2.  CONFUSIONS TERMINOLOGIQUES

Chaque auteur emploie ou crée sa terminologie en fonction de sa théorie. Certains de ces termes sont différents pour décrire une même réalité, d'autres sont semblables mais ne correspondent pas à une même réalité chez les différents auteurs, ce qui crée une confusion. Je reviendrai sur ces auteurs dans le point 4 exposant les théories des différents courants. Ils ont tous en commun de désigner les personnes dites “transsexuelles” par leur sexe de naissance. En faisant cela, ils nient le sexe psychologique des personnes concernées. C'est un manque de respect et une disqualification de la compétence de la personne à pouvoir décrire son monde interne, à pouvoir se penser.

Dans La sémentique et ses mensonges, Denise VANNEREAU, (1986), p. 127, fait le même constat: « Ansi, dans tous les cas, on désigne un transsexuel sous l'appellation trompeuse et offensante de son seul sexe anatomique, tandis qu'on passe délibérément sous silence son sexe fondamental, qui est le sexe psychologique...
IL N'Y A PAS DE MEILLEURE MANIERE D'HUMILIER UN TRANSSEXUEL QUE DE LUI INFLIGER UNE DENOMINATION QUI VA A L'INVERSE DE SA CONVICTION... car la conviction d'un transsexuel est le siège de sa vraie nature.
 »


On constate que:

Janice RAYMOND utilise les expressions “HOMME-DEVENU-FEMME-FABRIQUÉE” et “FEMME-DEVENUE-HOMME-FABRIQUÉ” pour désigner les “transsexuels/les” qu'elle tente de rendre ridicules de cette façon.

Catherine MILLOT emploie les termes HOMME TRANSSEXUEL, TRANSSEXUEL pour parler des hommes de naissance (conversion homme vers femme) et FEMME TRANSSEXUELLE, TRANSSEXUELLE pour les femmes de naissance (conversion femme vers homme).

En 1968, Robert J. STOLLER utilise IDENTITÉ DE GENRE (gender identity) et GENRE (gender) pour féminin, masculin, féminité, masculinité. Son identité de genre se trouve confon­due avec le sentiment d'être fille/femme ou garçon/homme. Il parle aussi de TRANSSEXUALISME VRAI/FAUX ou PRIMAIRE/SECONDAIRE, il reviendra sur ces derniers termes en 1985.

Claude CREPAULT utilise les mêmes termes et dans le même sens que Robert J. STOLLER, (IDENTITÉ DE GENRE et GENRE), auxquels il ajoute GENRALITÉ, MALITUDE, FÉMELITUDE...

Jacques BRETON emploie les expressions TRANSSEXUEL MASCULIN, TRANSSEXUALISME MASCULIN pour désigner les hommes de naissance (H->F) et TRANSSEXUEL FÉMININ, TRANSSEXUALISME FÉMININ pour les femmes de naissance (F->H). De même, il reprend de STOLLER (1968) TRANSSEXUALISME VRAI/FAUX ou PRIMAIRE/SECONDAIRE. Pour lui TRANSSEXUALISME est une tendance et TRANSSEXUALITÉ un état.

Patricia MERCADER parle d'IDENTITÉ SEXUELLE pour pour féminin et masculin.

Joseph DOUCÉ utilise IDENTITÉ SEXUELLE pour le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme et féminité, masculinité.

Alors que Sylvie VAROQUI, dans le même ouvrage, emploie le terme SEXE PSYCHOLOGIQUE pour le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme et féminité, masculinité.

Les auteurs de Médecine transsexualisme et droit, (1995) utilisent IDENTITÉ SEXUELLE ou IDENTITÉ DE GENRE en traduction de gender identity (dans le même sens que STOLLER).

Quant à Colette CHILAND, elle préfère TRANSSEXUEL MÂLE, TRANSSEXUEL, TRANSSEXUEL MF pour homme de naissance (H->F) et TRANSSEXUELLE FEMELLE, TRANSSEXUELLE, TRANSSEXUELLE FM pour femme de naissance (F->H), SEXUÉ pour ce qui relève de la différenciation des sexes, SEXUATION et SEXUEL pour ce qui relève de la sexualité.

Elle a créé les termes IDENTITÉ SEXUÉE pour féminin, masculin, sexe psychologique en traduction de gender identity (identité de genre). Elle différencie trois sexes: 1-SEXE BIOLOGIQUE, 2-SEXE SOCIAL/RÔLE SOCIAL, 3-SEXE PSYCHOLOGIQUE (IDENTITÉ SEXUÉE).

Afin de simplifier la lecture, J'emploierai les termes: SEXE PSYCHOLOGIQUE pour le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme, IDENTITÉ SEXUÉE pour féminité et masculinité, et ATTIRANCE AFFECTIVE ET SEXUELLE pour orientation sexuelle (ou choix d'objet).

