5.  LA SEXUALITE

Le résumé de la partie historique qui suit est tiré:

- du chapitre 1: regards multiples sur la sexualité, pp. 2-16, de Bernard GERMAIN et Pierre LANGIS, (1990), dans La sexualité: regards actuels, pour une grande partie;

- de la revue Communication à laquelle ont participé les auteurs suivants: Philippe ARIÈS, (1982a, 1982b), L'amour dans le mariage et Le mariage indissoluble, Jean-Luc FLANDRIN, (1982), La vie sexuelle des gens mariés dans l'ancienne société: de la doctrine de l'Eglise à la réalité des comportements, Michael POLLAK, (1982), L'homosexualité masculine ou le bonheur dans le ghetto?, Jacques ROSSIAND, (1982), Prostitution, sexualité, société dans les villes françaises au XVè siècle, et Paul VEYNE, (1982), L'homosexualité à Rome;

- et de mes connaissances personnelles sur la question.

Certains auteurs en contredisent d'autres, ce qui rend l'exercice difficile. Pour toutes les civilisations, les documents historiques existants proviennent des classes aisées ou dirigeantes, on ne sait donc rien ou presque des autres classes.

5.1.  Petit historique

Les premiers êtres vivants n'avaient pas de sexe. Ils se reproduisaient par duplication. Beaucoup de ces êtres simples existent encore. En évoluant, la nature et les êtres se sont complexifiés. Le mode de reproduction a changé, des être sexués sont apparus. Au début les semences que les femelles et les mâles expulsent se mélangent à l'extérieur des corps. Il n'y a pas de contact entre les deux sexes. Il fallait une grande quantité de gamètes pour produire beaucoup d'embryons afin que quelques uns, en proportion, naissent et arrivent à l'âge adulte pour pouvoir perpétuer l'espèce. Ce mode de reproduction permet une multiplicité des combinaisons génétiques et donc une variété des espèces. Par la suite l'un des deux sexes, (la femelle), héberge les oeufs, ce qui permet à l'autre de déposer directement sa semence dans une cavité située dans le corps de la femelle qui va héberger le développement de l'embryon de plus en plus longtemps (jusqu'à sa maturité complète). Ce mode de reproduction est plus économique, il y a moins de pertes d'embryons. Les espèces se multiplient plus facilement. C'est ce mode de reproduction sexué qui est celui des mammifères et donc des humains. Le développement des glandes mammaires permet aux femelles d'allaiter leurs petits jusqu'à ce qu'ils puissent manger des aliments solides. Pour favoriser la reproduction, la nature fait bien les choses. Les mâles et les femelles sont généralement attirés l'un vers l'autre. Les humains peuvent se reproduire toute l'année. La reproduction se fait par l'intermédiaire d'un rapport sexuel entre un mâle et une femelle, c'est généralement une source de plaisir pour les partenaires. C'est ainsi que la sexualité à pris une place importante dans les sociétés humaines.

La nudité et la pudeur évoluent et sont variables selon les civilisations et les époques. Chez certaines peuplades, les hommes sont partiellement vêtus, chez d'autres se sont les femmes. Certaines parties du corps sont cachées, elles sont montrées ailleurs. En Europe jusqu'au XVIè siècle, on se lavait dans la maison ou dans un endroit public, on dormait nu, on s'habillait et se déshabillait devant les autres. Les Grecs avaient un penchant pour le nu masculin et les Romains pour le nu féminin.

Pour les orientaux la sexualité est un devoir, et ils recherchent l'harmonisation de l'équilibre entre l'individu et les forces universelles. Le sexe est exempt de la notion de péché. L'homme renforce son élément yang (énergie masculine) au contact du ying (énergie féminine). Il est important que la femme ait un orgasme. Pour ce faire, ils ont conçu des traités érotiques très détaillés. Au IIIè et IVè siècle après J.C., naît en Inde une approche mystique de la sexualité à travers le tantrisme. Le monde islamique a emprunté à l'Orient un érotisme assez raffiné et à l'Occident la domination sur la femme la réduisant à l'infériorité et au service sexuel. Chez les Juifs, vers 600 avant J.C., il y a une acceptation franche et non puritaine du sexe. Mais vers 550 avant J.C., tout plaisir, surtout sexuel, devient mauvais. On tient la femme pour responsable, la culpabilité apparaît, on condamne le corps et la chair. La sexualité s'organise strictement autour de la procréation, tout le reste, (inceste, homosexualité, sodomie), est interdit.

