n'a plus de côté strictement sexuel. J'ai un partenaire régulier que je fréquente depuis de nombreuses années et j'ai des aventures occasionnelles au feeling, sans les rechercher spécialement. Mes critères de choix sont paradoxalement très cérébraux (culture, intellect, charme, Hommes de pouvoirs) pour une finalité strictement physique! [A propos de la masturbation qu'elle pratique] [...] j'ai la chance d'avoir une anatomie intime très réussie avec connexion nerveuse + + +! G2-15. Etape 2: Pendant la phase transitoire hormonale, je n'ai pas eu de rapports sexuels. Etape 3: Il faut dire qu'après mon opération en Angleterre par Royle, je dois toujours continuer à me servir d'un conformateur, et de lubrifier avec du gel et de la colpotrophine, sinon mon néo vagin serait sec, et sans conformateur je serai trop étroite et ne supporterai pas de grosses verges. Il faut aller doucement pendant la pénétration. Je n'ai pas d'orgasme. Les bouts [des seins] sont un peu sensibles et ne ressentent pas d'excitation. Mon corps de femme reconstitué sans utérus, ovaire, trompe ne peut réagir et être aussi sensible qu'une femme de naissance. ».

Commentaires et remarques des SBM, annexe I: « G2-18. Etape 2: Dans l'imaginaire de notre couple, ma partenaire fait l'amour à un homme, différent soit mais étant donné que mon clito a énormément grossi, cf. Androtardil, elle le pince entre ses doigts et fait un va et vient et je dois avouer que je décolle. C'est comme un “pénis”. Ce qui est bien, c'est qu'on peut faire l'amour pendant de nombreuses heures. Le nouveau, c'est que j'éprouve du plaisir, je suis déjà “libéré”. Par contre, le hic c'est que je garde mon tee-shirt, la mastectomie n'étant que pour dans 2 mois. G2-19. Etape 1: Avant l'hormonothérapie, on ne peut pas vraiment dire qu'une sexualité existait. Il s'agissait de “sensualité” et de fantasmes basés sur ce que j'imaginais que les autres hommes “normaux” aimaient. C'était en tout cas très enfantin. Etape 2: Pendant l'hormonothérapie, la sexualité est plus primaire, voire animale, plus réelle. Il existe un véritable besoin. La part du rêve est moins grande. ».

Les notes suivantes sont extraites de l'annexe J, pour les deux groupes, en réponse aux questions ouvertes 1 à 8 de la dernière page du questionnaire.

1. Etes-vous satisfait(e) de votre sexualité? Décrivez en quoi vous êtes satisfait(e) ou insatisfait(e).

Les femmes: « G1-1. Oui et non. Beaucoup de choses à apprendre. Le chemin est long, c'est tant mieux. G1-2. Pas souvent... Je suis toujours en quête du partenaire idéal, de l'âme soeur. G1-3. Non. Mon partenaire me fait rarement jouir et j'ai plus souvent envie que lui, plus longtemps. J'aimerais jouer avec lui. G1-4. Oui. Mon ami et moi-même avons une grande connaissance de nos corps. G1-5. Oui, de faire l'amour avec la personne que j'aime. G1-6. Non. Trop d'années de vie commune avec un homme violent m'ont rendue froide et la ménopause a fait le reste.G1-7. Non, pour des raisons médicales. Traitement anti dépresseur qui joue sur la libido. G1-11. Oui, mais parfois trop courte, pas assez souvent parfois ou sans orgasme, mais celui de mon partenaire me satisfait déjà beaucoup. G1-12. Pas toujours. Parfois je voudrai faire plus l'amour. Sinon quand je fais l'amour avec mon partenaire c'est bien. G1-13. Oui. Je suis heureuse quand je fais l'amour parce que je choisis quand j'ai envie; et que les sentiments que j'ai pour mon partenaire ont changé ma façon de faire l'amour. J'apprécie plus. ».

Les hommes: « G1-17. Oui. Savoir donner, savoir prendre. G1-18. Oui et non. [Sans autre commentaire.] G1-19. Je suis satisfait de ma sexualité car je l'assume et ne rencontre aucune frustration. G1-20. En général oui. Dans le fait qu'elle soit une parenthèse dans le quotidien, une ouverture sur l'absolu. G1-21. Non parfois, oui souvent. Ça manque un peu d'exotisme. G1-22. Non: ça devrait être plus et mieux, plus fort, plus souvent... Oui, par le fait d'avoir trouvé une partenaire qui partage le même genre de sexualité. ».

Les SBF: « G2-1. Je n'ai actuellement aucune sexualité de quelque ordre qu'elle soit. G2-2. Non, actuellement, j'ai beaucoup de frustrations, mon physique est allé plus vite que ma partie génitale. G2-3. Non, je ne suis pas satisfaite parce que ma vie sexuelle est presque nulle. Et si ça arrive, c'est tellement superflu parce que simplement c'est momentané et circonstanciel. G2-4. Je ne peux pas encore répondre à cette question. G2-5. Sexualité à découvrir. G2-6. Je fais l'amour avec le sexe qui est le mien. G2-7. Oui et malgré mon opération et le traitement hormonal, je peux encore avoir des orgasmes[32]. G2-8. Je suis à demi satisfaite car j'ai pu avoir une sexualité malgré mon syndrome de Benjamin et j'ai été heureuse de ressentir des sensations mais je regrette d'avoir été limitée du fait de mon sexe d'origine. G2-9. Je ne suis pas satisfaite de ma sexualité. Cause supposée: le passage trop brusque d'une vie 100% homme à une existence avec l'aspect femme. Ou encore: quelques doutes sur la crédibilité du sexe fabriqué?? G2-11. Oui, en ce sens que ce n'est pas la sexualité le problème mais la relation amoureuse et je n'arrive pas à “fixer” l'homme sur lequel je fait ... une fixation! G2-12. Non. Pas trouvé de partenaire intéressante depuis l'opération car besoin de stabilité plus important qu'avant. G2-14. Par l'obtention d'orgasme déclenché sexuellement par mon partenaire. G2-15. Oui, mais quand mon partenaire regarde mon sexe, il voit que quelque chose n'est pas normal. ».

