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ANNEXE E



INTERVIEW N° 2

YOANN

NOUVEL HOMME




L'interview de Yoann a eu dans une chambre d'hôtel à quelques kilomètres de son lieu de vacances en province où je suis allé le rejoindre. Après la transcription de la cassette, il a apporté les corrections qu'il souhaitait. Les échanges ont été faits par courrier. Pour des raisons de respect de la vie privée, tous les prénoms ont été changés. Les parties en gras sont soulignées par lui.

Première question, quand tu as rempli le questionnaire qu'est-ce que ça a fait pour toi, enfin qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête ?

Ça m'a remémoré des moments pénibles avec lesquels j'ai pris beaucoup de distance. Il a fallu que je replonge dans mes souvenirs pour savoir quels types de sensations j'avais eues. Ça m'a replongé aussi dans ma vie personnelle forcément puisque c'est lié et puis... Ce n'est pas forcément un souvenir agréable de replonger dans quelque chose, un mode de transformation qu'on a pas forcément voulu. A mon sens, ça n'a rien de... Ce n'est pas épanouissant, c'est un petit peu traumatisant. De toute façon, même si ce n'est pas excessif, cela signifie quand même se replonger dans une période désagréable. Voilà, je me répète... Autrement, je n'ai pas eu de sensation particulière quand j'ai répondu au questionnaire. J'ai essayé de le faire honnêtement et de répondre sincèrement mais bien entendu avec ce que je suis devenu aujourd'hui, et parfois même, je me sentais un peu étranger à ce qui était demandé. J'avais même tendance à “m'emmêler les pinceaux” sur les questions en relation avec la partenaire parce qu'avant, après, c'est sûr qu'il y a des gros changements, notamment pendant la période hormonale. Il y a des pulsions qu'on ne peut pas contrôler mais qui sont demeurées de toute façon de type hétérosexuel. Et puis après, ça se calme et par la suite on peut dire ça se stabilise. Ensuite, quand toutes les opérations sont faites, y compris la verge, je ne peux pas dire que je me sois senti submergé par les pulsions. Je vais même dire que le fait d'avoir autant souffert pour avoir quelque part un corps qu'on accepte donne une satisfaction telle que hormis un individu qui pourrait vous intéresser puis peut-être susciter des émotions telles chez vous, au niveau purement sexuel, ce n'est pas la grosse cavalcade. Oui, je partage un peu les sensations qu'a eues un autre qui s'appelle Jean, je n'ai pas de pulsions particulièrement fortes. De temps en temps, quand ça me démange, (c'est plutôt quelques jours après la piqûre), je me soulage et puis c'est terminé.

Tu m'avais dit que tu avais regardé les anciennes vidéos, c'est ça ?

Les anciennes vidéos... Oui, effectivement, une fois que le questionnaire a été terminé, que je l'ai envoyé, forcément à force de s'être plongé dans tout ça, je me suis reposé quelques petites questions puis je me suis dit « tiens, si je me replongeais dans les vidéos parlant du sujet », (j'avais enregistré certaines émissions télévisées). Ce qui m'intéressait c'était de voir quel regard j'avais aujourd'hui, de constater que j'avais pris une très très grande distance au point d'oublier ce que cela me faisait de voir ces sujets traités comme ils étaient traités à l'époque. Je me suis dit quand même qu'on avait un parcours extrêmement traumatisant, qui pouvait déstabiliser le psychisme et qu'il fallait qu'on soit des individus certainement beaucoup plus équilibrés que la moyenne, (contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire !), pour encaisser un tel parcours. Cela est vrai surtout pour les gens de notre génération, (nés dans les années 60), qui ont connu l'équipe parisienne unique, pour ne pas la citer, celle du Pr BRETON. On s'est armé de patience, et il fallait vraiment ne pas avoir “les nerfs fragiles” pour passer dans les “mailles du filet”. Je trouve que cela illustre bien qu'on est quand même plus équilibré que la moyenne et qu'après il y a certainement une recherche inconsciente de paix. On essaie de pas trop se heurter à des difficultés inutiles pour conserver sa stabilité. C'est l'impression que j'ai eu avec le recul ; en général, je ne cherche pas à rencontrer des situations qui me déstabilisent. Je trouve que j'en ai eu assez comme ça et finalement la paix apportée par mes interventions suffit à mon bonheur et le reste c'est de l'extra. Je ne recherche, ni quelque chose qui me déstabilise, ni quelque chose qui rendrait ma vie plus plus plus... Voilà, je suis satisfait.

Ce que tu dis me fait penser à une phrase de Françoise Sironi. Elle dit que tout choc qui n'aboutit pas à une transformation devient un traumatisme réel, je crois que c'est ça le texte, enfin je ne la traduis pas exactement au mot à mot [1].

Je ne comprends pas très bien.

Ce n'est pas grave. [Pourquoi je n'ai pas gardé cette remarque pour moi, je suis en train de perturber l'entretien.]

Oui mais tu peux expliquer.

[Il a raison, explique-lui.] Et bien, elle pense que quand les gens ont des événements de vie importants ou traumatismes, quand ça n'aboutit pas à une transformation de la personne, ça devient pathologique.