Toutes ces sociétés ont en commun une organisation patriarcale et patronymique. La famille est fondée sur la descendance masculine.

Pour les grecs de l'antiquité, la sexualité n'est pas honteuse, c'est même une source de plaisir. Les perversions sexuelles semblent ne pas exister. Peut-être que les cultes de Dionysos et de la fécondité assurent un équilibre en laissant libre cours aux pulsions “déviantes”. Tant qu'elles ne menacent pas la famille, la masturbation et l'homosexualité sont acceptées, mais l'homosexualité exclusive et la prostitution ne le sont pas. Dans ce sens on peut parler de bisexualité. L'homosexualité féminine et masculine se pratiquent aussi sous une forme pédérastique pédagogique (bien que l'âge ne soit pas précisé, elle concerne les jeunes). Durant le coït anal, le garçon passif absorbe les bonnes qualités de l'adulte. Le rôle passif est toléré pour un garçon entre 15 et 19 ans. Le lesbianisme existe aussi probablement tant à Sparte que dans l'île de Lesbos au VIIè siècle avant J.C. La bisexualité est courante à partir du Vè siècle avant J.C., un courant moins prosexuel prêche le contrôle de la raison sur les plaisirs inférieurs du corps et de la chair. Au IVè siècle avant J.C., c'est une vision de la sexualité uniquement procréatrice qui s'installe progressivement sur l'impulsion des stoïciens qui s'opposent aux épicuriens sur ce sujet. Le christianisme reprendra la vision stoïcienne de la sexualité.

Les dieux multiples et les coutumes des romains sont proches de ceux des grecs. Mais les romains ne glorifient pas l'homosexuel qui a pour objet un esclave. Par ailleurs, ils sont pudiques. Le mot pudique vient de pudenta (parties honteuses). Notons que le nerf sexuel des humains est nommé pudental nerve en anglais et nerf honteux en français! Les femmes sont moins discriminées, elles sont moins recluses que chez les grecs. Au théâtre, les rôles féminins sont toujours joués par des hommes. Comme chez les grecs, les cultes de la fécondité se terminent par des orgies. La prostitution perd son caractère religieux pour devenir une affaire de commerce. Malgré tout cela, la vision de la sexualité est assez positive. La contraception et le plaisir sont acceptés. Les mots cunnilinctus (cunnilingus), fellation, masturbation, prostitution, tribadisme (lesbianisme), nous viennent des romains.

Le début de l'ère chrétienne coïncide avec le déclin de la civilisation romaine. Les chrétiens accentuent la séparation du corps et de l'esprit et renforce la supériorité de l'homme sur la femme. Nous naissons entre les matières fécales et l'urine donc le corps est sale, l'orgasme est une crise d'épilepsie ou de rage qui éloigne de Dieu. C'est le lien entre la chair et la péché, ce qui entraîne la culpabilité. La chasteté devient un idéal même dans le rapport conjugal car l'homme qui aime trop sa femme est coupable d'adultère. L'acte de chair est interdit à divers jours de la semaine et moments de l'année, il reste 185 jours de libres pour la sexualité conjugale. La contraception est un péché abominable. La sodomie, la masturbation, la pénétration vaginale par derrière, la position de la femme sur l'homme sont condamnées. La prostitution est considérée comme un mal nécessaire à l'évacuation du trop plein sexuel des hommes pour préserver la société de la débauche. Aucun des interdits religieux ne l'est dans la société civile, mais ces interdits viennent progressivement empiéter sur les lois laïques. En 1120, la loi médiévale rend passible du supplice du feu les coupables de sodomie.

