6.  METHODOLOGIE

J'ai utilisé la méthodologie ethnopsychiatrique du Cours de méthodologie de l'Institut d'Enseignement à Distance (IED), de Françoise SIRONI (à paraître). Je vais décrire tous les événements et les éléments nécessaires à la compréhension, ceci afin de permettre la traçabilité de ma recherche.

6.1.  Hypothèses principales

6.2.  Hypothèses secondaires

6.3.  Les questionnaires

En plus de ma propre expérience, de mes lectures sur la question, cela fait plusieurs années que j'en discute avec diverses personnes concernées. Je souhaite solliciter des personnes qui ont fini le parcours afin d'obtenir le maximum d'informations sur leur évolution. Peu de personnes correspondent à ce critère. J'ai donc décidé de me passer du pré-questionnaire. Je prévois également quelques entretiens pour apporter des informations complémentaires et illustrer les questionnaires. Quand on connaît bien une problématique, on peut rédiger un questionnaire, puis le compléter par des entretiens qui approfondiront des parties plus spécifiques, complétant ainsi le questionnaire, Alain BLANCHET & Anne GOTMAN (1992).

J'ai prévu deux questionnaires. Un pour les SB[26] et un pour les non-SB comme groupe contrôle. Celui des SB comporte trois étapes, avant la prise de décision du traitement hormonal, pendant le traitement hormonal et après les opérations, afin de voir s'il y a une évolution entre ces étapes. Pour plus de détails, le lecteur trouvera en annexe A le questionnaire des non-SB (groupe 1, G1) et en annexe B celui des SB (groupe 2, G2).

Pour contrôler les items sur l'identité sexuée, il ne m'est pas possible d'utiliser le BSRI (BEM Sex Role Inventory) tel quel, car il est trop lourd. De plus il nécessite des calculs complexes (rotation Varimax). J'ai donc intégré quinze items liés à l'identité sexuée, cinq féminins, cinq masculins et cinq neutres. J'ai également rajouté une troisième et huitième pages sur lesquelles figurent des questions ouvertes. Normalement les termes des items de la première page devraient se retrouver dans les réponses aux questions libres sur la féminité et la masculinité. De plus ces items et les questions libres sur la féminité et la masculinité devraient me permettre de contrôler les questions:

ou  (  ) Vous vous sentez une femme plutôt
(  ) Vous vous sentez un homme plutôt
(  ) féminine
(  ) féminin
(  ) masculine
(  ) féminin
(  ) les 2
(  ) féminin



Le GRIFS, un groupe de recherche de l'université de Paris 8, (Henri PAICHELER, Zbignew SMOREDA...), travaille aussi sur cette question. Ils ont fait leur propre traduction, mais je n'ai pas leur version. J'ai adapté les items à partir d'un de leurs questionnaires. Les correspondances entre les items se trouvent à l'annexe C. Ce groupe ne partage pas les théories des auteurs précédents. La thèse de SMOREDA sur ces questions n'est pas publiée, ni disponible. Je n'ai pas pu le rencontrer pour en discuter.

Sur la sexualité proprement dite, je me suis inspiré des rapports HITE (1983, 1988).

Le questionnaire est anonyme. Il doit permettre de voir que les non-SB ne réussissent pas mieux que les SB à définir ce qu'est un homme, une femme, la féminité et la masculinité. C'est un leurre pour démonter les théories psychiatriques et tester la fiabilité des catégories. Il doit également permettre de voir s'il y a une spécificité de la sexualité des “transsexuels”. Dans un premier temps, je vais demander à une trentaine de personnes SB, sur la fin du parcours ou l'ayant fini, de participer à mon questionnaire. Je les connais toutes personnellement et nous nous apprécions mutuellement. Chaque fois que je fais appel à elles, j'ai environ 80% de retour. J'ai également demandé à une quinzaine de SB (“transsexuels/les”) qui n'ont que le traitement hormonal. La sexualité étant toujours un sujet aussi difficile à aborder, je m'attends à avoir moins de réponses qu'habituellement. J'espère en recevoir 25%. J'ai contacté par courrier une trentaine de personnes et une vingtaine lors d'une réunion à l'Association du Syndrome de Benjamin.