Oui, mais justement j'ai l'impression que toute cette aventure, parce que c'en est une, avec des rebondissements et des phases de découragement très aiguës m'a profondément conditionné à la paix dans laquelle je vis. Je suis presque dans un état de béatitude. Je suis, tous les jours, conscient du bonheur, enfin, de la paix que m'a apportée ma transformation. Je ne me dis pas je suis un ceci ou un cela mais je ressens tous les jours une paix, et je me dis ... il faut profiter. Le fait de s'en être sorti, d'être là, d'être bien, implique que je n'ai aucune exigence vis-à-vis de la vie. Je trouve que quelque part, j'ai atteint la paix dont j'avais besoin pour me libérer de cet enfer, parce que c'était vraiment un enfer et un enfermement, quelque chose qui ne pouvait vraiment pas durer quoi ! Maintenant, je considère, que cette paix correspond à une guérison. J'essaie de savourer les moments de la vie. Mais, ça m'a transformé de l'intérieur en ce sens que j'ai un rapport aux valeurs des choses qui est différent. Dans la vie, je ne m'arrête plus à des broutilles... Parfois, j'ai des pseudo colères où les gens croient que je me fixe sur des choses insignifiantes, alors qu'en fait c'est une manière de faire la vidange... C'est plutôt “cathartique”. J'ai besoin de ça, comme on a envie de faire pipi ou autre chose. Autrement, ce que je recherche c'est la quiétude, il n'y a que ça qui m'intéresse et puis je cherche surtout à ne pas me mettre en avant. J'ai une estime de moi correcte, ni plus, ni moins. Je pense qu'on a quand même une transformation vis-à-vis de l'identité. Mais, ce n'est pas aussi simpliste que ça, ce n'est pas masculin ou féminin sauf peut-être pour des gens qui ne sont pas tellement aidés au niveau de l'intelligence, ou plutôt qui n'ont pas la capacité d'analyse de certains. Moi, je n'ai pas l'impression que je suis devenu ceci ou cela, j'ai l'impression d'être moi. Et c'est ça qui importe plus. Qu'aux yeux de tous, je sois devenu un être de sexe masculin ou ceci ou cela c'est secondaire parce que ça dépend sur quel plan on se place... C'est quoi quelqu'un qui est du sexe masculin... Si c'est avoir un sexe conforme à ce qu'ont tous les hommes de naissance, nous ne sommes pas des êtres de sexe masculin. En revanche, s'il s'agit d'avoir une identité sexuelle complète qui induit entre autre le psychique, alors je suis d'essence masculine. En somme dans l'identité sexuelle masculine, il n'y a pas que le fait d'avoir une verge et des testicules : il y a le comportement, il y a le psychisme, il y a l'essence qu'on dégage. Enfin tout un tas de choses... Je n'ai pas les mots exacts mais pour moi un être du sexe masculin c'est tout un ensemble. Ce qui m'intéresse c'est être moi et avant, je ne me sentais pas moi. Et, c'est ce corps qui se mettait en opposition avec moi, enfin ça me troublait, ça me perturbait, ça n'était pas à sa place, voilà. Et à partir du moment où on m'a, disons, conformé à une autre image, là j'ai pu me supporter psychiquement mais je n'ai aucune idée du mécanisme qui rend insupportable le corps que j'avais à la naissance. Par humilité, je trouve que c'est un peu trop facile de dire des mots tout crus comme masculin, féminin et “gnagna”, ça arrange tout le monde mais ça ne résout pas grand chose. Il y a un état de guerre quand on vit avec un corps qu'on ne sent pas, qu'on ne vit pas et on est en état de paix quand on est avec le corps transformé. J'ai un corps qui me semble être le mien, qu'il me semblait devoir avoir à la naissance normalement et qui en tout cas m'apporte la paix. Le reste, c'était invivable.

Est-ce que tu peux me parler de ta sexualité à la période que tu veux, aux périodes que tu veux, me dire ce que tu veux sur le sujet.

