7.1.2.  Tableaux récapitulatifs pour la discussion

Les tableaux 1 et 2 regroupent les éléments concernant le sexe psychologique, les scénarios érotiques, l'attirance affective et sexuelle, et les partenaires des personnes.

Tableau 1
Récapitulatif: identité sexuée, sexe psychologique, scénarios érotiques,
attirance affective et sexuelle, et partenaires chez les non-SB

Fé = féminin, M = masculin, F = femme, H = homme, 2 = les 2, fm = femme masculine, hf = homme féminin, S = sans, Hé = hétérosexuel, G = gai, L = lesbienne, B = bisexuel, AAS = attirance affective et sexuelle (hétéro, homo, bisexualité).
Identité sexuée = féminité et/ou masculinité présente en chacun de nous.
Sexe psychologique = sentiment d'être femme ou homme.
Dans la colonne AAS (à droite), on trouve le type d'attirance affective et sexuelle que l'on peut confirmer par les scénarios érotiques et les partenaires.
(légende pour les tableaux 1 et 2)

Tableau 2
Récapitulatif: identité sexuée, sexe psychologique, scénarios érotiques,
attirance affective et sexuelle, et partenaires chez les SB

Fé = féminin, M = masculin, F = femme, H = homme, 2 = les 2, fm = femme masculine, hf = homme féminin, S = sans, Hé = hétérosexuel, G = gai, L = lesbienne, B = bisexuel, AAS = attirance affective et sexuelle (hétéro, homo, bisexualité).


La variation de l'identité sexuée ne met pas en cause le sexe psychologique pour une majorité de personnes. Par ailleurs, on peut voir que les catégories ne sont pas fixées.

7.1.3.  Sexe psychologique et identité sexuée

C'est chez les non-SB que je trouve une confirmation de ma première hypothèse secondaire: le sexe psychologique est indépendant de l'identité sexuée.

En effet, 16 sur 22 personnes ont une variation de leur identité sexuée. Cela ne remet pas en cause leur sexe psychologique chez 14 d'entre eux parmi les 16. Une femme se sent remise en cause dans son sexe psychologique et une autre ne répond pas à la sous question. Chez les SB seuls 9 ont une variation de leur identité sexuée. Parmi ces derniers, une SBF et un SBM se sentent remis en cause dans leur sexe psychologique.

Quelle est la force des stéréotypes sociaux dans le fait de remettre en cause son sexe psychologique quand la féminité et/ou masculinité varie?

Il est d'autant plus difficile pour les SB de remettre en cause la fixité des catégories, qu'ils cherchent à sortir d'une marginalisation et qu'ils doivent défendre leur sexe psychologique en prouvant leur détermination. Dans quelle mesure ce facteur joue un rôle dans l'identité sexuée et sa variation sans affecter le sexe psychologique.

On peut donc déduire que cette variation de l'identité sexuée n'est pas présente chez toutes les personnes, (qu'elles soient “transsexuelles” ou non), et que la remise en cause de leur sexe psychologique se produit chez une petite partie de ces dernières. Cela demanderait évidemment à être confirmé sur des groupes plus importants et des catégories plus variées, en tenant compte des religions, langues maternelles, âges, niveaux d'études, catégories socioprofessionnelles... De même, on peut se demander si c'est pour maintenir un sexe psychologique instable que certaines personnes tiennent autant aux stéréotype sociaux?

On peut dire que le sexe psychologique est le sentiment d'être femme ou homme et l'identité sexuée (féminité/masculinité) serait une des façons de l'exprimer psychologiquement et socialement.

7.1.4.  Sexe psychologique et attirance affective et sexuelle

Le sexe psychologique est indépendant de l'attirance affective et sexuelle. C'est confirmé par le questionnaire n° 25 et par le fait que nombre de SBF changent d'attirance affective et sexuelle durant leur parcours. Certaines font même des allers et retours, ne sachant plus très bien quel sexe les attire le plus, cela devient une question de personne. L'attirance affective et sexuelle n'est pas définitive car elle peut changer au cours de la vie. Même si cette étude ne le demontre pas, cette donnée n'est pas une spécificité des personnes SB. Je connais plusieurs personnes non “transsexuelles” qui ont changé plusieurs fois d'attirance affective et sexuelle au cours de leur vie, que ce soit pour des relations passagères ou de longues durées.

Doit-on considérer cela comme une bisexualité ou comme une modification de l'attirance affective et sexuelle?

Comme nous le voyons, l'attirance affective et sexuelle des personnes atteintes du syndrome de Benjamin peut être hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle. Nous voyons également apparaître une catégorie à laquelle on ne pense pas: l'absence d'attirance affective et sexuelle. Nous le voyons surtout chez les SB en phase 2.

Ce que les personnes nous disent de leur AAS (attirance affective et sexuelle)

Pour définir leur attirance affective et sexuelle, qu'elles soient opérées ou non, les personnes concernées par le syndrome de Benjamin se positionnent par rapport à leur sexe psychologique. Ainsi, une personne SBF qui aime les femmes se considère comme lesbienne (femme homosexuelle), (alors qu'elle est vue comme hétérosexuelle (homme hétérosexuel), si on la considère selon son sexe de naissance). Une personne SBF qui aime les hommes se considère comme une femme hétérosexuelle, (alors qu'elle est vue comme gai (homme homosexuel), si on la considère selon son sexe de naissance).