Après que le christianisme se soit répandu sur l'Europe, il s'écoule plusieurs siècles (du IXè au XIIè siècle) avant que l'Eglise ne puisse imposer son mariage. Il lui a fallu influencer les dirigeants, les convertir. Cela s'est, semble t-il, fait facilement dans les campagnes où la stabilité (non répudiation, non divorce) était déjà de rigueur. Quand l'Etat est devenu chrétien, il a prôné la morale de l'Eglise. Avant le IXè siècle, le mariage qui est un acte civil arrangé entre les familles des futurs époux, devient progressivement religieux sous l'impulsion de l'Eglise. Le curé devient le témoin indispensable. Puis, le mariage n'est plus arrangé, il devient amoureux, les époux doivent être tous les deux consentants. La célébration qui se faisait au café ou chez les parents de la mariée, se fait sur le parvis de l'église puis à l'intérieur de l'église pour devenir une cérémonie religieuse. Le clergé commence à tenir l'état-civil. Avant cela seules les classes dominantes ou nobles faisaient tenir leur généalogie. Chez les nobles, le mari pouvait répudier sa femme si elle ne lui donnait pas une descendance. Le mariage en devenant religieux, devient également indissoluble. Concession des nobles à l'Eglise, la répudiation disparaît. Au XVè siècle, on commence à utiliser la ceinture de chasteté pour contrôler la femme, cette créature sexuellement dangereuse.

Du XIIIè au XVIIIè siècle, l'Inquisition atteint des sommets de bêtise humaine surtout entre le XVIè et le XVIIè siècle. De l'Eglise nous tenons l'imago de la Mère et de l'Epouse modèle assimilées à la Madone, et celle de la prostituée associée à l'anti-Madone.

Le moyen âge est contradictoire. D'un côté inhibition, ascétisme et refus de la sexualité, de l'autre, l'érotisme est cultivé dans l'amour courtois et les femmes sont glorifiées et condamnées en même temps. Au XVè siècle, les enfants illégitimes et les prostituées sont nombreux. La syphilis les limite vers la fin du XVè siècle. Les cardinaux et les papes se signalent par leurs excès sexuels, notamment Alexandre VI, pape de 1492 à 1503. Cette sexualité plus ouverte donne naissance au protestantisme (la réforme) et un retour de la morale sexuelle (la contre réforme). Le célibat est banni et l'affection dans la sexualité est réhabilitée dans le cadre du mariage. La femme devient une associée au lieu d'une servante. Le mariage répondant aux besoins sexuels, la prostitution et l'adultère ne doivent plus exister. Entre 1500 et 1800, l'État légifère sur la moralité et l'Eglise peut s'appuyer sur les lois pour contrôler les moeurs. La classe dirigeante continue le libertinage sexuel sans être vraiment inquiétée. On assiste à des mouvements de balancier entre le retour de la sexualité et celui de la morale sexuelle. Le libertinage succède à la morale qui succède au libertinage.

Le condom est inventé pour lutter contre la syphilis. La contraception (coït interrompu, espacement des relations sexuelles, préservatif) se répand alors que l'infanticide est important. Les conditions économiques jouent probablement un rôle dans ces faits. C'est le retour des maîtresses qu'on entretient. En France, on enferme dans des hôpitaux les prostituées et les libertins pour protéger la famille.

Au XIXè siècle, la répression sexuelle s'installe à nouveau, mais la femme est perçue comme pure, vertueuse et asexuée tandis que l'homme a des tendances bestiales. Le divorce se rétabli vers 1884 en France.

Avant que la médecine découvre que la femme n'a pas de semence, on pensait que pour procréer, il fallait que le couple mélange leurs semences. On pensait que la semence provenait du plaisir. Si cette découverte médicale est une avancée pour la médecine, c'est un recul pour la sexualité des femmes. Dès ce moment on minimise le droit au plaisir pour les femmes. Non seulement on pense qu'elles n'ont pas besoin de jouir, mais on craint qu'elles ne deviennent infidèles si elles connaissent le plaisir. Le mieux est donc que tout le monde pensent que les femmes ne peuvent pas jouir. Actuellement il y a encore des hommes pour croire cela.