Alors que j'ai déjà distribué une trentaine de questionnaires à des SB, je réalise en le proposant à la synthèse du Centre Georges Devereux, que j'aurais dû demander l'origine ethnique, la nationalité et la religion. Ces éléments doivent sans doute entrer en compte dans les réponses des personnes. J'avais également déjà une dizaine de questionnaires complétés par des non-SB. Faut-il que je refasse passer un nouveau questionnaire modifié? J'y ai renoncé car j'ai du mal à trouver des personnes qui acceptent de répondre à mon questionnaire. J'en ai distribué plus de soixante exemplaires à chaque groupe. J'en ai récolté trois déposés dans le casier prévu à cet effet au Centre Georges Devereux. Je pense que ces deux variables ne seront pas trop influentes sur l'ensemble des questionnaires. Au pire cela me permettra de voir si je peux poursuivre dans cette voie.

Début juillet, en constituant mon dossier de candidature au DESS, j'ai retrouvé dans les actes d'un colloque auquel j'avais participé, un article de Bernard CORDIER (1995), psychiatre de l'une des équipes médicales parisiennes. Celui-ci a pris la succession du Professeur Jacques BRETON, le fondateur du protocole de suivi français. Le Docteur CORDIER demande une participation active des candidats à la chirurgie de redétermination sexuelle en leur posant la question suivante: « A votre avis, quelles sont les principales différences sur le plan psychologique, intellectuel et affectif, entre les hommes et les femmes? » C'est par les témoignages des personnes qui consultaient ce psychiatre que j'ai constitué les questions qui figurent en page 3 et 8 des deux questionnaires. Les témoignages étant incomplets, les questions du questionnaire ne recouvrent pas exactement celles de Bernard CORDIER. Malgré cette différence, je pense que les réponses donneront tout de même une indication.

6.4.  Les entretiens

J'ai complété ce questionnaire par des entretiens libres d'une heure maximum avec quatre SB. Une SBF et deux SBM ayant fini leur parcours, c'est-à-dire, les opérations et le changement d'état-civil et une SBF qui est hormonée et vit comme femme depuis 20 ans. Pour les entretiens, j'ai été obligé de choisir des personnes qui me connaissent bien, qui ont confiance en moi et avec qui je suis à l'aise. La sexualité est un sujet délicat. Sans être “transsexuel”, il est déjà difficile de trouver quelqu'un qui accepte de parler de sa sexualité. Le retour en arrière est également difficile pour certains, c'est ce qu'ils me disent dans leurs commentaires sur le questionnaire. A la question « Comment vous sentez-vous à la fin de ce questionnaire? », le questionnaire G2-15 répond: «C'est très difficile, je ne me sens pas très bien car je ne veux plus penser à ce que j'étais avant.» Je suis donc obligé de tenir compte de l'état psychologique des personnes et de ne pas solliciter pour les entretiens celles que cela pourrait trop fragiliser.

C'est ce que confirme l'entretien n° 2 avec Yoann, annexe E, page 1. « Ça m'a remémoré des moments pénibles avec lesquels j'ai pris beaucoup de distance. Il a fallu que je replonge dans mes souvenirs pour savoir quels types de sensations j'avais eues. Ça m'a replongé aussi dans ma vie personnelle forcément puisque c'est lié et puis... Ce n'est pas forcément un souvenir agréable de replonger dans quelque chose, un mode de transformation qu'on a pas forcément voulu. A mon sens, ça n'a rien de... Ce n'est pas épanouissant, c'est un petit peu traumatisant. De toute façon, même si ce n'est pas excessif, cela signifie quand même se replonger dans une période désagréable. »

Idem pour Axelle, entretien n° 3, annexe F, page 1. « Moi, ce qui m'a gênée, ce qui peut m'avoir gênée, c'est le fait que ça parle de sexualité, qui est un truc qui m'est complètement étranger, ou je fais en sorte que cela me soit étranger. C'est genre tu ouvres le placard dont tu as fermé les portes pour te protéger parce que ça sent mauvais et d'un seul coup tu es obligée d'ouvrir les portes et tu te dis tiens finalement l'odeur me dérange vraiment. C'est un truc que vraiment j'essaie d'éviter au maximum. Autant cela ne me dérange pas chez les autres, tout ce qui peut être très sexuel... Quand ce sont les autres qui sont concernés, cela ne me gène pas, mais quand c'est pour moi, il est clair que cela me provoque une espèce de malaise. Et puis les questions à la fin, je pense que ce sont des questions que je ne me serais jamais posées, “qui est un homme”, “qui est une femme”. C'est aussi dur à expliquer que pourquoi une montagne est plus haute qu'une colline! »