Un sujet SBM qui aime les femmes se considère comme un homme hétérosexuel, (alors qu'il est vu comme une lesbienne, si on le considère selon son sexe de naissance). Un sujet SBM qui aime les hommes se considère comme gai (homme homosexuel), (alors qu'il est vu comme une femme hétérosexuelle, si on le considère selon son sexe de naissance). Il n'y a que pour les bisexuels que le problème ne se pose pas vraiment.

Il est important pour les SB que leurs partenaires les considèrent comme des personnes de l'autre sexe. C'est-à-dire que le/la partenaire d'une SBF la considérera comme une femme et que le/la partenaire d'un SBM le considérera comme un homme. Les commentaires et remarques des questionnaires SB, (annexes I et J), confirment ce fait.

Les SB interviewés à propos de leur attirance affective et sexuelle:

Anna, interview n° 1, annexe D: « j'ai toujours aimé les femmes. [...] Ils voulaient absolument que je sois homosexuel et moi je leur disais «mais je ne suis pas homosexuel, j'ai envie d'être une femme qui fait l'amour en tant que femme et avec une femme». Alors ça, ils ne comprenaient pas. [...] Pendant très longtemps j'ai été attirée plus par les femmes, mais maintenant, je ne serais pas hostile au fait de vivre avec un homme qui pourrait m'apporter les qualités des femmes tout en étant un homme bien sûr, mais qui n'ait pas ce côté égoïste qu'ont les hommes qui vont au tiercé, au café et qui regardent le match de football pendant qu'on prépare les petits plats. Ce n'est pas tout à fait mon style et je crois que ça ne collerait pas tellement. [...] Plus j'y pense, plus je pense que ma vie sexuelle à venir ne sera pas systématiquement avec une femme. Je n'en ai plus la certitude. [...] J'ai envie de vivre avec un être avec qui je suis bien, homme ou femme peu importe, mais quelqu'un avec qui je suis bien, avec qui je me sens bien. Quelqu'un que j'ai envie d'appeler, que j'ai envie de voir, avec qui j'ai envie de partager des choses. »

Yoann, interview n° 2, annexe E: « J'ai eu une forme de sexualité, j'ai toujours eu beaucoup de chance dans mes relations, c'est à dire que très jeune, j'ai connu, j'ai ressenti des pulsions vers les jeunes femmes mais en tant qu'homme. Je me vivais en tant qu'homme vis-à-vis des femmes. Je ne me suis jamais senti attiré en tant que femme vers une femme. C'est à dire je n'ai jamais eu dans mon imaginaire, pour être cru et précis des gestes tendres ou sexuels, qui seraient réciproques venant de ma partenaire sur moi avec un corps féminin. J'avais une image de moi au masculin, sans poitrine, sans ce que j'avais au départ et qui me permettait d'avoir au moins une sexualité fantasmatique de type hétérosexuel en attendant mieux... Je me vivais dans mes pulsions amoureuses et sexuelles, en tant qu'homme [...] »

Axelle, interview n° 3, annexe F: « Pendant l'adolescence où tu es sensée, enfin en ce qui me concerne, tu es sensée avoir une apparence masculine et tu es attirée par les garçons. Dans l'esprit des gens avec leur simplicité, tu es un garçon de naissance et tu es attirée par des garçons: tu es homo et rien d'autre. Mais je ne me suis jamais retrouvée dans le fait d'être homo. Je me sentais fille et non lesbienne. Vas expliquer ça! [...] Les deux garçons avec qui j'ai vécu le plus longtemps, mis à part le dernier, il m'a semblé avec le recul, d'abord c'était des expériences platoniques, que j'étais pratique, en fait. On pouvait m'emmener au restaurant, on pouvait me présenter à la famille, mais en attendant, ils passaient leurs nuits dans des boites homos et ils sont devenus ouvertement homos après moi. Est-ce que j'ai été un stratagème ou je ne sais pas quoi. En fait, la seule logique que j'aurais pu trouver par rapport à ma vie, c'est le dernier garçon avec qui j'ai vécu, qui, avant que je l'ai connu, vivait avec une fille, il a toujours vécu avec des filles, maintenant il vit avec une fille. Donc j'ai été, pour lui, une fille. »

Evrard, interview n° 4, annexe G: « J'ai toujours été attiré par les femmes et c'est toujours le cas. Mais je considère que la bisexualité est la plus libre et la plus enrichissante car elle se fiche des contingences sociales et sexuelles. On est plus attiré par une personne que par un sexe. »

7.1.5.  Identité sexuée et attirance affective et sexuelle

L'identité sexuée est indépendante de l'attirance affective et sexuelle.

On peut vérifier cette troisième hypothèse secondaire en regardant la variété des situations sur les tableaux 1 et 2 pages 64-65. Indépendamment de leur féminité ou/et masculinité, les personnes des deux groupes sont hétérosexuelles, gais, lesbiennes, bisexuelles ou sans attirance affective et sexuelle.

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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