A la fin du XVIIIè, les médecins prennent en main la santé sexuelle des personnes. Il s'ensuit une pathologisation de la sexualité. La prostitution et l'homosexualité sont des comportements déviants. La masturbation rend fou, aveugle, elle épuise, donne de l'acné... Entre 1850 et 1950, des milliers d'adultes et plusieurs enfants se mutilent le sexe pour y échapper. Les femmes commencent à s'émanciper après la première guerre mondiale. Les premières féministes se battent pour la continence et le droit de refuser le mari. Dans le même mouvement, l'Etat et l'Eglise réagissent contre la contraception et pour le repeuplement de la France en votant une loi restrictive anti-contraceptive et anti-avortement en 1920. Les féministes prennent vraiment les choses en main après la seconde guerre mondiale. Les danses se modifient, le charleston (1920), puis le rock (1950) et le twist (1960) et enfin le slow. Le corps se libère, corsets et gaines disparaissent progressivement. Les bas et le porte jarretelles, que remplacent les collants, deviennent des accessoires érotiques.

Les femmes portent le pantalon, les vêtements et les coiffures unisexes se répandent. La culture, la littérature, l'éducation, les médias permettent la diffusion d'idées nouvelles. Le divorce, la contraception, l'avortement, le concubinage accélèrent la libération de la femme. Le mouvement de libération des homosexuels suit de peu celui des femmes. L'abrogation des lois anti-homosexualité se répandent progressivement en Europe. La pornographie explose mais le tabou sexuel n'est pas encore levé. Dès qu'il y a un nouveau média, le sexe s'en empare, (la littérature, les revues, la photo, le cinéma, le téléphone rose, le minitel rose et plus récemment internet).

Les femmes ont toujours le fantasme du prince charmant tandis que les hommes ont toujours celui d'une “pin-up” qui fait tout ce qu'ils veulent. Quand les hommes collectionnent les conquêtes (donjuanisme), ils sont valorisés alors que si les femmes font de même, elle sont vues comme des “putes”. Ces décalages sont source d'incompréhensions et de conflits. Ils sont entretenus par l'éducation, les fables, les contes et les histoires qu'on raconte aux enfants dès leur plus jeune âge.

Progressivement les sexologues prennent le pouvoir concernant la sexualité. C'est à eux qu'échoit cette nouvelle discipline. Von KRAFT-EBING, Magnus HIRSFIELD, Wilhelm REICH, sont considérés comme des précurseurs de la sexologie moderne. Les sexologues sont d'abord des médecins, puis des psychologues, des sociologues, des anthropologues qui les rejoignent pour étudier tous les champs de la sexualité. Pour l'instant seuls les médecins ont droit au titre de sexologue après avoir suivi une formation spécifique. Il est question d'étendre cette possibilité aux psychologues cliniciens.

5.2.  Actuellement

De tous temps, culture, politique, et sexualité sont liées. L'identité sexuée (féminin, masculin) est une construction sociale. Les enfants sont éduqués en fonction de leur sexe. Les rôles sociaux varient en fonction des sociétés culturelles. Les hommes qui n'enfantent pas mais qui contribuent à la conception, se sentaient-ils à ce point menacés [20] pour imposer aux femmes un statut inférieur? Les féministes ont obtenu des victoires, (travail, vote, études supérieures, contraception, avortement...), mais l'égalité entre les sexes n'est pas encore totale. Les hommes restent très majoritaires au pouvoir des structures importantes, Etats, grandes entreprises, médias, religions, partis politiques, syndicats... Ils continuent de peser sur la sexualité, les bonnes moeurs, etc. En Occident, les médias diffusent toujours ces valeurs qui sont héritées du passé. La sexualité à l'école en est encore à “et le spermatozoïde rencontre l'ovule” mais on ne dit rien sur la puberté, les sentiments, les relations sexuelles, la contraception, la masturbation. Le Sida et les MST (maladies sexuellement transmissibles) sont pas toujours abordées. Il me semble que tout cela devrait faire partie d'un programme de sixième[21].

La virginité des femmes est encore exigée dans nombre de sociétés, et en France, par nombre de familles. Les pouvoirs religieux continuent à diffuser des idées obscurantistes et influencent encore nombre de personnes. Pourquoi seuls les hommes auraient-ils le droit d'avoir une vie sexuelle avant une vie en couple?

De même, la sexualité des vieux n'a pas droit de citer dans nos sociétés. Les maisons de retraite la répriment.