Oui, mais ce n'est pas facile, ça part dans tous les sens. J'ai eu une forme de sexualité, j'ai toujours eu beaucoup de chance dans mes relations, c'est à dire que très jeune, j'ai connu, j'ai ressenti des pulsions vers les jeunes femmes mais en tant qu'homme. Je me vivais en tant qu'homme vis-à-vis des femmes. Je ne me suis jamais senti attiré en tant que femme vers une femme. C'est à dire je n'ai jamais eu dans mon imaginaire, pour être cru et précis des gestes tendres ou sexuels, qui seraient réciproques venant de ma partenaire sur moi avec un corps féminin. J'avais une image de moi au masculin, sans poitrine, sans ce que j'avais au départ et qui me permettait d'avoir au moins une sexualité fantasmatique de type hétérosexuel en attendant mieux... Je me vivais dans mes pulsions amoureuses et sexuelles, en tant qu'homme, et dès l'âge de 12-13 ans, j'ai commencé à avoir des petites aventurettes mignonnettes avec des jeunes filles, puisque je me faisais appeler à l'époque “Jean-Marc”, ça a changé de prénom mais enfin ça revient au même. Je disais que j'étais un garçon et comme j'étais très masculin ça passait très bien. Par la suite, quand j'ai eu 14-15 ans, les relations sont devenues des flirts poussés, et cetera. De la même manière, je pouvais tout à fait passer inaperçu en tant qu'être masculin, il n'y avait pas besoin de s'expliquer. Je n'étais pas féminin du tout, ce qui m'arrangeais beaucoup. Ensuite vers l'âge de 16 ans, je n'avais toujours pas trop... Je n'avais pratiquement pas... J'avais vraiment deux petits boutons à la place de la poitrine, j'ai eu une poussée de poitrine très tardive ça m'a aussi arrangé. J'ai pu plus ou moins raconter que j'avais un problème d'hermaphrodisme, c'est à dire que j'ai fait de pieux mensonges mais j'ai réussi à avoir une sexualité assez précoce. J'utilisais tout ce que je pouvais et très tôt, par des amis plus âgés, notamment, j'ai pu me procurer ce qu'on appelle vulgairement “un godemichet”, faute de mieux, pour pouvoir avoir une sexualité qui est conforme à ce que je me représentais avec une femme, c'est à dire, certainement pas de me faire chatouiller “ce que j'avais à la base”. C'est à dire que pour moi ça n'existait pas, c'était hors de question. C'est plutôt moi qui donnais. C'était basé sur des sentiments ce n'était pas une prouesse sexuelle, point final. C'était surtout des histoires d'Amour. Et j'ai eu la chance que cela se répète régulièrement jusqu'à mes 18 ans. Vers 16-17-18 ans j'ai commencé à avoir des relations beaucoup plus poussées où il y avait une relation complète mais avec un pseudo pénis, et j'ai essayé de composer avec ça et puis de mettre des capotes anglaises pour des questions hygiéniques. Finalement, entre moi et la fille on se disait que c'était provisoire et qu'au moment où moi je serais opéré, tout rentrerait dans l'ordre. En attendant, il fallait bien qu'on se crée une sexualité qui soit le plus conforme avec ce qui aurait pu être normal... J'ai vécu comme ça jusqu'à l'âge de 20 ans et puis, j'ai eu ma première liaison. J'ai vécu avec une femme qui était étudiante en médecine avec qui la sexualité a été encore plus poussée qu'avec la précédente qui était déjà pas mal... On faisait tout dans les limites du possible, et moi j'étais évidemment limité, puis je ne me sentais pas toujours à l'aise parce que quand on aime quelqu'un on a envie que ce soit ... avec des choses naturelles même si tous les deux on savait qu'on ne pouvait pas faire autrement. Parfois, ça a été une souffrance énorme pour moi et mes femmes en souffraient aussi. Elles souffraient pour moi. Ma première femme, Laure, avec laquelle j'ai vécu, maritalement, j'ai eu vraiment une sexualité qui me frustrait beaucoup parce que je l'aimais beaucoup et réciproquement. On avait comme projet que je me transforme le plus vite possible et puis on a pris des contacts pour savoir de quelle manière je pouvais me faire opérer le plus rapidement possible. C'était sur [ville de province], il y avait une équipe mais qui n'avait pas l'air très performante. J'aurai servi plus ou moins de cobaye. Ça ne m'intéressait pas trop et mon amie m'a demandé d'être patient et de pas me décourager. Comme elle m'aimait beaucoup et qu'elle m'invitait à la patience, ça m'a aidé psychologiquement. Sur le plan sexuel, qu'est-ce que je peux raconter... J'ai utilisé les doigts, plusieurs doigts en même temps, sous forme d'aller et retour, de ronds, de petit patapon, et puis des stimulations du sexe de mon amie. Elle ne me touchait pas le sexe d'origine puisqu'il en était hors de question. Puis des intromissions par le vagin, une fois ou deux par derrière à l'aide du godemichet, mais ça a été un concours de circonstance. Ce n'était pas vraiment une envie, ni de l'un ni de l'autre, ça s'est fait comme ça dans le feu de l'action. En général, elle jouissait beaucoup. Elle était très réceptive et elle jouissait beaucoup, ce qui moi, me satisfaisait énormément. Elle avait un équilibre sexuel (me disait-elle), qui lui suffisait, je lui donnais du sexe, de l'amour et de la tendresse, les trois mélangés. Elle se souciait évidemment de ce que je ressentais, mais moi j'étais tellement content de lui faire du bien, que c'est vrai sincèrement, je me satisfaisais du plaisir que je lui donnais. J'ai construit une relation autour de ça. Puisque je ne pouvais pas faire autrement, ça ne servait à rien d'inventer autre chose, ou de dire je me sens totalement frustré. Frustré je l'étais mais seulement par moments. Parfois, j'étais un peu impatient et je me disais que je pourrai peut-être mieux l'aimer si j'avais déjà mon pénis naturel. J'ai accepté la situation parce que j'étais aimé. Quelqu'un avait des sentiments amoureux pour moi et acceptait qu'on attende. Il y avait des stimulations aussi au niveau des seins, moi je n'étais pas touché à ce niveau là, sauf à la périphérie, on va dire, mais jamais sur le mamelon et le téton. C'était hors de question. Pas de je te “pince” et tu me “pinces”. Sinon, elle me caressait beaucoup le dos, le visage, les pieds, les cuisses. Sur moi c'était très limité, c'était surtout elle et comme je n'avais pratiquement pas de poitrine, on arrivait quand même à avoir un corps à corps où on avait l'impression que c'était un homme et une femme, il n'y avait pas trop d'ambiguïté. Et puis comme j'étais allongé et que c'était tout plat, ça allait. Ça aurait peut-être été différent si j'avais eu quelque chose de plus voyant... Mais ça je ne peux pas en parler puisque ce n'était pas le cas.

Sinon, beaucoup plus tard, j'ai eu une autre relation de concubinage et puis j'ai eu beaucoup d'aventures entre deux. Beaucoup d'aventures, où parfois les femmes n'étaient pas du tout au courant de ce que j'avais. Je m'arrangeais pour faire “ça” dans le noir ou à prendre des positions, par exemple par derrière ou autre, où elles ne pouvaient pas se rendre compte. Puis comme je mettais une capote et que je prenais des ... disons, des sexes, des pseudo sexes qui étaient plus ou moins, flexibles, c'est-à-dire dans des matières qui se rapprochaient de plus en plus du vrai. J'y arrivais, je ne sais pas comment l'expliquer, en le coinçant entre les cuisses. Je n'avais pas besoin de le maintenir par un slip. Et comme j'étais très musclé, je ne sais pas comment j'ai réussi, mais ça ne me posait pas de problème. J'arrivais parfois à faire “illusion” avec des femmes avec lesquelles j'avais juste des aventures comme ça. Lorsqu'elles voulaient faire une fellation ou autre, je disais que je n'aimais pas ça. Donc ça, c'était vraiment les aventures. Et lorsqu'avec une femme, je sentais que ça pouvait aller plus loin, je lui disais la vérité et elle m'acceptait comme tel. A la deuxième relation, j'ai commencé à dire tout de suite la vérité et non plus, « je suis hermaphrodite », puis dans un deuxième temps, « je suis SBM [2]  ». Là, je disais carrément « je suis ça » et puis « je n'ai pas d'autres moyens pour l'instant ». Et, ça passait très bien parce que je tombais sur des filles intelligentes. Là, j'étais avec une femme qui avait été mariée pendant 7 ans. Apparemment, elle était quelqu'un de très “sexuel”. Je me disais « ça ne va peut-être pas aller », et puis ça se passait très bien. Elle aussi avait l'air satisfaite des relations. C'était toujours des coïts normaux, dans des positions diverses comme n'importe quel couple. Entre les deux, j'ai oublié que j'avais eu une autre aventure en concubinage avec Marie. j'ai vécu avec trois femmes et j'ai eu des aventures, entre chaque. Marie avait eu beaucoup d'expériences sexuelles bien qu'elle soit très jeune et ça s'est très très bien passé aussi. Elle jouissait, du moins il me semble. Toutes les trois ce n'était pas le genre de filles à faire semblant. Il me semble que ces femmes ont eu une sexualité épanouie, du moins, me l'ont-elles dit. Moi, personnellement, j'étais forcément frustré de ne pas avoir un vrai sexe. Voilà, c'est tout ce que je peux dire. Sinon, au niveau des attitudes sexuelles, j'avais des attitudes sexuelles totalement ordinaires et puis le reste les petites nuances, je ne sais pas s'il y a des mots pour les exprimer... J'utilisais des poses diverses... J'utilisais les mains... Il y avait des jeux sexuels avec toutes les parties du corps.

