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ANNEXE D



INTERVIEW N° 1

ANNA

NOUVELLE FEMME




L'interview d'Anna s'est déroulée à son domicile. Au début de l'entretien j'ai par mégarde appuyé sur la touche pause. Ce n'est qu'après vingt minutes d'entretien que je m'en suis aperçu. Elle a bien voulu recommencer, mais cette seconde version était moins bonne que la première. Cependant les éléments y sont tous restitués, seuls quelques menus détails sont perdus.

Elle avait commencé à répondre à la première question, celle que je pose à tous : « Première question, quand tu as rempli le questionnaire qu'est-ce que ça a fait pour toi, enfin qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête ? » Ensuite, j'ai posé ma consigne : « Est-ce que tu peux me parler de ta sexualité à la période que tu veux, aux périodes que tu veux, me dire ce que tu veux sur le sujet. »

C'est pendant cette seconde partie que je me suis aperçu que le magnétophone ne fonctionnait pas. Elle a donc repris son discours où il en était. Elle est ensuite revenue sur les points précédents pour compléter ce qui manquait. La transcription de l'interview suit donc celle de l'enregistrement.

Après la transcription de la cassette, elle a apporté les corrections qu'elle souhaitait. Les échanges ont été faits par courrier.

Pour des raisons de respect de la vie privée, tous les prénoms ont été changés.

L'essentiel c'est d'être bien, bien avec soi-même, si on est bien avec soi-même je pense qu'à la limite on peut bien faire l'amour. Alors donc, j'ai toujours aimé les femmes, voilà. Les mecs hou ! [Rire.] J'ai toujours aimé les femmes et quand je faisais l'amour avec une femme, c'était toujours pour y trouver ce que j'aurais aimé ressentir en fait. C'est à dire lui apporter cette sensation d'amour que moi j'aimerais ressentir. Quand j'embrassais, comme je disais, une foufounette... J'aime bien ce mot foufounette, c'est pensé, c'est beau, c'est soft, ça fait joli... Donc, le fait d'embrasser les foufounettes, je peux le faire pendant des heures, c'est vrai, et sans me fatiguer parce que c'est moi en fait que j'embrasse quelque part. D'une façon égoïste, c'est moi que j'ai envie de faire monter au ciel, et c'est vrai que c'est quelque chose de merveilleux. Donc, je disais aussi que je n'ai jamais vraiment dominé, pourtant j'ai un caractère dominateur, un caractère extrêmement fort, dominateur, mais pas si dominateur que ça en fin de compte. Cet espèce de caractère que je peux avoir, c'est une protection que j'ai, comme beaucoup de gens qui ont ce type de caractère qui sont en fait en société assez durs, enfin pas durs, je veux dire, qui sont assez forts. En rapports physiques ils sont beaucoup plus... Ils se laissent plus facilement aller, peut-être aussi plus passionnés. Mais j'ai toujours aimé être en dessous plutôt qu'au-dessus c'est à dire qu'en fait quand il y avait pénétration, la pénétration il fallait qu'elle soit totale de façon à ce que j'imagine que son corps était le mien et que le mien était le sien, ce qui à ce moment là pouvait créer une éjaculation. Mais je crois que c'était la seule condition pour que ça fonctionne dans ce sens, non pas que je n'ai pas de fantasmes. Loin de là, parce que les fantasmes j'en ai et actuellement encore plus qu'avant.

Chez la femme par rapport à l'homme au niveau du rapport physique c'est à dire que la femme n'a pas besoin de... