1.  INTERET DU THEME DE RECHERCHE

La recherche permet de mieux comprendre la question “transsexuelle”, mais aussi le “normal” et le “pathologique”. Elle fait également avancer la théorie.

La question “transsexuelle” fait très souvent “effraction” chez les individus. Les médias se servent de ce sujet pour augmenter leurs ventes. Ils refusent très souvent les discours qui ne leur conviennent pas, les discours sociaux, politiques ou militants. Il est même arrivé que des journalistes paient des “transsexuels” afin qu'ils leur fournissent des faux témoignages à sensation[1]...

Par ailleurs, la plupart des auteurs ne perçoivent que partiellement cette problématique, ils n'ont pas une vision de l'intérieur: n'étant pas “transsexuel”, ils ne comprennent pas ce que vivent les personnes concernées. Ils s'arrêtent aux apparences, c'est-à-dire à la face visible de l'iceberg. Quand ces auteurs sont “effractés”, ils ne s'aperçoivent pas que leur vision est déformée par “l'effraction”, et que la face visible de l'iceberg n'est pas la réalité “transsexuelle”. L'effraction est perceptible chez un interlocuteur quand il change d'attitude à l'annonce du problème. Il se recule sur sa chaise, son visage change d'expression, il se ferme ou reste figé, il bégaie ou rit, ses yeux s'arrondissent ou il regarde ailleurs...

Anita HOKARD, psychologue, (1980), en témoigne dans La question transsexuelle, ouvrage collectif sous la direction de Joseph DOUCÉ, (1986), p. 44: « Disons-le tout net, il n'existe pas de rapports à un transsexuel qui aillent de soit. La transsexualité ébranle les repères de notre univers sensé à partir duquel chacun de nous s'est constitué, existe, se définit. C'est dire qu'une telle relation nous menace toujours «quelque part». Le praticien («psy», chirurgien, endocrinologue) n'échappe pas à ces effets. Le problème que le transsexuel lui présente déborde l'individu, envahit la relation et implique le praticien lui-même. Ce phénomène, qui peut se rencontrer ailleurs, joue dans ce cas précis un rôle particulièrement déterminant —dont on parle peu— et qui doit peser lourd au moment de se prononcer sur le traitement à adopter (et notamment sur l'éventualité d'une opération). Outre les phénomènes de transfert, contre-transfert, d'identification, etc., nous pensons surtout à l'angoisse de castration qui se trouve ainsi réactivée chez le praticien. Notre propre expérience nous l'a montré, il semble que nous vivions mieux le phénomène quand le changement souhaité va dans le sens de notre propre sexuation. ».

1.1.  Motivation

J'ai mis dix ans pour sortir de la honte, dix ans pour accepter d'être pleinement qui je suis, dix ans pour ne plus me considérer comme un malade, un “anormal”. Non, je ne suis ni fou, ni idiot, ni malade, je suis un être humain tout simplement.

Pourquoi me suis-je construit comme un homme, alors que mon sexe était sans ambiguïté celui d'une femme? Même après dix ans de psychothérapie et d'analyse, je ne le sais toujours pas. Aussi loin que je sois remonté, les faits étaient déjà ainsi. J'ai tenté de modifier ce sentiment profond d'être un homme, mais sans succès.

Progressivement, je suis devenu militant. Dans un premier temps, j'ai rejoint le milieu associatif pour m'informer. C'est là que j'ai rencontré le Pasteur psychologue sexologue Joseph DOUCÉ. Il a étudié à l'Université Libre d'Amsterdam avant de s'installer en France. A l'époque, il n'y avait que le Centre du Christ Libérateur (CCL), association loi de 1901, qu'il avait créé en 1976, et qui s'occupait des “minorités sexuelles”, dont les “transsexuels/les”. Après sa disparition brutale[2], la nécessité d'une association spécifique se faisait cruellement sentir. De plus, la façon dont nous étions traités par les médecins, les juges, les experts... m'avait motivé. Nous avons créé l'Association du Syndrome de Benjamin en mars 1994, confirmant ainsi, sans le savoir, les thèses de Tobie NATHAN (1997) sur les “patients experts” et les groupes associatifs militants.