Les SBM: « G2-16. Oui, je le suis: j'aime ma femme et elle m'aime, notre complicité, nos sentiments m'apportent toute la satisfaction dont j'ai besoin. G2-17. Très peu. Car mes instincts sexuels ne sont pas ou peu satisfaits. G2-18. Pour l'instant peut mieux faire car j'aimerais la pénétrer avec un pénis et pas seulement [avec] les doigts. G2-19. Non. La plupart de mes envies ne peuvent être satisfaites par mon physique actuel (fellation, pénétration...). G2-20. Oui, globalement la satisfaction provient de la qualité de la relation avec l'autre. Le plus important étant de se sentir à l'aise avec son nouveau corps. G2-21. Pour l'instant non car en attente de la prothèse pénienne. G2-22. Oserai-je dire qu'en ayant la sensation d'être castré je peux trouver la sexualité merveilleuse. G2-24. Insatisfait, je ne peux encore effectuer l'Acte complet. Peut-être après la phalloplastie. ».

2. Qu'est-ce que vous aimez le plus dans la sexualité? Décrivez.

Les femmes: « G1-1. Le début! La fin parfois. Et surtout: le voyage (transport) dans un autre monde. G1-2. Pénétration et simultanément caresses clitoridiennes, anales. G1-3. La magie, le jeu, l'échange, la chair, l'odeur, les sensations, les sentiments, les odeurs, la folie, la liberté, l'intimité... L'excitation. G1-4. Les préliminaires. G1-5. La personne avec laquelle je le fais. G1-6. Les caresses, les attouchements. G1-7. Le plaisir et l'état de partage et de rencontre entre deux individus. G1-9. De me vider de toute énergie négative emmagasinée. G1-10. L'intimité. G1-11. Les préliminaires, caresses, pénétration et entendre l'orgasme de l'autre ou vivre le sien, encore mieux le nôtre! G1-12. Les préliminaires, caresses, le moment juste avant la jouissance. G1-13. Etre à deux et partager. G1-14. Le plaisir. G1-15. La relation à l'autre, les caresses. G1-16. Etre aimée par quelqu'un et [aimer?] [Mot manquant?] quelqu'un, le désir, la peau. ».

Les hommes: « G1-17. Le contact de la chair, le désir, la chaleur, la dominance l'un envers l'autre. G1-18. Les préliminaires plus que l'acte en lui-même. G1-19. Les rapports physiques, les échanges, la jouissance et le plaisir, l'oubli de soi et le partage. G1-20. La dimension d'oubli, de perdition, le vertige, la confusion... G1-21. Donner du plaisir à l'autre de quelque manière que ce soit. G1-22. Les jeux érotiques, la montée du plaisir. L'espace/temps spécial partagé avec la partenaire. ».

Les SBF: « G2-1. La tendresse, la présence de l'autre! Les caresses (en gros les préliminaires). G2-2. Actuellement, ce n'est qu'une pensée. Ce serait à la fois le partage de l'affection, le partage du corps et le sexe “bestial”. G2-3. Aimer et être aimée, sentir un véritable sentiment profond de tous les 2 et de faire durer le moment de rencontre et de plaisir. G2-4. La tendresse. G2-6. Les attentions, tendresse, caresses. G2-7. Les préliminaires et les pénétrations. G2-8. Les codes amoureux, la sensualité, l'excitation, les attouchements, l'amour clitoridien, donner du plaisir à son amante, les pratiques sexuelles réciproques. G2-9. L'arrivée à l'harmonie des deux corps et des deux âmes. G2-11. C'est l'(une des) expressions d'un amour véritable. La “baise” pure n'était qu'un palliatif à mon empêchement et a cessé dès le commencement du processus médical. (Mes 10 cales*, c'est ça qui bloque!) [*Jeu de mot: médical.] G2-12. Tendresse, caresses, épanouissement et apaisement post orgasmique. G2-13. Le plaisir de donner du plaisir à un homme et lui faire atteindre l'orgasme. G2-14. Etre désirée, draguée. G2-15. Etre nue dans les bras d'un homme qui me caresse sans pour cela penser au sexe. ».

Les SBM: « G2-16. Le plaisir que cela nous procure (à ma femme et à moi). G2-17. Les instincts sexuels peuvent être joués. G2-18. La sensualité, faire jouir ma partenaire. Recevoir du plaisir par ma partenaire et non plus par masturbation personnelle... LE PARTAGE DE TOUT. G2-19. Les préliminaires: caresses, jeux de langues, visualisation de l'acte. G2-20. La magie des sens. D'une manière plus terre à terre la fusion par la pénétration. G2-21. L'autre... Donner du plaisir à ma partenaire et le voir. Avoir moi-même du plaisir. G2-22. Ce que ressent l'autre, le plaisir et l'orgasme de l'autre. Et surtout la sensualité et les préliminaires. G2-24. Les préliminaires et la jouissance de ma partenaire.G2-25. Je ne sais pas, car ma sexualité, que je le veuille ou non, est celle d'une femme, avec vagin etc. J'aimerai avoir des rapports sexuels avec un homme! ».