2.1.  Identité sexuelle, identité de genre, identité sexuée

Dans L'identité sexuée, Gaïd LE MANER-IDRISSI, (1997), présente les différents modèles théoriques sur la question: la biologie, le social et la capacité pour l'enfant de s'approprier les rôles sexués. Pages 17-18, l'auteure nous présente les définitions de l'identité sexuelle, identité de genre, identité sexuée.

« L'identité sexuelle a été définie par Green (1974, 1987)[4] comme étant la résultante de trois dimensions:

- la première, c'est la conviction intime d'être garçon ou fille;

- la deuxième concerne l'adoption de comportements, qui dans chaque culture, sont propres aux garçons et aux filles, aux hommes et aux femmes;

- la troisième porte sur le choix du partenaire sexuel masculin ou féminin. »

Sa définition correspond respectivement à ma proposition: 1-sexe psychologique, 2-identité sexuée et 3-attirance affective et sexuelle, (qui ne concerne pas l'enfant).

« L'identité de genre fait référence au sexe social et psychologique. A l'inverse de l'identité sexuelle, l'identité de genre exclut la dimension sexuelle, c'est-à-dire tout ce qui a trait à la sexualité et aux relations qu'elle implique entre les sexes. Plus précisément, Unger définit l'identité de genre comme suit:

Le terme identité de genre peut être utilisé pour désigner les composantes non physiologiques du sexe qui sont actuellement perçues comme appropriées aux individus de sexe masculin ou aux individus de sexe féminin.

R.K. Unger, Female and Male: Psychological Perspective, New York, Harper & Row, 1979. »

Concernant l'identité sexuée: « L'ancrage biologique constitue ce que Chiland (1995) appelle le sexe d'assignation, c'est-à-dire le sexe donné à l'enfant à la naissance. Selon elle, le sexe biologique va déclencher dans l'entourage social, comme chez le sujet lui-même, des réactions différenciées en fonction de la catégorie-sexe d'appartenance. Dans cette perspective, le sexe biologique constitue un stimulus qui engendre des conduites particulières liées au sexe social. Le biologique et le psychologique sont, de ce fait, intimement liés. La notion d'identité sexuée recouvre cet aspect fondamental que constitue l'articulation entre: la dimension biologique (il existe deux sexes) et la dimension psychologique (l'appartenance à un groupe-sexe biologique implique que tout individu doit faire siennes les caractéristiques définies culturellement). »

C'est cette définition de l'identité sexuée que Gaïd LE MANER-IDRISSI utilise dans son ouvrage.

2.2.  Féminin, masculin, féminité, masculinité

Dans le Petit Larousse, Dictionnaire de la langue française, 1989, on trouve les définitions suivantes:

« Féminin, e: 1. Propre à la femme. Le charme féminin. 2. Qui évoque la femme. Des manières féminines. 3. Qui a rapport aux femmes. La mode féminine. Revendications féminines. 4. Qui est composé de femmes. Orchestre féminin. 5a. Qui appartient au genre féminin. Nom féminin. b. Rime féminine, que termine une syllabe muette. »

« Masculin, e: 1. Qui appartient au mâle, à l'homme, qui a ses caractères. Voix masculine. 2. Qui est composé d'hommes. Population masculine. 3. Qui appartient au genre masculin. 4. Rime masculine: rime qui ne finit pas par un e muet ou une syllabe non muette. »

« Féminité: Caractère féminin; ensemble des caractères propres à la femme. »

« Masculinité: Ensemble des traits psychologiques, des comportements considérés comme caractéristiques du sexe masculin. »


Dans le Robert, Dictionnaire de la langue française, 1997, on trouve les définitions suivantes:

« Féminin, ine: 1. Qui est le propre de la femme. Organisme féminin. Appareil génital féminin. — Le sexe féminin: les femmes. — Grâce, douceur féminine, charme féminin. =>féminité. L'intuition féminine. L'intelligence féminine. LOC. L'ÉTERNEL FÉMININ: les traits, considérés traditionnellement comme permanents, de la psychologie des femmes. 2. Qui appartient au sexe féminin. Les personnages féminins d'un roman. — La population féminine d'un quartier. 3. Qui a les caractères de la femme, tiend de la femme. (En parlant d'une femme) Elle est très féminine: elle correspond à l'image stéréotypée de la femme, de la féminité. «Cette femme si peu féminine redevient femme, comme on les aime» (Henriot). (En parlant d'un homme) Il a un beau visage, des traits un peu féminins. =>efféminé. 4. Des femmes, qui a rapport aux femmes. Les revendications féminines. =>féministes. Les succès féminins d'un homme, ses conquêtes amoureuses. 5. Qui est composé de femmes. Une équipe féminine. Un recrutement essentiellement féminin. 6. RARE (animaux, plantes) =>femelle. 7. GRAMM. Qui appartient au genre marqué (quand il y a deux genres). Genre féminin. Nom, adjectif, article, pronom féminin. — SUBST. Le féminin. Ce nom est du féminin. Adjectif au féminin. Féminin syntaxique (ex. une élève). =>épicène. Féminin lexical (ex. une institutrice). Mot qui n'a pas de féminin (ex. Marie est un bon médecin). — VERSIF. Rime féminine, terminée par un e muet. CONTR. Masculin, viril. »