Les notions de féminin et de masculin sont abordées par les psychanalystes Sigmund FREUD (1905) et Sandor FERENCZI (1929). Elles sont également présentes dans toute leur oeuvre. Pourquoi est-ce important pour eux? Sans doute parce que féminin va de paire avec femme et masculin avec homme. Tandis que ces notions n'apparaissent pas chez Wilhelm REICH (1970), ni chez Tobie NATHAN (1977) qui abordent la sexualité par le côté politique [22]. Claude CREPAULT (1997), sexologue canadien, m'a donné quelques idées. Bernard GERMAIN et Pierre LANGIS (1990) traitent d'informations concrètes sur la sexualité. Une bible que chaque famille devrait avoir. Les rapports de Shere HITE (1983, 1988) sont des études sociologiques sur la sexualité qui font tomber nombre d'idées reçues. Colette CHILAND (1999), psychanalyste et féministe, dénonce les dérives de la sexualité: le sexe mène le monde, (c'est aussi le titre de son livre).

La partie sexologique de Claude CREPAULT (1997), traitant des fantasmes (rêveries érotiques) me paraît plus constructive que la partie psychanalytique. Cela m'a poussé à inclure un item à propos des rêveries érotiques dans le questionnaire. L'auteur aborde les difficultés sexuelles de ses patients en travaillant sur les scénarios érotiques. Mais rien ne concerne en particulier les personnes dites “transsexuelles”. Il y parle également de l'homosexualité mal vécue en tentant de rendre hétérosexuels les patients malheureux d'être homosexuels.

Si la société était plus favorable à l'homosexualité en accordant l'égalité des droits aux couples homos et hétéros, si l'homosexualité n'était plus considérée comme négative, il n'y aurait probablement presque plus personne qui consulterait pour ce motif.

Pour Tobie NATHAN (1977), p. 54, « [...] la sexualité est un domaine où il est impossible d'établir des normes; habituellement, les «théories» ne servent qu'à masquer l'aspect spécifiquement sexuel, c'est à dire celui qui a trait à la jouissance. Or la jouissance est par essence indescriptible, et donc encore moins théorisable. »


Pour Sigmund FREUD (1905), la sexualité n'est pas limitée aux seules parties sexuelles, tout le corps est concerné. Il ne parle de perversion [23] que lorsque le but sexuel normal (la pénétration vaginale ou coït) est sacrifié aux pulsions partielles (qui concernent les perversions). Le contact des lèvres, de la langue avec les parties génitales, l'utilisation de l'orifice anal, par exemple, en font partie, mais pas le baiser (bouche/bouche). Bien que le dégoût limite sans doute les buts sexuels, les organes génitaux, en général, ne sont pas concernés.

FREUD (p. 61) en parlant du dégoût et de l'anus: « Que l'on ne me prête pas, cependant, une position partisane, si j'avance que l'explication de ce dégoût, à savoir que cette partie du corps sert à l'excrétion et entre en contact avec ce qui est dégoûtant en soi —les excréments—, n'est guère plus plausible que celle que les jeunes filles hystériques allèguent à propos de leur dégoût de l'organe génital masculin: il sert à la miction.
Le rôle sexuel de la muqueuse anale ne se réduit en aucune façon aux rapports entre hommes, son élection n'est nullement caractéristique d'une sensibilité invertie. Il semble au contraire que la prédication de l'homme doive son rôle à l'analogie qu'elle présente avec l'acte accompli avec la femme, alors que la masturbation mutuelle est le but sexuel que l'on rencontre le plus fréquemment dans les rapports entre invertis.
 »

Le toucher (les caresses) et la fonction scopique (le regard) sont nécessaires pour l'excitation. Le vêtement cache le corps, il tient en éveil la curiosité sexuelle.