3. Qu'est-ce que vous aimez le moins dans la sexualité? Décrivez.

Les femmes: « G1-1. Quand il n'y en a pas. Et puis le sentiment, parfois, d'être nulle. G1-2. Pénétration anale sans autre attouchement sexuel. G1-3. L'égoïsme, le manque de communication, la fin, le décalage. G1-4. Il arrive que ce soit parfois trop “automatique”! G1-6. Pénétration. G1-7. Les perversités, les tabous et les dérives associées. G1-9. Faire par devoir, quand je n'ai pas envie. G1-14. Ceux qui veulent à la fin m'offrir des cadeaux. G1-15. La violence. G1-16. Ne plus pouvoir sortir, peur d'être trop remplie d'amour. ».

Les hommes: « G1-19. Parfois elle est limitée au domaine purement physique sans être partagée au niveau mental. G1-21. L'égoïsme. G1-22. Le passage du temps “sexuel” à la réalité. ».

Les SBF: « G2-1. La sensation d'être utilisée ou avilie. Tout ce qui peut paraître dégradant (ou donnant cette sensation ou impression). G2-2. Actuellement, ce n'est qu'une pensée. Ce serait être toujours dominée, le contraire du partage, partage des goûts, des fantasmes, des envies du moment. G2-3. Le vide, l'absence de sentiment, être utilisée pour le plaisir de l'autre sans rien en échange, ce qui m'arrive le plus souvent. G2-4. La violence. G2-6. La rapidité. G2-8. (En général.) Les jouets sexuels, la pénétration hétérosexuelle, la sexualité à but nataliste. Mon amie et moi n'avons jamais désiré d'enfant. G2-9. C'est ce que je crains le plus: le risque de satisfaire un besoin charnel sans avoir atteint l'harmonie nécessaire à la communion totale entre les deux partenaires. G2-11. Je ne comprends pas la question. G2-13. Les échecs répétés. G2-14. L'après dans le rapport strictement sexuel. G2-15. La brutalité et le manque d'imagination chez l'homme. ».

Les SBM, annexe J: « G2-16. De ne pas être encore physiquement l'homme que je suis. G2-17. Le fait que mon corps me rappelle que mes instincts sexuels ne sont pas vraiment satisfaits. G2-18. Le bruit du va et vient des doigts dans le vagin. G2-19. La frustration ressentie en cas de non assouvissement d'une envie (pénétration...). G2-20. Certains aspects bestiaux, les pratiques déviantes: la sodomie par exemple.G2-21. A l'heure actuelle que l'on me caresse le sexe, à cause de ma non érection. G2-22. Ne pas pouvoir participer réellement et de me sentir diminué. G2-24. L'après. ».

Comment les SB considèrent leur corps et leur sexe

Le nouveau sexe des SB doit être entretenu. Les SBF doivent continuer les dilatations (une fois par mois) à vie et utiliser une crème pour éviter que la peau s'assèche et perde sa souplesse. Je crois que les femmes ménopausées ont plus ou moins les mêmes problèmes. Les SBM doivent faire attention à ne pas abîmer leur verge dans les rapports sexuels et surveiller le risque d'infection urinaire.

Les SB rejettent les parties et les éléments sexués, (dans le sens de sexuation), de leur corps car ils marquent leur sexe biologique et font que le sujet n'est pas reconnu pour se qu'il se sent être. Quand ces éléments sont présents, les personnes concernées par le syndrome de Benjamin ne les supportent pas.

Pour les SBF, la pilosité (barbe et poils) est toujours trop présente, la voix trop grave, la pomme d'Adam visible, la peau trop rugueuse, les mains et les pieds trop grands, la taille pas marquée et le bassin trop étroit. Elles détestent leur manque de seins et leur sexe masculin qui est à la place de celui qu'elles aimeraient avoir. Certaines m'ont dit leur regret de ne pas avoir de règles, de ne pas pouvoir porter un enfant, ni le mettre au monde, ni de l'allaiter[33]. Par ailleurs, beaucoup d'entre elles mettent des protections hygiéniques dans leur sac et dans les toilettes de leur appartement.

Pour les SBM, la présence des seins, des menstrues, des grosses fesses et grosses cuisses (type culotte de cheval), de la voix trop aiguë, des épaules trop étroites, leur sont insupportables. Ils regrettent leur manque de musculature, de pilosité (barbe, poils), de ne pas avoir ce sexe masculin qui leur fait tant défaut.

Pour tous, c'est l'ensemble des caractères sexuels primaires et secondaires qui ne conviennent pas qui sont rejetés. Cela entraîne des stratégies comme éviter les miroirs, ne regarder que des parties du corps dans la glace, ne pas se montrer nu, se cacher dans des vêtements mixtes ou trop grands...

Tableau 3
Les personnes sont-elles satisfaites esthétiquement de leur corps?

Six des sept nouvelles femmes (NF = ex-SBF) ont coché "oui", (G2-6, 7, 8, 9, 10 et 11). Une autre coche "oui" mais en précisant "sauf la partie génitale", (G2-2). Une nouvelle femme opérée en juillet 1999 a coché "non", (G2-5).