Qu'est-ce que tu appelles jeux sexuels ?

Des caresses sur toutes les parties du corps, sauf que les partenaires ne me touchaient pas là. [Il montre son sexe.] Avant la phalloplastie, j'étais soit en slip, soit nu avec un godemichet coincé entre mes cuisses dans le noir complet.

Ni au sexe ?!

Ni au sexe, ni... [Il montre le haut.]

Aux seins ?!

Non, aux extrémités.

Parce que si tu ne dis pas les noms, si tu me dis là... [Je pensais « quand je vais réécouter, je pourrai me tromper, interpréter. »]

Non mais à moins d'être con, on devine ce que c'est que “là”. Ça peut être là aussi, do, ré, mi. [Rires de nous deux.] Après, j'ai eu plusieurs aventures avec des femmes beaucoup plus âgées que moi. Là pareille, à chaque fois que j'ai eu des aventures ou des liaisons sérieuses, les femmes ont dit qu'elles étaient satisfaites, avec ou sans sentiments. Je les entendais jouir donc je supposais qu'elles étaient satisfaites. Il y a certaines d'entre elles avec qui j'avais des liens amoureux, je leur posais carrément la question « du fait de ce que j'ai, est-ce que tu es satisfaite ou tu le fais pour me faire plaisir ? ». Elles me disaient « non ». Je considère que j'ai eu beaucoup de chance. Ce qui m'a fait très peu douter de moi, disons, que j'avais une confiance en moi, malgré ce que je vivais de dramatique. Alors après, c'est plutôt après quand j'ai été opéré que j'avais peur d'abîmer mon sexe... Mais, j'ai quand même, dès que l'occasion s'est présentée, eu des relations qui ne m'ont pas bouleversé. Mais elles m'ont apporté une certaine harmonie parce que c'est agréable d'avoir tout son corps libre d'aimer et de faire ce qu'on a à faire, c'est à dire les pénétrations naturelles et autres, mais de là à tomber complètement “fou de jouissance”, c'est négatif.

Alors là, j'essaie d'être le plus sincère possible. La jouissance qui est obtenue vient d'une stimulation (puisqu'il y a une connexion des nerfs avec des nerfs qui étaient dans le clitoris). Donc, il y a une jouissance qui demeure et qui est satisfaisante puisque que ça se fait par intromission et cetera. Cela permet d'avoir une sexualité de SBM qui ne peut pas se comparer à une sexualité d'un individu ordinaire. Et puis je ne cherche même pas à comparer ni à analyser puisque je ne saurais jamais... Il faut parfois être logique dans la vie et il ne faut pas s'enfermer dans le crétinisme. Sur ces questions là, moi je ne peux parler que d'une sexualité qui m'est propre. Peut-être même qu'un autre SBM, opéré avec une verge différente, venant d'un autre chirurgien n'aura peut-être pas les mêmes sensations que moi. J'ai un ami, qui a aussi une verge du même chirurgien que moi, qui a des relations sexuelles et qui apparemment vit des relations qui font plus jouir la jeune femme que lui-même, ou quand il a une jouissance ça doit être un cocktail de tout ce qu'il a dans la tête, de la situation, de tout ça, plus une sensation vague dans la première partie du pénis et puis, dans tout ce qui est le pseudo scrotum innervé avec les restes du sexe antérieur. Tout ça crée une sensation de jouissance satisfaisante, parfois très satisfaisante et très localisée, très localisée...

Ça, c'est pour toi aussi ?

Moi personnellement, oui... C'est surtout dessous que ça se passe, dessous et puis dans la première partie de la verge. Là, oui, des fois il y a des excitations très fortes et j'ai déjà eu ce que j'appelle des petits orgasmes. Je n'ai pas la prétention de dire que ce sont des orgasmes forts, où j'ai du mal à récupérer, où j'ai les jambes un peu molles. Cependant, ça m'est arrivé quelquefois en me stimulant tout seul, dans la masturbation. Et ça m'est arrivé avec des compagnes, notamment une qui avait 50 ans, qui avait une certaine expérience avec qui j'ai eu des jouissances assez fortes, même parfois ça me remontait dans le derrière. Voilà, pour ce qui en est de la sexualité, puis beaucoup de tendresse. La tendresse surtout...

Ça fait aussi partie de la sexualité ?

Oui, ce que j'ai découvert, surtout après mon opération de phalloplastie, quand j'ai eu des relations sexuelles, c'est le fait de pouvoir toucher, de faire le corps à corps avec un corps conforme ; la jouissance venait aussi du fait que le corps était conforme au psychisme. Alors, l'étreinte avec la femme était normalisée et donc elle était très jouissive. C'était la découverte des sens mais les autres sens, c'était moins centré. Voilà, j'avais l'impression d'être moins centré sur le sexe, plus centré sur ce qui est périphérique, donc d'avoir une espèce de plénitude. Voilà ce que j'ai découvert au niveau de la sexualité qui était différent d'avant, où je voulais à tout prix avec mon pseudo sexe faire jouir ma copine, pour dire je ne suis pas moins qu'un homme normal. Maintenant, j'ai une sensualité qui me paraît plus riche, une sexualité qui me paraît plus mature. C'est vrai que ça m'est difficile de répondre à une question qui reste quand même assez générale... Ça m'est difficile de donner des détails scabreux du style je lui mets le doigt comme ci, ou je lui mets la verge comme ça. Ce n'est plus comme ça que je conçois ma sexualité puisque j'ai découvert au contraire le côté harmonieux. Et justement je me suis dit c'est dommage que tous les hommes ne vivent pas ou vice versa ce qu'on a vécu, ça les rendrait peut-être un peu plus, c'est à dire, un peu plus généreux, un peu plus sensuels, un peu moins sexués. Parce que là, j'ai l'air de décrire dans ma sexualité des choses assez crues parce qu'on m'a posé une question crue, mais ce n'est pas comme ça que je le vivais et que je le vis... C'était plutôt des choses sensuelles et cérébrales que je vivais. Mais il y avait quand même une partie sexuelle qui n'était pas niée, mais je l'ai décrite d'une façon plus crue que je ne la vivais parce que la question est orientée. Donc, j'essaie de répondre, peut-être pas bien. Mais...

Comme tu le dis, la sexualité ce n'est pas que le sexe.

Voilà ! c'est l'ensemble.

On peut aller un peu au-delà ?

Oui, mais comme je n'étais pas bien dans ma peau avant l'opération, j'avais du mal à me centrer sur autre chose qu'essayer de satisfaire ma partenaire sexuellement. J'essayais de la faire jouir par tous les moyens.

Le clito par exemple ?

Oui, le clitoris, le cunnilingus, pas sur moi évidemment, c'était hors de question... Je ne sais pas comment ça s'appelle quand on lèche le derrière, mais je l'ai fait, l'anulingus, voilà, le dos, toutes les parties du corps, les paupières, la bouche, tout. Il n'y avait plus de secret pour moi, ça durait des heures et des heures. Elles pouvaient me faire pareil à condition de ne pas me toucher à certains endroits, et elles n'en avaient pas envie de toute façon... Mes amies sont toutes mères de famille aujourd'hui avec un homme de naissance. C'est un homme qu'elles ont choisi, pas une femme. Bien sûr, elles souffraient de voir mon désarroi. Enfin, elles souffraient plus que moi, à la limite, presque autant en tout cas de ce corps féminin, parce qu'elles aimaient un homme. C'était mon essence qu'elles aimaient, mon essence d'homme, du moins c'est ce qu'elles m'ont dit, ce n'est pas moi qui dit ça, c'est elles. Et souvent, elles tombaient de haut quand elles apprenaient ce que je vivais.

Actuellement, je n'ai plus de relation stable. Je n'ai pas revécu avec une femme parce que ça ne s'est pas présenté, et puis que je n'ai pas envie de correspondre à un schéma conforme à tout prix... Je n'ai pas envie d'avoir une femme, des enfants, une maison, et un chien. J'ai envie d'avoir une relation harmonieuse avec quelqu'un qui m'accepte dans mon “entier”. Je suis peut-être plus exigeant parce que je sais ce que c'est que d'être soi. J'ai envie de rester moi, je l'ai payé assez cher de devenir moi, parce qu'on ne devient pas que soi avec un corps. Le SBM ou la SBF, en tout cas, je parle pour moi... Je suis devenu une personne qui se vit bien avec son corps mais surtout avec son esprit. Je me vit bien avec ma personnalité et ça, je l'ai gagné chèrement. Il n'est plus question pour moi de me conformer à un modèle quelconque. Ce que je souhaite, c'est rencontrer quelqu'un qui s'assume et qui se vit aussi bien que moi je me vis bien pour pouvoir cheminer avec cette personne, et non pas « tiens, je te prête ma béquille, tu me prêtes la tienne », ou « je te bouche un trou et tu me bouches un trou ». Il en est hors de question. Je veux cheminer avec quelqu'un qui est bien avec lui-même et qui sait ce qu'il est, qui n'a pas besoin de combler des manques et cetera. Je ne recherche vraiment pas la facilité comme on pourrait le croire, mais en tout cas je sais ce que je ne veux pas. Par exemple, des gens qui présentent des difficultés susceptibles de me déstabiliser parce que je pense que quand on a eu une aventure comme la nôtre, on est très fragilisé.

On reste de toute façon fragile parce qu'on nous a poussés à bout, et que le comble de tout ça c'est que ce sont des thérapeutes qui vous font ça. Ils vous fragilisent parce que tout individu est susceptible d'être fragilisé quand il est déstabilisé. Nous, on est déstabilisé sur plusieurs années. La génération d'aujourd'hui l'est moins. Pour notre génération, on portait atteinte à notre intégrité encore plus qu'elle n'était déjà atteinte au départ. Il faut savoir qu'on en garde des séquelles et que ce n'est pas non plus la peine d'aller se mettre en relation avec une femme dépressive, par exemple, c'est ridicule. On n'a pas les moyens, quand on a eu un parcours pareil, de vivre avec une femme complètement instable, pas centrée, qui a des difficultés existentielles profondes... En tout cas, je ne veux pas de ça, je ne m'en sens pas capable. Maintenant, je m'intéresse plus au cérébral et au spirituel, je me sens bien dans ma peau, je n'ai pas honte de mon corps, je vis. Je conçois très bien la relation sexuelle avec une femme mais je ne me sens pas comme un animal en rut à vouloir “sauter sur tout ce qui bouge”.

Je vais poser une autre question, quand tu parlais de thérapeutes, tu faisais allusion aux psychothérapeutes que tu as consultés et qui n'ont pas forcément été très adroits, voire même pire.

Des gens qui prêtent des soins.

Ou bien tout simplement des équipes médicales ?

Oui, des équipes médicales. Il n'y en a pas une pour relever l'autre. Je pense qu'ils ne se rendent pas compte de l'état de fragilité dans laquelle on est lorsqu'on est un esprit et pas un corps, voilà. Lorsqu'on est devant eux, on est un esprit masculin, ou un esprit féminin, et on n'est pas encore un corps. Au moment où on a fait la transformation, on devient un corps et un esprit. Et, ça devient tout autre chose, on a un poids qu'on n'avait pas avant. Et ces gens-là, “ils nous frappent dessus”, parfois par leur indifférence, par le fait de nous faire attendre longtemps, de ne pas nous considérer, de passer leur temps à nous poser des questions qui nous détruisent de l'intérieur, c'est une forme d'acharnement. Et puis, je trouve qu'être médecin, être docteur en médecine, quelle que soit la spécialité, c'est d'abord soulager le patient. Et eux, ils ne sont pas vraiment pressés de nous soulager je ne parle pas du soulagement correspondant à l'opération du moins un soulagement psychique qui ne nous confine pas dans le doute sur plusieurs années. C'est inhumain, et cela peut être une source de problèmes supplémentaires sur le plan psychologique. Paradoxalement, cela peut, peut-être, nous fortifier pour les plus tenaces d'entre nous, mais ressemble un peu à la loi de la jungle. Alors, les plus forts s'en sortent et les plus faibles restent sur le côté, c'est du moins ce que j'ai vécu à l'époque... Alors, ce sont surtout les “costauds du cerveau” qui résistaient. C'est un peu comme s'ils avaient gagné le parcours du combattant, un peu comme si c'était des paras qui y arrivaient dans l'équipe de Breton. Et puis, les plus vulnérables se “cassaient la binette” avant et ils étaient obligés d'aller à l'étranger, avec des difficultés ensuite pour les changements d'état-civil. Ce n'était pas normal. Moi, j'ai essayé d'être le plus réglo possible. Je n'avais qu'une envie, c'était en finir avec tout ça.