Tobie NATHAN (1997), pp. 21-22, « Mais, de nos jours, il existe une complexité supplémentaire. Quelquefois, ce sont les concepts fabriqués par les praticiens qui se révèlent être à l'origine de la constitution de groupes sociaux réels.
[...]
De même, la description par Benjamin, puis par Stoller, des “transsexuels” amène-t-elle progressivement des individus à se constituer en groupe social, puis en groupe de pression, exigeant des interventions chirurgicales des médecins, les modifications d'état-civil des autorités administratives... Ici, le groupe originairement défini par un concept bio-psychanalytique —ils se nomment eux-mêmes benjaminites (du nom de leur “créateur”)— tend à se constituer en groupe de pression, contraignant les professionnels à créer des codes de déontologie, une nouvelle morale, voire une nouvelle philosophie. Ainsi, doit-on se rendre à l'évidence: les pratiques sociales, que sont toujours les applications des sciences humaines, sont à l'origine de la création de nouveaux groupes sociaux qui viennent ensuite questionner leurs démiurges.
 »

Les membres de l'association sont devenus des experts médicaux et juridiques sur la question “transsexuelle”. L'ASB a même rédigé une proposition de loi qu'elle cherche à faire voter afin de faciliter les prises en charges thérapeutiques et les changements d'état-civil, et elle organise “L'EXISTRANS” une marche annuelle pour faire connaître ses revendications en ignorant tout des faits dont Tobie NATHAN parle. De même, les fondateurs de l'ASB ont aussi fait référence au Dr BENJAMIN dans le nom de leur association car ils le considèrent comme le fondateur de la reconnaissance et de la définition de la “transsexualité”.

1.2.  Questions de recherche

La pornographie utilise largement l'image des “transsexuelles” et des transvesties pour s'attirer de la clientèle. Une image ambiguë, (“femme à verge” ou homme portant des sous-vêtements érotiques féminins), associée au terme “transsexuel”, est systéma­tiquement mise en avant. C'est cette image qui prévaut souvent dans les esprits: “transsexuel” égal sexualité débridée et anormale. D'un autre côté d'autres personnes tentent de faire passer une image du “transsexuel” sans sexualité. Qui a raison?

Quelle est la réalité de cette sexualité?

Y a t-il une spécificité de la sexualité des personnes dites “transsexuelles”?

Les rêveries érotiques jouent-elles un rôle dans la sexualité des “transsexuels/les”?

La plupart des psychiatres font de la recherche. Le Docteur Bernard CORDIER de la principale équipe médicale parisienne charge une psychologue de faire passer des tests de raisonnement, de QI et des tests projectifs. Il demande aussi aux candidats “transsexuels” de lui décrire ce qu'est une femme, un homme, le féminin et le masculin.

Les “transsexuels”, comme les non-“transsexuels” peuvent-ils définir ce qu'est une femme, un homme, le féminin et le masculin?

Mon idée est de prendre une des portes d'entrée du diagnostic de la psychiatrie française à l'aide d'un questionnaire. Jusqu'à présent, mes lectures n'abordent pas la question de la sexualité des “transsexuels/les” de façon concrète. Seule l'attirance affective et sexuelle est abordée et le fait que la personne ai eu ou non des rapports sexuels, alors que ce n'est pas là la question. Les psychiatres des équipes médicales et les différents auteurs pensent l'identité sexuée[3] et l'attirance affective et sexuelle comme faisant partie de la même entité. De même, aucun ne différencie le sentiment d’être fille/femme ou d’être garçon/homme (sexe psychologique) de la féminité ou la masculinité, alors que cela me semble indispensable. Pour eux, il s'agit d'une seule et même chose qu'ils associent. Cette distinction n'a jamais été démontrée.

Peut-on faire ressortir le lien ou l'indépendance des items suivants: sexe psychologique, identité sexuée et attirance affective et sexuelle?

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Notes:

[1]  Communication personnelle.

[2]  Assassiné mystérieusement en 1990, la justice traîne à faire toute la lumière sur cette affaire... Le lecteur trouvera des informations plus complètes dans Le scandale d'une disparition. Vie et oeuvre du Pasteur Doucé de Françoise D'EAUBONNE (1990).

[3]  Pour tous les auteurs, l'identité sexuée ou l'identité de genre est la féminité ou masculinité et correspond à l'identité de femme ou d'homme. Par ailleurs, aucun des auteurs ne définit le féminin, le masculin, la féminité et la masculinité. De quoi s'agit-il du point de vue psychologique?

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Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.



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