Un nouvel homme (NH = ex-SBM) coche entre "oui" et "non", (G2-23). Un autre coche "non" et précise "mais il est mieux", (G2-24). Les 2 nouveaux hommes qui ont coché "oui" sont ceux qui ont fait la phalloplastie, (G2-20 et 21).

Les SBM sont le moins satisfaits de leur corps. Ce sont les 7 qui n'ont pas fait la phalloplastie et celui qui regrette l'opération (G2-25). Les SBF sont majoritairement satisfaites. Là encore les opérations y sont pour quelque chose. Elles ont presque toutes passé cette étape.


Au final, les SB se contentent de ce qu'ils ont quand ils ne sont pas ratés sur le plan chirurgical. Ils mesurent l'importance d'avoir un corps conforme à leur sexe psychologique même avec des imperfections. Ils ont conscience que personne n'est parfait. Ils veulent être crédibles, (que l'on ne devine pas leur spécificité en les regardant), et pouvoir fonctionner physiquement et sexuellement (avoir des relations affectives et sexuelles satisfaisantes). Sauf pour quelques personnes qui ne sont pas aidées pas la nature, c'est une exigence tout à fait réaliste.

Anna, entretien n° 1, annexe D: « je pense que ma sexualité maintenant doit pouvoir s'étaler sans arrière pensée, sans haine de ce machin que j'avais qui pendouillait entre les jambes qui ne me plaisait pas trop. Ce n'est pas que je le détestais, mais j'avais l'impression qu'il réagissait indépendamment de moi. [...] Mais c'est extrêmement... C'est gênant... Et en, tant que femme je ne ressens pas cette même sensation, même si je ne suis pas une femme biologique... Je ressens plus cette même sensation de désir... Absolument de... Cet espèce de désir de... Je vais être vulgaire, de vider le poireau, en fait. [...] J'ai toujours eu l'envie ou le désir de faire l'amour, mais faire l'amour avec mon sexe. En fait c'est le seul problème, je n'ai jamais été bloquée sexuellement. J'étais bloquée au travers de l'outil, je vais dire, ou du sexe, pas de la sexualité mais du sexe physique. ».

Axelle, entretien n° 3, annexe F: « il s'avère qu'avec le peu que j'ai pris mon corps a travaillé et a correspondu à ce que j'attendais de lui, donc, j'ai cette espèce de poitrine suffisante, je dirais. Mais malheureusement, étant donné que le corps continue à travailler comme il était prévu qu'il travaille à la base, il y a donc, forcement, quelque part une fabrication d'hormones mâles, et alors ce qu'il peut m'arriver de pire, c'est les rares fois où il peut se passer une espèce d'érection ou quelque chose qui correspondrait. Alors ça... Encore une fois, je retourne dans le système de «bon, alors, si je fonctionne comme ça, je ne suis pas qui je suis», c'est l'éternelle remise en cause. J'ai fait pendant des années un tel combat interrogatif avec moi-même que je pense, maintenant, être en accord avec moi-même. Je me dis que ce putain de détail correspond à rien, et franchement, je pense en fait que ce sexe imbécile ne suffirait pas à prouver ou à définir qui je suis, mais de là à l'utiliser. Je ne correspond pas à ça. Il y a quand même tout le reste du corps, qui est quand même beaucoup plus important, il y a la majeure partie de la tête, qui me prouve le contraire... Je ne ressens pas d'être quelqu'un d'autre qu'une femme. [...]
Ça en revient à ce que je disais, se sentir une espèce de monstre, oh non sans aller jusque là, mais d'être pluriel, d'être toujours en train de jouer à cache-cache avec les miroirs, les objets, à se cacher parce que tu as cette espèce de présence charnelle qu'on ne peut pas nier, et qui veut te prouver le contraire de ce que tu penses de toi. Autant, tu peux pendant des années gérer, jouer à cache-cache, t'éviter... Tu veux aller à la plage, il y a forcément l'inévitable. Les deux moments critiques de la vie qui sont les toilettes et la douche, où là, tu es obligée d'y passer. Alors, on fait avec, pourquoi pas. Et là, on re glisse dans le phénomène du gros clito, en se disant «c'est une excroissance de chair, c'est une verrue, c'est ce qu'on veut.» On fait avec, on se dépêche de nettoyer ça et, ma foi, ça passe. Mais il y a un moment, à long terme, où tu peux plus jouer à cache-cache avec toi-même, et il y a cette espèce de chose qui prouverait toujours l'inverse. Donc, tu ne peux pas te regarder en entier, tu es comme une espèce de puzzle, en fait. Et c'est fatigant de n'être que des morceaux tout le temps à rassembler. Par exemple, le fait de, comment je pourrai dire... Si, par exemple, je devais me retrouver au pieu avec un mec, qu'est-ce que je lui dis? Parce qu'il y a cette espèce de vérité anatomique. Ça fait 20 ans qu'on me dis «bonjour Madame», je pense être en accord avec moi-même à ce niveau là. Et je ne me vois pas en train de dire, par rapport à un détail anatomique, à un mec «je suis un homme.» Parce qu'alors là, j'aurais l'impression de dire une énormité, alors que normalement, il y a cette évidence qui prouve le contraire. Il y a vraiment des moments où tu as une espèce de tiraillement affreux parce que la grosse majorité de mon corps me prouve quand même que je suis une femme intérieurement et extérieurement, au niveau du ressenti, du vécu, et cetera, et il y a ce putain de détail. Il est clair qu'au bout d'un moment, il est important de se mettre entièrement en accord avec soi-même. Je crois, qu'on ne peut pas vivre ça tout le temps et à long terme. C'est vraiment, je ne sais pas comment dire... Il y a un moment où ça n'est plus gérable. Parce que tu peux pas éternellement jouer à cache-cache. Déjà, souventes[34] fois, je me dis, «j'ai l'impression de vivre un leurre», d'essayer d'aller au-delà de moi-même en me disant «non, je suis une femme, je suis une femme, je suis une femme»... Tu vois, ça me fait penser au dessin de Magritte, où il a dessiné une pipe et où il a mis «ceci n'est pas une pipe.» Alors je me dis «est-ce que j'en suis là?» Pendant un moment, je disais «je suis une femme “canada dry”», mais ce n'est pas suffisant non plus, parce que s'il y a des gens qui veulent y goûter, et effectivement, je n'ai pas le goût du “canada dry”, c'est clair. Je crois que c'est important de se mettre en accord avec soi-même, parce que tu as beau te la jouer, tu as beau te la raconter, la vérité te rattrape... Par exemple, il y tous les passages de la plage, de la piscine, tu es obligée de jouer à cache-cache. Là ce serait des moments de plaisir dont on est obligé de se priver. Et puis après, il y a aussi l'histoire de la réalisation poussée administrativement en se disant que si on en arrive là [opération], et bien, on aura des papiers, on aura une reconnaissance sociale, et cetera, normalement. Ça, c'est aussi important. Et je sais que, par exemple, pour moi qui ne suis pas sexuelle, je dis que ça fait 30 ans que je pisse assise et que je sois opérée ou pas, ça ne changera rien à l'histoire, mais si ça me permettait d'avoir de papiers en règle et qu'enfin on me foute la paix, et que les flics ne me disent plus «où est-ce que tu tapines» ou genre «c'est qui le monsieur», ou et cetera... Ça c'est très usant aussi, c'est épuisant.
[...] j'ai noté ça l'autre jour, c'était amusant, alors c'est certainement l'inconscient qui travaille, il y a un miroir sur la baignoire, et en fait, le miroir s'arrête au niveau du nombril. C'est rigolo. Ça fait que quand je prends ma douche, je me vois, je me vois moi, c'est clair. Alors après, bon... On s'arrange comme toujours. Mais c'est assez marrant. Je me suis dit «tiens!» Ça s'est fait tout seul ou je l'ai fait sans le vouloir, et c'est assez rigolo. C'est comme quelqu'un qui aurait une partie purulente de son corps, tu vois, qu'on se dépêche de nettoyer, parce que c'est un peu écoeurant, et puis on fait avec, et puis voilà, en se disant qu'un jour ça guérira. Mais c'est vrai qu'à très, très long terme, c'est très usant.
 ».