Maintenant, j'ai pris énormément de distance et parfois j'oublie que je suis un SBM. Ça, c'est vraiment sincère, j'oublie. Je vis tout à fait naturellement... Si j'ai envie de me balader à poil dans mon appartement, je le fais (d'ailleurs souvent). J'ai l'impression d'ailleurs que je gêne une certaine voisine que je n'avais pas vue ! Je suis nature, je déambule dans l'appartement sans faire attention. Apparemment, ça ne lui plaît pas trop. Elle baisse le rideau, peut-être parce qu'elle est gênée, mais moi, je ne suis pas gêné du tout. Mais maintenant, comme je la respecte, je baisse aussi mon rideau de fer. Je ne me rendais pas compte. Disons que ce n'est pas une preuve, mais ça atteste d'un bien-être quand même. J'ai un ami qui est adepte du naturisme et il préfère se baigner à poil ou se bronzer à poil. Une fois, j'ai été avec lui et je me suis mis “à poil” aussi, Cela n'a pas posé de problème. Je crois que les gens ne sont pas rivés sur le sexe des autres. Moi, j'assume très bien mes cicatrices sur les bras, sauf dans la cadre de ma profession puisque je m'occupe d'enfants, je ne vais pas m'amuser à répondre aux questions toutes les cinq minutes. Mais à part ça... Les cicatrices, c'est juste une question de maturité. Quand on devient un homme, un adulte, on ne passe pas son temps à se formaliser sur ce type de détail et il faut apprendre à soigner son égo. Moi, cela m'a amené à soigner mon égo. D'ailleurs grâce à cette aventure, j'ai eu l'impression de me décentrer un peu de moi et de devenir de plus en plus détaché des petites choses insignifiantes, sinon on tourne en rond et ce n'est vraiment pas intéressant. On a des cicatrices parce qu'on a eu un parcours X. On peut avoir une cicatrice à la jambe parce qu'on a eu un accident de moto et on peut avoir une cicatrice à la jambe parce qu'on a eu un parcours de SB, voilà. Et puis il faut prendre les choses telles qu'elles sont, pas autrement. Si une femme doit être séduite, c'est par ce que vous êtes. C'est beaucoup plus difficile... Et c'est là qu'on se rend compte que beaucoup de gens... Qu'il y a un malentendu dans certaines rencontres. Les gens se fient trop aux apparences et rares sont ceux qui accordent de la valeur à ce que vous êtes vraiment. Sur quoi sont réellement basées les relations, telle est la question ? Parce que moi avant, j'avais quand même un certain succès mais j'ai changé, j'ai grossi, je suis très poilu, je suis petit, Est-ce que je correspond encore aux critères de beauté ? Certainement pas. Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de rencontrer quelqu'un. Peut-être bien que je suis très amoureux de la paix que j'ai gagnée grâce à ce parcours réussi. Je n'ai peut-être pas envie que cette paix soit rompue par des problèmes annexes. J'attends quelqu'un qui m'apporte une paix encore plus grande, et ce n'est pas facile, mais je ne cours pas après, en vérité, je ne cours pas après. Je n'ai pas de manque sexuel véritable, et quand j'en ai un, ce qui ne me semble pas être différent d'un mec d'origine naturelle, “je me soulage”, comme on dit, avec des fantasmes bien pensés et puis basta. S'il faut rentrer dans le concret, et bien je vois une relation sexuelle avec ma première femme puisque son image m'excite encore alors que les autres ne me font plus fantasmer. Et puis voilà, je me soulage et ça va mieux. Après plus “touche” pendant une semaine ! Et quand j'ai une aventure ... ça se passe comme ça se passe. Souvent, je suis un peu déçu parce que, même si ça ne se passe pas trop mal sur le plan sexuel, il n'y a pas de suite, là c'est de l'ordre des sentiments, ce n'est pas de la faute à mon passé. Pour être encore plus heureux que je ne le suis, et bien, j'aimerai rencontrer une compagne stable avec laquelle je pourrai avoir une relation dans la durée comme je l'ai eue avant mes opérations. Sur le plan sexuel, je ne pense pas être différent des autres mais je n'aime pas les relations sexuelles déviantes.

Alors qu'est-ce que tu appelles des relations sexuelles déviantes ?

Eh bien, autant j'ai déjà léché l'anus de mes amies, mais je n'ai pas de pulsion de sodomie par exemple.

C'est à dire, l'envie de les sodomiser, elles ?

Oui, je n'ai pas envie de les sodomiser et je n'ai pas envie d'être sodomisé non plus. En passant je le dis, je n'ai aucune pulsion homosexuelle, je n'ai jamais rêvé de coucher avec un homme en tant qu'homme transformé, ça c'est clair et net, ça ne m'intéresse pas du tout. Et je ne dis pas ça dans le vide puisque j'ai un ami homosexuel et s'il avait tenté quoi que ce soit, il se serait pris “ma main dans la figure”. Donc, ça n'a pas changé, j'ai toujours été un peu homophobe pour le relationnel sexuel et je le suis resté, mais je ne suis pas homophobe sur le mode de vie de ces gens. Voilà, ce n'est pas mon truc, quoi, ça c'est clair et net, et l'opération n'a rien changé à ce niveau là.

Et si tu avais une partenaire qui te demandait de la sodomiser ?