« Masculin, ine: I) 1. Propre de l'homme (II). =>mâle. Goûts masculins. =>viril. Caractères masculins (masculinité). «ce fier, ce terrible et pourtant un peu nigaud de sexe masculin» (Beaum). 2. Qui a les caractères de l'homme, tient de l'homme. Voix masculine. Une femme assez masculine d'aspect. =>hommasse; virago. 3. Qui a rapport à l'homme. Métier masculin. Composé d'homme. Public masculin.

II) 1. Qui s'applique aux êtres mâles, mais aussi, en français, à des êtres et à des choses sans rapport avec l'un ou l'autre sexe. «Avion» est un nom masculin. Genre masculin. Mot, substantif, adjectif, article, pronom masculin. — SUBST. Le masculin: le genre masculin. — Forme masculine. Le masculin d'un mot. 2. Rime masculine, qui ne se termine pas par un e muet. CONTR. Féminin. »

« Féminité: Caractère féminin; ensemble des caractères propres à la femme. =>féminitude. Accepter, refuser sa féminité. «Le degré de “masculinité” ou de “féminité”» (J. Rostand). — SPÉCIALT. Ensemble des caractères correspondant à une image sociale de la femme (charme, douceur, délicatesse) que  l'on oppose à une image sociale de l'homme. Cette jeune fille manque de féminité. »

« Masculinité: 1. Qualité d'homme, de mâle. — Ensemble des caractéristiques masculines. =>virilité. 2. DR. ANC. Privilège de masculinité, en vertu duquel dans les successions nobles, en ligne collatérale et égalité de degré, en présence d'un héritier mâle, l'héritage ne pouvait revenir à une femme. Le privilège de masculinité fut aboli en 1790 (cf. loi salique). 3. DÉMOGR. Taux de masculinité: pourcentage des naissances masculines. CONTR. féminité. »

Du point de vue psychanalytique, Jean LAPLANCHE et Jean-Baptiste PONTALIS, (1967), pp. 230-231, écrivent dans leur dictionnaire concernant la féminité et la masculinité:

« MASCULINITÉ - FÉMINITÉ: Opposition reprise par la psychanalyse et dont celle-ci a montré qu'elle était beaucoup plus complexe qu'on ne l'admet généralement: la façon dont le sujet humain se situe par rapport à son sexe biologique est le terme aléatoire d'un processus conflictuel.

Freud a souligné la variété des significations que recouvraient les termes «masculin» et «féminin»: signification biologique qui réfère le sujet à ses caractère sexuels primaires et secondaires; les concepts ont bien ici un sens précis mais la psychanalyse a montré que ces données biologiques ne suffisaient pas à rendre compte du comportement psychosexuel. Signification sociologique variable selon les fonctions réelles et symboliques à l'homme et à la femme dans la civilisation considérée. Signification psychosexuelle enfin, qui est nécessairement intriquée avec les précédentes, et notamment avec la signification sociale. C'est dire combien ces notions sont problématiques, et doivent être envisagées avec prudence; c'est ainsi qu'une femme exerçant une activité professionnelle exigeant des qualités d'autonomie, de caractère, d'initiative, etc., n'est pas nécessairement plus masculine qu'une autre. D'une façon générale, ce qui est décisif dans l'appréciation d'une conduite par rapport au couple masculinité-féminité, ce sont les fantasmes sous-jacents que seule l'investigation psychanalytique peut découvrir.

La notion de bisexualité, qu'on lui cherche un substrat biologique ou qu'on l'interprète en termes d'identifications et de positions oedipiennes, implique chez tout être humain une synthèse plus ou moins harmonieuse et plus ou moins bien acceptée de traits masculins et féminins.

Enfin, du point de vue du développement de l'individu, la psychanalyse montre que l'opposition masculin-féminin n'est pas présente d'emblée pour l'enfant, mais est précédée par des phases où ce sont les oppositions actif-passif (voir: Activité-Passivité), puis phallique-castré qui ont une fonction prévalente, ceci pour les deux sexes (voir: Phase phallique).

Dans cette perspective, Freud ne parle de féminité par exemple que lorsque la petite fille a, au moins partiellement, réussi à accomplir sa double tâche: changement de zone érogène directrice (du clitoris au vagin) et changement d'objet d'amour (de la mère au père). »

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Notes:

[4]  Les références bibliographiques concernant Richard GREEN sont absentes. Peut-être s'agit-il des ouvrages suivants: (1974), Sexual identity conflicts in children and adults, New York, Basic Book; (1987), The «sissy boy syndrome» and the developpement of homosexualité, New Haven and London, Yale University Press.

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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