Les questionnaires SB: « G2-6. Etape 2: Ma sexualité était nulle mais cela me semblait bon de ne plus avoir d'érection. G2-24. Etape 1: Lors de nos relations, je refusais qu'on me touche et je n'aimais pas qu'on voit mon corps. Je ne me déshabillais jamais. Je déshabillais ma partenaire et j'adorais voir son corps. Etape 2: Maintenant, j'arrive à me mettre torse nu sans problème devant ma partenaire et accepte les caresses de mes différentes parties érogènes (tête, bras, cheveux, reins, nuque), mais je ne me mets pas encore nu. ».

Quand le traitement hormonal commence à faire ses effets, les personnes concernées par le syndrome de Benjamin voient leur corps progressivement tendre vers ce qu'elles souhaitent. Elles deviennent plus à l'aise, leur rapport à leur corps s'améliore.

Les SB doivent faire leur deuil de ne pas être des nouvelles femmes ou des nouveaux hommes biologiques, d'être mère ou père biologique. Il y a toujours un renoncement à quelque chose. Parmi ceux qui ne renoncent pas, certains espèrent pouvoir adopter, d'autres ont recours à l'insémination artificielle de leur compagne, quelques uns font des enfants avant tout traitement hormonal.

Le corps des SB est un objet (au sens ethnopsychiatrique du terme) qu'ils habitent, qu'ils utilisent et qu'ils adaptent à leur personne. Ils n'ont pas d'autre solution pour se sentir en harmonie. La conséquence est que leur corps n'appartient ni à Dieu[35], ni à l'État[36]. Actuellement, en dehors du “transsexualisme”, nous voyons (ré)apparaître des pratiques anciennes, (piercings, tatouages, scarifications, poses d'implants décoratifs sous la peau...), et modernes, (chirurgie esthétique), de modifications corporelles, telles qu'en recense Stéphanie HEUZE, (2000). Ce mouvement de réappropriation du corps dépasse très largement les “transsexuels/les”. Mais quoi de plus radical que de changer de sexe? Se faire implanter des bijoux sous la peau, se faire tatouer, percer, rectifier une partie de l'anatomie... paraît beaucoup moins extrême. Dans ce sens, les “transsexuels/les” sont des précurseurs du monde moderne. De même, ils viennent interroger les catégories sociales, ce qui remet en cause l'organisation de la société fondée sur la bipartition sociale en deux sexes (femme, homme) et pour laquelle aucune autre catégorie n'est possible. Cette organisation bi-catégorielle n'envisage qu'une solution: les intégrer dans l'un des sexes existants. Une autre possibilité pourrait être un autre type d'organisation sociale qui ne serait pas fondée sur le sexe et qui serait plus égalitaire car, quelque soit notre sexe, nous sommes tous des êtres humains.