A propos du sadomasochisme, p. 69, « Dans le langage courant, le concept de sadisme varie de la désignation d'une attitude simplement active envers l'objet[24] sexuel, puis d'une conduite violente, jusqu'à celle de la liaison exclusive de la satisfaction à l'asservissement de l'objet et aux sévices qui lui sont infligés. A strictement parler, seul ce cas extrême mérite le nom de perversion. »

Puis, p. 73, « L'expérience quotidienne a montré que la plupart de ces transgressions, en tout cas les moins graves d'entre elles, forment un élément rarement absent de la vie sexuelle des bien-portants et que ceux-ci leur accordent la même valeur qu'aux autres intimités. »

FREUD attribue le fait que ses théories dérangent au fait qu'on assimile la pulsion sexuelle “normale” à la sexualité dont il fait dériver les symptômes psychoné­vrotiques. Si l'on suit FREUD, tous les jeux sexuels, toutes les pratiques sont “normales” si le coït est le but principal.

Encore faut-il posséder un instrument (sexe) utilisable pour cela, à savoir un vagin, un clitoris ou une verge fonctionnelle. Nous verrons que cela n'est pas toujours le cas des personnes dites “transsexuelles”.

FREUD (1905), note de bas de page 1, p. 136, rejoint Wilhelm REICH: « L'éducation culturelle moderne, comme on sait, se sert du sport à une vaste échelle afin de détourner la jeunesse de l'activité sexuelle; il serait plus juste de dire qu'elle remplace chez les jeunes la jouissance sexuelle par le plaisir du mouvement et pousse l'activité sexuelle à un retour vers l'une de ses composantes autoérotiques. »
C'est-à-dire la masturbation. Cette dernière est moins épanouissante qu'une relation sexuelle.

A propos de la tension sexuelle, il émet plusieurs hypothèses sur sa provenance. A l'époque les connaissances biologiques ne permettaient pas d'y apporter une réponse.

Là encore, nous trouvons des informations chez les “transsexuels” concernant le rôle des hormones sur la tension sexuelle.

Selon Sandor FERENCZI (1929), p. 31, l'être humain est bisexuel tant sur le plan organique que psychique. Le garçon a des glandes mammaires rudimentaires et la fille un minuscule membre viril (clitoris).

On peut noter que des oestrogènes administrés aux “transsexuelles” développent la glande mammaire comparablement à celles des femmes. Tous les volumes sont possibles, cela dépend des sensibilités génétiques personnelles (récepteurs hormonaux). Par la suite, beaucoup font mettre des prothèses mammaires parce qu'elles souhaitent avoir une poitrine plus voyante. Leurs seins sont aussi sensibles que ceux des femmes. Les androgènes administrés aux “transsexuels” développent le clitoris qui atteint plusieurs centimètres (2 à 5 ou 6 cm).

D'après Sandor FERENCZI (1929), P. 37, les personnes âgées perdent une partie de leurs caractères sexuels secondaires, la femme se virilise (voix plus rauque, parfois début de moustache) et l'homme se féminise (perte de muscles et de la pilosité). C'est dans l'enfance et dans la vieillesse que le caractère bisexuel se manifeste le plus clairement.

La tendresse et la sensualité sont nettement séparées par la culture. Cette exigence de la société ne facilite pas la réunion de ces deux tendances.

Pour Sandor FERENCZI (1924), p, 63, le coït ne peut avoir pour but qu'une tentative du Moi de retourner dans le corps maternel.

FREUD et FERENCZI rejoignent une partie des idées de CREPAULT (retrouver la fusion originelle avec la mère) quand ils disent que l'homme cherche dans le coït à retourner dans le corps maternel.

REICH (1936), pp. 60-61, « Ces psychanalystes allemands qui, par leur mentalité bourgeoise ou sous la pression de la situation politique allemande, tentèrent une mise au pas (gleichschaltung) de la psychanalyse, justifièrent leur attitude anti-scientifique par des citations empruntées aux écrits de Freud. Celles-ci contiennent en fait des formulations qui annulent le caractère révolutionnaire des découvertes cliniques de la psychanalyse et qui démontrent clairement la contradiction entre le savant et le philosophe bourgeois de la culture chez Freud. L'une de ces citations dit:
«C'est une incompréhension grave, que l'ignorance seule peut expliquer, de dire que la psychanalyse attend la guérison de la maladie névrotique d'un «libre exercice» de la sexualité. Au contraire, le fait de rendre conscients les désirs sexuels refoulés rend possible leur contrôle (souligné par moi W. R.), contrôle qui n'aurait pas pu être réalisé par le refoulement. Il serait plus exact de dire l'analyse libère le névrosé des chaînes de la sexualité.»  (Ges. Schriften, Bd XI, p. 217 sq.)
Si par exemple la fille, âgée de 17 ans, d'un haut dignitaire national-socialiste, souffre d'attaques hystériques résultant d'un désir refoulé de relations sexuelles, ce désir, grâce au traitement psychanalytique, sera reconnu, pour commencer, comme un désir incestueux, et sera rejeté comme tel. Fort bien. Mais qu'advient-il du besoin sexuel? Selon la formule exprimée ci-dessus, la jeune fille est «libérée» des chaînes de la sexualité. D'un point de vue clinique cependant, il apparaît que, lorsque la jeune fille, grâce à l'analyse, se libère de son père, elle se libère seulement des filets du désir incestueux, mais non pas de sa sexualité en tant que telle. La formulation néglige ce fait essentiel.
 »