Et bien, je ne le ferai pas, ça ne m'intéresse pas. Je ne vois vraiment pas l'intérêt d'aller mettre une verge dans un “truc” plein de caca, d'accord ! Franchement... Je me demande même comment... Je ne vois vraiment pas l'intérêt, et puis en plus c'est hyper dangereux pour la verge, parce qu'on a une verge fragile avec un tuteur fragile. Aller “fourrer” son sexe dans un orifice qui est naturellement mal lubrifié... Même avec du lubrifiant, c'est risquer de se faire mal à la verge. Une verge si précieuse, on en prend soin et on essaie de faire quelque chose de normal ! Pourquoi allez chercher l'anormal, enfin quand je dis anormal, qui n'est pas courant quoi... Ce n'est pas prévu pour... C'est un orifice qui n'est pas prévu pour ça. Et on peut exprimer son amour et sa tendresse autrement qu'en allant dans le “trou à caca”, voilà. Pour moi, une relation dans le vagin me suffit amplement. Quand ma partenaire veut me lécher le sexe, je veux bien, mais je lui dis gentiment qu'au bout ça ne me fait presque rien. C'est plutôt à la moitié inférieure que cela se passe ; donc, elle me lèche plutôt la base, la moitié de la verge plus le reste, c'est à dire le scrotum, où c'est bien innervé. Et dans ce cas, c'est agréable.

Est-ce que tu arrives à utiliser des capotes ?

Alors les capotes, au début je prenais des capotes normales et elles épousaient bien la verge qu'on m'a faite, mais à la fin ce qui ne me plaisait pas c'est que ça serrait. J'avais peur que ça fasse garrot et je n'étais pas bien dans mes relations parce que j'avais toujours peur que ça devienne violet, noir, puis plus rien.

Et de la perdre ?

Voilà et de la perdre. J'ai été voir une pharmacienne et je lui ai expliqué le problème. Elle m'a dit « mais il n'y a pas de honte, il y a plusieurs gabarits, plusieurs diamètres de capote ». J'ai pris une taille au-dessus, et même si c'était un peu moins confortable parce qu'il y avait des plis, c'était moins risqué.

Donc avec les capotes plus grandes tu étais plus détendu ?

Oui, ça me serrait moins à la base du sexe et ça allait mieux. Mais j'avoue que l'idéal, c'est de prendre des capotes lubrifiées si possible... Enfin, je m'arrange toujours pour que le sexe de ma partenaire soit bien lubrifié. C'est très important quand on a une verge de SBM de prendre des lubrifiants, (c'est vraiment la première chose qu'on m'a dite quand j'étais à l'hôpital), de manière à ne pas traumatiser les chairs, et que les “allers et retours”, (qui doivent de toute façon ne pas être violents), se passent sans problème. La sexualité d'un SBM avec une verge doit être “chaloupée”. Une fois qu'on est rentré dans le vagin, on s'arrange pour ne pas trop sortir, sinon on traumatise à chaque fois la verge. Ceux qui veulent donner des grands coups, c'est leur problème, moi je ne trouve pas ça forcément intéressant pour la fille. Il vaut mieux rester dedans puis tourner en rond et puis faire des allers et retours très modestes et puis essayer d'avoir plutôt des gestes du bassin sensuels, chaloupés. Je ne sais pas comment l'exprimer autrement, je ne peux pas être plus précis, là on est dans le détail à la virgule près. Après, le reste c'est l'inspiration... Il y a des poses qui sont plus ou moins confortables pour nous, à cause du tuteur, il ne faut pas hésiter à les utiliser, mais ça c'est personnel. Certains ont un tuteur qui les gênes plus ou moins. Avec le tuteur que j'ai, il y a certaines poses qui me font mal, comme par exemple moi en tailleur et la dame en tailleur autour de moi, ça me fait mal. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait mal, donc je la proscris. Il y a d'autres positions, mais ça c'est un truc personnel, si je les donne, c'est comme si je donnais une recette de cuisine qui s'adapte à tout le monde, ça n'a aucun sens. Mais je sais en tout cas qu'il faut faire très attention aux poses qu'on prend et à la façon dont on mène le coït. Il y a beaucoup de garçons qui ne font pas “gaffe” à ce genre de détails et qui ont eu des éjections de prothèse et se sont fait très mal à la verge, bêtement. Il ne faut pas faire l'amour comme un “sauvage”, sinon au bout de quelques années, c'est l'assurance d'avoir une éjection de prothèse et des douleurs et peut-être même “foutre en l'air” sa verge. C'est déjà arrivé. Je connais des garçons à qui c'est arrivé, Marc pour ne pas le citer. Il a eu une éjection, et un autre qui s'appelle Albert pour ne pas le citer. Il a eu deux éjections à cause de sa sexualité. Ces Messieurs pensaient qu'ils pouvaient “bourrer” comme des pur-sang... En plus, ça cogne au fond du vagin de la dame et ça lui fait mal. Ce n'est pas du tout comme ça qu'il faut s'y prendre, au contraire. On est amené à avoir une sexualité douce et tant mieux pour la dame, parce que c'est ce qu'elle attend je pense. Et rien n'empêche d'accélérer un peu, à partir du moment où c'est bien lubrifié. Quand c'est bien lubrifié effectivement on peut peut-être un petit peu accélérer, mais il faut faire très attention parce qu'un faux geste et puis on se fait très mal. Il ne faut pas oublier quand même que les verges qui sont faites maintenant sont très sensibles au moins à la base, en périphérie et au dessous du scrotum (qu'il soit plein ou vide).

Maintenant il y a un autre aspect de la sexualité qui me revient. J'ai deux partenaires qui m'ont mis la main au scrotum et qui m'ont stimulé. Avec ou sans boules [3] ça, c'est très agréable parce que c'est très innervé dans cette zone. Et puis quoi d'autre, il m'est arrivé plusieurs fois quand j'étais seul d'avoir la nécessité d'aller, (quand je me masturbais), uriner comme si le fait d'uriner correspondait à une éjaculation, ça m'aidait à soulager la tension.

C'est à dire qu'après l'orgasme tu allais éjaculer heu pisser ?

Non, j'ai dit « quand je me masturbe », je n'ai pas dit « quand j'étais avec une femme ». Je ne lui pisse pas dans le vagin ! Tiens alors, une pratique déviante pour moi : pisser sur quelqu'un ou chier dessus et il y en a qui le font. Moi je trouve ça vraiment débile.

Donc je disais quand tu te masturbes, et donc après l'orgasme tu vas pisser ou pour y arriver ?