Mr VAN DER REIJT, (1995), de la Dutch Gender Foundation (Fondation Néerlandaise sur l'Identité Sexuelle), lors du XXIIIe colloque de droit européen à l'Université Libre d'Amsterdam, les 14-16 avril 1993, dans son Allocution, p. 11, nous fait une proposition: « Le résultat de cette loi néerlandaise, l'évolution des droits de la personne et de la famille (par exemple les débats sur la nature du mariage et de la vie familiale) et les phénomènes sociaux tels que l'émancipation des femmes, m'ont convaincu que la meilleure manière, et la plus facile, de régler les problèmes juridiques des transsexuels est de supprimer tout simplement la mention du sexe sur l'acte de naissance, et cela vaut naturellement pour l'ensemble de l'Europe.

Indiquer le sexe sur l'acte de naissance n'est guère utile; si vous y réfléchissez, l'armée par exemple, recrute de nos jours aussi bien des hommes que des femmes. Si Napoléon vivait aujourd'hui, voudrait-il que l'indication du sexe figure sur ce document?

Durant ces trois jours, je suis certain que nos savants amis du monde médical nous démontreront que le sexe indiqué sur le certificat  de naissance est une des informations les plus sujettes à caution. Nous autres juristes, ne ferions-nous pas mieux d'éviter dès le départ ce genre d'ambiguïté, en supprimant tout simplement cette indication? ».

Les hormones

Comme le montrent les commentaires des questionnaires SB (G2) et les interviews, le rôle des hormones est important dans les désirs et les pulsions sexuels.

Yoann, interview n° 2: « avant, après, c'est sûr qu'il y a des gros changements, notamment pendant la période hormonale. Il y a des pulsions qu'on ne peut pas contrôler mais qui sont demeurées de toute façon de type hétérosexuel. Et puis après, ça se calme et par la suite on peut dire ça se stabilise. Ensuite, quand toutes les opérations sont faites, y compris la verge, je ne peux pas dire que je me sois senti submergé par les pulsions. Je vais même dire que le fait d'avoir autant souffert pour avoir quelque part un corps qu'on accepte donne une satisfaction telle que hormis un individu qui pourrait vous intéresser puis peut-être susciter des émotions telles chez vous, au niveau purement sexuel, ce n'est pas la grosse cavalcade. Oui, je partage un peu les sensations qu'a eues un autre qui s'appelle Jean, je n'ai pas de pulsions particulièrement fortes. De temps en temps, quand ça me démange, (c'est plutôt quelques jours après la piqûre), je me soulage et puis c'est terminé. ».

Axelle, interview n° 3: « Et donc, on m'a fait ma première injection, et là, ça m'a fait penser un peu à la potion magique d'Astérix, tu vois, où le corps fait “tchaaouff”! Il se passe des trucs, genre, la douleur de la poitrine qui pousse. Et en fait j'avais le ressenti d'une adolescence que j'aurais aimée avoir et que je ne comprenais pas. C'était vachement étrange comme sensation. [...] Et donc, Cordier, lui, est allé plus loin quand je lui ai dit que je recommençais ce traitement. Il m'a dit que lorsque je prenais des hormones, je me sentais mieux. Que cela me provoquait une sensation de bien-être. Pas du tout, cela ne me provoque rien de tel. Je ne suis pas une droguée. [...] Quand Cordier m'a dit «oui, mais quand vous prenez des hormones, ça vous provoque un bien-être», non, ça me provoque rien du tout. Là, il est en train de se planter et ça me gonfle un peu parce que c'est vraiment pas ça. Ce n'est pas, si je ne prends pas ma pilule, je ne vais pas bien. J'en ai pas pris pendant des années et ça n'a rien changé à ma manière de vivre et à la manière de me ressentir. [...] Une fois de plus, je ne sais pas si on peut faire une généralité et en tout cas, pour moi, cela ne fonctionne pas, parce que, que j'en prenne ou pas, à la limite, je trouve cela chiant parce qu'il faut y penser tous les soirs, c'est contraignant. En général, j'oublie, je me dis «ce n'est pas grave, on verra demain...» Parce que vraiment, je n'ai pas la sensation qu'il se passe quelque chose de plus ou de moins dans mon corps, tu vois. Parce que j'en ai pas pris pendant des années et ça n'a rien changé à la manière dont je me suis vue, dont je me suis conçue et dont j'ai vécu... ».

Evrard, interview n° 4: « Il est évident qu'on sent une différence avec le traitement hormonal. C'est là qu'on peut comprendre les envies sexuelles masculines. Effectivement, là c'est vraiment la testostérone qui joue, mais, bon, ça se surmonte, comme tout, hein! C'est une question de volonté et de maîtrise de soi. [...] Oui, par contre ce qui ne peut pas être contrôlable c'est, effectivement, les rêveries. Ça c'est ce que je ne peux pas contrôler. C'est même désagréable, dans le sens où des fois ça te prend un peu trop, ça prend un peu trop le champ de conscience. Durant un temps je prenais un traitement hormonal supérieur[37] à celui que je prends maintenant, et j'ai le souvenir qu'effectivement, j'avais encore plus de rêveries à ce moment là... ». [Il ne s'agit pas de rêves, mais de rêveries éveillées.]