CHILAND (1999), rejoint REICH sur la nécessaire égalité entre les femmes et les hommes, tant dans la société que dans la sexualité. Elle reprend des points de vue politiques et féministes que j'ai exposés au début de ce chapitre et sur la partie sociologique, notamment p. 172 sur les frasques des rois de France et le mariage catholique, p. 173 sur la masturbation objet de la réprobation parce qu'elle rendait fou, idiot, malade, p. 174 sur la culture et la littérature...

CHILAND (1999), p. 22: « La deuxième «contribution à la psychologie de la vie amoureuse» concerne une forme d'impuissance virile qui n'apparaît qu'avec certaines femmes et non avec d'autres. Elle résulte, nous dit Freud, de ce que les deux courants de la sexualité, le courant tendre et le courant sensuel, ne sont pas rejoints. Le courant tendre est le plus ancien, tendresse de l'enfant pour ses parents et pour les personnes qui lui donnent des soins, et tendresse de ceux-ci pour l'enfant. Cette tendresse n'est pas exempte d'érotisme. Mais l'érotisme se détourne de ses buts sexuels dans l'enfance. Lorsque survient la puberté, au courant tendre s'ajoute le «puissant courant sensuel» qui ne méconnaît plus les buts sexuels. Se heurtant à la barrière de l'inceste (les parents, premiers objets d'amour de l'enfant, sont interdits comme objet de relations sexuelles), le courant sensuel se tourne vers d'autres objets que des objets infantiles, et tendresse et sensualité sont alors réunies. Si un homme demeure fixé à ses objets incestueux, il ne peut éprouver que de la tendresse et non du désir pour les personnes qui les lui rappellent. »

C'est la madone et l'anti-madone.


FREUD et FERENCZI pensaient que chez la femme, la zone érogène du clitoris se déplaçait sur le vagin pour qu'elle l'investisse. Dans Shere HITE (1983), il n'est pas rare que les femmes n'aient pas de jouissance vaginale (parce que les hommes vont trop vite, parce qu'elles ont mal, parce qu'elles ne sont pas excitées et donc pas lubrifiées...). Pour un bon nombre d'entre elles, la seule façon de parvenir à l'orgasme est de stimuler le clitoris. Qu'elles investissent ou non leur vagin, les femmes gardent toutes une grande sensibilité clitoridienne. Celles qui ont du plaisir vaginal vivent mieux le coït que celles qui n'en ont pas.

Les couples en vieillissant découvrent que le coït n'est pas la seule façon d'avoir du plaisir ou un orgasme. Cela fait tomber la pression sur l'homme de devoir avoir une érection. L'homme peut avoir un orgasme sans érection et sans éjaculation et la femme peut en avoir un avec son clitoris. Les vieux deviennent philosophes et se laissent aller, prennent leur temps. La tendresse prend plus de place. Même si elle est moins fréquente, leur sexualité est plus épanouie, les partenaires se connaissent bien et ils sont complices.

A leur époque, FREUD et FERENCZI ont rencontré beaucoup de cas d'hystérie (toujours chez les femmes). Cette dernière, qui se rencontre également chez les hommes, tend à disparaître depuis que la sexualité s'est quelque peu libérée. L'hystérie est même sortie du DSM depuis la version quatre.