Je n'ai pas construit de plan d'entretien avec des questions précises. J'ai posé deux questions à tous. « Première question, quand tu as rempli le questionnaire qu'est-ce que ça a fait pour toi, enfin qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête? » Ensuite, j'ai posé ma consigne: « Est-ce que tu peux me parler de ta sexualité à la période que tu veux, aux périodes que tu veux, me dire ce que tu veux sur le sujet. » Ensuite j'ai posé des questions à partir de ce qu'ils m'apportaient sur le moment même ou sur une chose qu'ils m'avaient dite avant et qui était susceptible d'apporter quelque chose. J'ai plus utilisé les particularités des personnes, chacune pouvant apporter des informations différentes et complémentaires, sur des thèmes différents en lien avec la sexualité.

Je sais que certaines personnes de l'association liront ce travail et qu'elles pourraient reconnaître certains entretiens car ils se connaissent. Chacun des interviewés a rempli un questionnaire. Afin qu'ils restent réellement anonymes, je ne mets pas en relation les questionnaires et les entretiens. Je peux juste dire que les questionnaires sont cohérents avec les entretiens correspondants.

Les entretiens se sont déroulés au domicile des personnes, sauf pour Yoann que j'ai rejoint sur son lieu de vacances. Ils ont été enregistrés sur magnétophone avec l'accord des personnes. Après la transcription sur papier de son entretien, chacun a pu apporter les corrections qu'il souhaitait. Les échanges ont été faits par courrier ou directement. Pour des raisons de respect de la vie privée, tous les prénoms ont été changés. On trouvera l'intégralité des entretiens en annexe, Anna: annexe D, Yoann: annexe E, Axelle: annexe F, Evrard: annexe G.

6.5.  Les populations

Les non-SB (non-“transsexuels”) ont été sollicités à l'université dans le cours de séminaire de mémoire et au Centre Georges Devereux où je fais mon stage, à l'extérieur parmi mes amis qui l'ont fait passer à certains de leurs collègues de travail ou dans des associations. Ils me sont anonymes, je ne les ai vraiment regardés que lorsque j'en ai eus de plusieurs horizons.

Pour les SB (“transsexuels”), le contact par courrier a été plus efficace que le contact direct à la réunion associative. Une partie des personnes sollicitées que je connais, m'a répondu. Pour la plupart, ils l'ont fait avec un petit mot comportant parfois des commentaires utiles ou leur adresse sur l'enveloppe, ce qui fait que leurs questionnaires ne sont plus anonymes pour moi. Ils sont, pour la plupart, membres de l'Association du Syndrome de Benjamin (ASB). Seuls neuf de ces questionnaires provenant de l'Association d'Aide aux Transsexuels de Marseille en plus de quelques autres me sont vraiment anonymes. L'Association d'Aide aux Transsexuels (AAT) a relayé mon questionnaire auprès de ses adhérents. Je n'en attendais pas tant. J'avais envoyé un questionnaire à sa Présidente. J'ai eu neuf retours de l'AAT et dix-neuf de l'ASB. J'ai également obtenu vingt-quatre questionnaires non-SB.

J'ai aussi reçu un questionnaire SB rempli par une personne non-“transsexuelle” qui prend un traitement hormonal que je n'ai pas intégré, mais dont le contenu me paraît intéressant du point de vue de la sexualité et de l'intéraction des hormones avec la libido. J'y reviendrai plus loin.

J'ai du en retirer deux dans le groupe des non-SB et trois dans celui des SB. Pour les trois questionnaires SB, la page 8 est absente au premier, la page 8 du second n'est pas du tout renseignée, (comme si elle n'avait pas été lue, la personne s'étant arrêtée à la fin de la phase deux) et l'auteur du troisième n'est pas hormoné, il n'y a donc pas de phase deux. Quant aux deux questionnaires non-SB, l'un était complètement illisible pour la dernière page et l'autre ne comportait pas d'information concernant le sexe de son auteur.

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Notes:

[26]  Personnes concernées par le syndrome de Benjamin (“transsexuel/le”).

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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