Les questionnaires, annexe I: « G2-6. Etape 2: Ma sexualité était nulle mais cela me semblait bon de ne plus avoir d'érection[38]. G2-10. Etape 2: En raison de mon état cardiaque, il a fallu supprimer les hormones; résultat = plus de désir, à l'exception du désir de vivre. G2-14. Etape 2: Les injections d'hormones[39] me donnaient des appétits absolument lubriques pendant deux ou trois jours. G2-18. Etape 2: mon clito a énormément grossi, cf. Androtardil[40] [...] » et annexe J: « G2-18. L'Androtardyl m'a ouvert un gros appétit sexuel. ».

De même, les délinquants sexuels sont traités avec des anti androgènes (castrateur chimique) pour faire baisser leur libido. Certains s'en trouvent mieux d'autres non[41].

Sur le questionnaire non intégré dans les données, la personne a répondu “oui” à la question “avez-vous un handicap qui limite votre sexualité”, et elle a noté à côté: « J'ai toujours eu deux sexualités. Une normale, (marié 2 fois, quatre enfants), traditionnelle et sociale. Et une qui s'est traduit par une culpabilisation forte due à mon éducation mais qui correspond profondément à ce que je suis. D'abord fétichiste lingerie depuis le plus jeune âge; qui s'est traduit en transvestisme fétichiste avec l'adolescence qui dure et durera toujours avec pour conséquence des déviations sexuelles: zoophilie, homosexualité, masochisme, pour les plus marquantes.

Phase 1: Mon but n'est pas de devenir femme mais de vivre la sensibilité féminine que j'ai en moi sans remettre en cause ma vie familiale et professionnelle, [devenir femme] ce qui me rejetterait dans un ghetto et la solitude.

Ce qui est important c'est de faire savoir à la société que la sexualité ne comporte pas seulement de l'hétéro et homosexualité mais aussi de la transsexualité, que nous désirons pouvoir vivre celle-ci, (au niveau de la transformation qui convient à chacun d'entre nous), comme des personnes socialement intégrées à part entière bien dans leur tête et dans leur peau. La transsexualité existe, à nous de le faire savoir pour permettre à tous ceux et celles qui le veulent de nous rejoindre.

Phase 2: Androcur et Ostroginon m'ont permis d'être en phase avec la féminité qui est en moi. Etre acceptée par mon milieu professionnel et familial me suffit largement. Je ne cherche pas de partenaire, ma femme m'acceptant comme je suis, (bien que comme elle me le rappelle ce n'était pas compris dans le contrat), et si nous n'avons plus de vie sexuelle, nous avons conservé une vie affective d'une qualité excellente. » Juste au dessus la personne précise qu'elle est « débarrassée d'une libido culpabilisante ».

On constate que l'éducation joue un grand rôle dans la culpabilisation des personnes. En ne leur permettant pas d'avoir une sexualité épanouie, elles en arrivent à des sexualités perverses (au sens freudien), inadaptées, voire déviantes. Cela confirme ce que dit REICH. De même, la confusion règne jusque que dans l'esprit des personnes, qu'elles fréquentent ou non le milieu associatif. La “transsexualité” n'est pas une sexualité, ni une attirance affective et sexuelle, c'est plutôt un état, un stade, une transition, même si certaines personnes restent dans cet état de nombreuses années, voire le reste de leur vie. Cette personne n'est pas suivie par une équipe médicale car elle ne souhaite pas devenir femme.

Les rêveries érotiques ou fantasmes

Il ne s'agit pas de rêves car les rêveries ou fantasmes surviennent en état de veille. Elles peuvent avoir un contenu sexuel ou non. Les SB ont plus de rêveries érotiques ou fantasmes que les non-SB. Seulement quatre sur vingt-deux non-SB en ont tandis que vingt sur vingt-cinq SB y ont recours aux 3 phases.

Les SB se considèrent comme une personne de leur sexe psychologique et leur partenaire correspond à leur attirance affective et sexuelle du moment. Il y a une SBF plus âgée qui avait un fantasme d'un homme qui se transformait en femme, (questionnaire G2-10). Dans leurs scénarios érotiques, les personnes des 2 groupes se voient toutes selon leur sexe psychologique, sauf G2-25 qui est inversé aux 3 phases et G1-22 qui est "les 2" (femme et homme alternativement), idem pour G2-9, 10 et 14 à la phase 1. Le questionnaire G2-25, qui regrette, sera abordé spécifiquement en détail dans la partie diagnostic.

Plusieurs personnes SBF changent d'attirance affective et sexuelle au cours de leur parcours. De même, certaines personnes se voient différemment dans leurs rêveries érotiques (G2-6, 9, 14). Pour d'autres, c'est le partenaire qui change dans leurs rêveries érotiques (G2-4, 6). Un SBF commence à avoir des rêveries érotiques à la troisième phase (G2-13), alors que d'autres Des personnes SB commencent à avoir des rêveries érotiques à la phase 2 ou 3, (G2-5, 10, 13). Les évolutions se voient sur les tableaux 1 et 2, pages 64-65.