Cela confirmerait-il les théories de REICH sur la liberté sexuelle? Depuis quelques années, la prostitution évolue. Les jeunes hommes sont moins clients que par le passé. Ils trouvent plus facilement des partenaires, même ponctuellement. Les “clients” n'ont plus les mêmes demandes. Ainsi on voit apparaître de plus en plus d'homosexuels qui se prostituent, de travestis et de “transsexuelles”. Les clients de ces dernières catégories sont souvent des cadres en BMW, aisés, pères de famille, venus réaliser un fantasme ou venant régulièrement. Les femmes dominatrices dans les jeux de domination ou de sadomasochisme ont également beaucoup de succès. Leurs clients sont également issus de classes sociales élevées [25]. Les tarifs sont aussi plus rémunérateurs. Les élites ne s'appliquent pas les “normes” qu'ils prônent ou imposent à la population, à leurs “inférieurs”, à leurs subalternes.

Les commentaires de certains hommes, dans Shere HITE (1988), confirmaient les propos de Reich sur le mariage. Les femmes se mariaient pour se faire entretenir en échange du devoir conjugal (sexualité). Les hommes estimaient que les relations sexuelles leur étaient dues. Dans cette histoire, les deux partenaires sont dupés. Beaucoup avaient recours à l'adultère ou, plus rarement, à la masturbation. L'institution du mariage n'était qu'une façon de contrôler la sexualité des personnes et, par conséquent, la filiation. Mais elle échoue puisqu'elle n'arrête pas l'adultère. De plus, elle rendait la femme dépendante de l'homme qu'elle ne pouvait quitter car elle n'avait pas de revenu. La stabilité des couples (avant que le divorce ne soit possible) assurait une apparente stabilité de la société. Seule la filiation légitime avait droit de citer. Pourtant si les dirigeants étaient logiques, ils conviendraient que seule la filiation maternelle est sûre. Dans ce cas, s'ils suivaient cette logique, c'est une société matrilinéaire et matronymique (transmission du nom de la mère) qui devrait être en place.

L'homosexualité aurait toute sa place ici mais je ne l'aborderai pas. Je me contenterai de la considérer comme l'une des attirances affectives et sexuelles possibles, (hétérosexualité, homosexualité, bisexualité). Je les considérerai toutes comme étant du même niveau et de la même qualité.

A ce sujet, Michael POLLAK, (1982), pp. 37, écrit: « Tout regard «scientifique» sur l'homosexualité pose problème. La définition même de l'homosexualité est à l'origine d'un conflit ayant pour effet la polarisation des hypothèses avancées. En gros, on peut distinguer des théories qui érigent l'hétérosexualité en norme absolue de la normalité et d'autres qui traitent toutes les manifestations sexuelles au même niveau. Les premières voient dans les comportements non hétérosexuels des déviations, voire des perversions, tandis que les secondes les considèrent comme des voies différentes, mais non hiérarchisées, vers l'orgasme. »

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Notes:

[20]  CREPAULT (1997), p. 47, « Une fois que le garçon a acquis son identité masculine, la mère est perçue comme source de sécurité mais, en même temps, comme une menace pour l'intégrité masculine. » Il ajoute en note de bas de page: « Lederer (1980) a très bien montré comment cette peur de la femme était solidement ancrée dans l'histoire des sociétés humaines et dans les mythologies. D'ailleurs on peut s'étonner que l'imago de la «mauvaise» mère ne se retrouve pas directement dans l'oeuvre de Freud. »

[21]  Depuis la rentrée 1999, l'Education nationale a mis en place pour toutes les classes du collège une séquence d'éducation à la sexualité et à la santé où tous ces éléments seront abordés quelques heures par an. Communication personnelle.

[22]  Nathan: par l'étude ethnopsychiatrique des sujets dans leur environnement, c'est-à-dire la psychanalyse et la politique. Reich par l'analyse psycho-politique.

[23]  Au sens psychanalytique du terme, c'est-à-dire sans jugement moral ni d'aucune sorte.

[24]  La psychanalyse désigne par le mot objet le partenaire (objet du désir) pas seulement sexuel. (Note en bas de page de FREUD.)

[25]  Communications personnelles.

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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