Non, j'ai l'orgasme et après j'ai envie de pisser pour me soulager. A ce moment, j'ai l'impression d'avoir un second orgasme en pissant. Mais ça, c'est quand je me masturbe, donc c'est personnel. Quand je suis avec une dame, je n'ai pas envie d'aller pisser après. Par contre si une dame veut me lécher la verge et le reste, elle peut, ça ne me dérange pas. Je m'arrange pour voir si toute goutte d'urine est effacée parce qu'il ne faut pas oublier non plus que notre conduit c'est le “conduit à pipi”... Ce n'est pas agréable pour la copine. Il est préférable d'avoir bien nettoyé son sexe avant les rapports et de s'arranger pour que la fellation arrive au début du rapport et non pas à la fin. Comme ce n'est pas technique ce genre d'affaire, tant pis... Mais enfin dans l'ensemble, moi, ce n'est pas ce que je préfère, ou alors dessous à la base, la verge retournée puis entre le scrotum et le bas de la verge. Là j'aime bien qu'on me lèche parce que
c'est l'endroit le plus sensible. Le bout c'est souvent ce qui est sensible chez l'homme naturel et nous c'est plutôt la deuxième moitié de la verge, avis aux amatrices !

Afin de me détacher un peu de moi parce que parler de soi ce n'est pas toujours intéressant, je voudrai dire que dans la sexualité du SBM qui a une verge, il faut qu'il soit conscient qu'il y a une sexualité typique de ce groupe d'individus et il faut l'accepter comme telle. Alors ceux qui se la jouent « moi je suis un mec, et ma sexualité est comme ci, comme ça » et qui la compare à des gens qui ne sont pas “foutus pareils”, ce sont des demeurés. Il y a une sexualité SBM, d'où l'importance de garder des liens si possible avec des garçons qui ont eu le même chirurgien que vous, de manière à avoir des échanges intéressants et à éviter certaines bêtises aussi. Personnellement, je suis en relation avec deux personnes ayant un sexe de la même origine chirurgicale. On se donne des conseils et j'en reçois. C'est très bien comme ça et c'est très important. De la même manière que deux garçons ou deux filles, ou trois ou quatre ou cinq hommes naturels et femmes naturelles peuvent se parler de sexualité pour s'échanger des choses. Ça revient au même, mais je pense qu'on reste un groupe spécifique. J'ai un ami qui est un homme naturel et je parle beaucoup de sexualité avec lui, mais c'est pour apprendre comment fonctionne un homme de naissance et voir ce qu'il est possible de vivre comme eux et ce qui m'est impossible de vivre comme eux. J'essaie de rester les pieds sur terre, mais ça reste intéressant et enrichissant. Et c'est par rapport à ces échanges verbaux, ce n'est pas seulement lié à la sexualité, que j'arrive à me positionner par rapport à la masculinité. « Tiens qu'est-ce qu'est ma masculinité par rapport à la sienne qui est un homme naturel, chose que je ne peux pas mesurer avec un autre SBM ? » J'essaie d'enrichir ma masculinité aussi en confrontant les échanges avec des SBM et en confrontant les échanges avec des hommes d'origine naturelle. Voilà ce que je peux dire aujourd'hui. La question, c'était la sexualité, le sexe, le sexe, le sexe !

Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?

Mais l'enquête c'est quand même pas que le sexe ?

Si tu as autre chose à dire, tu le dis.

Non, mais moi je ne réduis pas mon état à ça quoi. Surtout que j'ai une chose importante à dire, si un jour ça peut aider dans des travaux. J'avais lu, quand j'avais 17 ans, un rapport de je ne sais pas trop qui et on s'en fout, qui disait que la sexualité intéressait très peu les “vrais” SB. Alors, les “vrais” on va le mettre entre guillemets parce que de quel droit peut-on se dire c'est un vrai ou c'est un faux SBM ou SBF. Mais par contre, il y a une chose qui est sûre, c'est que moi je l'ai vraiment vécu ce truc, c'est à dire qu'une fois que j'ai obtenu mes interventions et mon changement d'état-civil j'étais vraiment moins intéressé par la sexualité. J'étais tellement bien que je n'avais pas besoin d'aller faire du “tralala” à gauche, à droite. C'est certainement que j'avais un équilibre psychique qui devait être pas trop mal quand même, et là ce n'est pas de la prétention de ma part, c'est vraiment une analyse que j'ai eue. Ce n'est pas possible autrement, si on est bien dans sa peau et si on a un psychisme équilibré, quel besoin d'aller combler encore avec autre chose, c'est de la surenchère ! Je veux, je veux, je veux, encore, encore, encore... Quand on a eu un tel parcours, on se contente de ce que l'on a et on mesure si vraiment l'envie était si forte, je veux dire l'envie et le désir d'être en harmonie avec son corps étaient si forts. Une fois qu'on a obtenu cela, il est difficile de trouver quelque chose qui nous apporte plus de quiétude. En tout cas, moi, c'est comme ça que je l'ai vécu et dès que j'ai eu cette quiétude qui est venue dans ma vie, j'ai été comblé. Et le reste... Ce sera la cerise sur le gâteau comme on dit. Mais, je n'attends rien et je n'exige rien, alors qu'il y a des tas de gens apparemment qui veulent, la femme, l'homme ou le mariage et les gosses et vas y que je t'adopte et que ceci et que cela... Personne ne va venir vérifier si on est conforme aux schémas de la société et à l'image qu'on se fait d'un homme bien intégré. Moi, quand on me dit « vous êtes célibataire », je dis oui, « je suis célibataire », et puis voilà, ça plaît ou ça ne plaît pas, c'est comme ça. Je n'ai pas à me conformer à un modèle social sous prétexte que... Voilà, s'il n'y a pas d'autres questions...



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[1]    « Un traumatisme est pathologique lorsqu'il n'a pas abouti à une métamorphose. » SIRON F., (1998), L'ethnopsychiatrie au service des vétérans russes de la guerre d'Afganistan, in Le Journal des psychologues, n°160, septembre 98, pp. 52-57.
[2]    syndrome Benjamin masculin, “transsexuel”, conversion femme vers homme, nouvel homme.
[3]    Prothèses testiculaires.


Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.