Robert J. STOLLER (1985), p. 225, expose un cas et parle de ses scénarios érotiques de la même façon que les SB de cette étude. « Dès qu'elle commença à se masturber, à l'adolescence, dans ses rêveries, elle était une femme à qui un homme faisait l'amour. En imagination, elle traduisait les sensations sexuelles dans son pénis en des sensations qu'elle imaginait être ressenties au niveau du vagin, mais toutes ses tentatives pour traduire l'orgasme en un orgasme féminin étaient un tel échec que très tôt, à l'adolescence, elle souhaitait déjà ne pas avoir de pénis. Elle avait horreur de la  masturbation et dit ne s'y être livrée qu'une fois par an ou moins, non pas en raison d'une culpabilité consciente, mais parce que c'était la preuve concrète de son état de mâle sur le plan anatomique. ».

Anna, entretien n° 1: « Chez la femme par rapport à l'homme au niveau du rapport physique c'est à dire que la femme n'a pas besoin de... Pourquoi il y a des sex-shops, pourquoi y a des bordels, pourquoi y a tout ça? C'est parce que c'est les hommes qui en ont besoin, c'est pas les femmes. Les femmes n'ont pas besoin, elles ont tout dans leur tête. Une femme a dans sa tête, une fois qu'elle a envie de prendre du plaisir avec un homme, elle le met, elle se met son fantasme dans la tête, elle choisit dans son petit tiroir là. Elle a plein de petits tiroirs dans la tête, elle sort un petit tiroir, «tiens, je vais me faire celui là ce soir...» et hop! Et ça marche! Et ça marche! Et c'est ça qui est bien. Alors ça c'est des choses que j'ai, que j'ai découvertes depuis, tout doucement, depuis ma première opération. [...] J'avais une amie qui aimait beaucoup son mari, mais si elle voulait avoir un orgasme extraordinaire, il fallait qu'elle pense à Terrence HILL. Elle faisait l'amour “avec Terrence HILL”, et avec moi aussi. Elle me disait «quand je suis avec [prénom du mari], je pense à Terrence HILL et c'est l'explosion». C'est amusant, non?! Mais attention! Elle imagine, Terrence HILL avec le chapeau... Comme dans les films de cow-boys. [...] quand il y avait pénétration, la pénétration il fallait qu'elle soit totale de façon à ce que j'imagine que son corps était le mien et que le mien était le sien, ce qui à ce moment là pouvait créer une éjaculation. ».

Axelle, entretien n° 3: « les rares fois, et vraiment tout ça est très, très rare chez moi, les rares fois où je peux flasher chez un mec, je me fais un tel film romantique et sentimental que, vraiment, tout ce qui est sexuel, pour moi, ce n'est vraiment pas prévu. Je me suis dis, «bon, quand même, ce n'est pas normal» parce que j'entends des centaines de gens qui sont fascinés par ça, qui ont le feu au cul ou ailleurs, et bon «est-ce que c'est moi, qu'est-ce qu'il se passe.» Alors je me suis dit, «je vais vérifier des cassettes pornos» mais je suis tellement niaise, sentimentale et romantique que alors le porno, c'est impossible... ».

Evrard, entretien n° 4: « Mais des rêveries, oui, bien sûr. J'en avais avant le traitement hormonal, j'en ai toujours. [...] ».

Les questionnaires, annexe I: « G2-6.  Ma jouissance ne fonctionnait que si j'imaginais avoir un vagin et elle un sexe d'homme. ».

Il ressort du questionnaire SB n° 25 qu'à chaque phase, dans ses scénarios érotiques le sujet était une femme et son partenaire un homme, alors que chez tous les autres SBM c'est l'inverse. Les scénarios érotiques sont peut-être à explorer en ce qui concerne la représentation que le sujet se fait de lui-même. Cela pourrait être une aide complémentaire à l'autodiagnostic.

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Notes:

[29]  Le fait d'attacher, de ligoter.

[30]  La psychanalyse dirai que c'est une formation réactionnelle. Je dirai que l'éducation, à exiger trop tôt la propreté chez un enfant en est responsable et que cela n'empèche aucunement un individu de bien fonctionner.

[31]  Prothèses testiculaires.

[32]  Cette personne a coché “agréable” à la question “lors d'une activité sexuelle, vous éprouvez: des sensations agréables, des sensations déagréables, un orgasme, rien”.

[33]  Communications personnelles.

[34]  Pluriel de souvent pour dire “souvent des fois”. Expression qu'emploie souvent Axelle, mais que je n'ai pas trouvée dans le dictionnaire.

[35]  Si Dieu a fait l'homme et la femme, il a aussi fait les “transsexuels/les”!...

[36]  La loi sur l'indisponibilité de l'état des personnes fait que c'est l'État français qui est propriétaire du corps de ses citoyens. Le suicide et les mutilations sont interdits. Personne ne peut décider de sa naissance, de son sexe, de sa mort, de sa filiation, de son nom, ni de son/ses prénom/s. Les personnes SB s'y sont heurtées jusqu'en décembre 1992, date du revirement de la Cour de Cassation suite à la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l'Homme en mars 1992.

[37]  Le traitement était dosé plus fort.

[38]  Elle prend un castrateur chimique anti-hormones mâles ou androgènes, (généralement Androcur), qui fait chuter la production de testostérone. En conséquence, les érections diminuent, voire disparaissent totalement pour le plus grand bonheur des SBF.

[39]  Oestrogènes et progestérone associées à un anti-hormones mâles prescrits aux SBF pendant l'étape 2.

[40]  Hormone mâle: testostérone retard en injection intra musculaire donnée aux SBM.

[41]  Communication personnelle.

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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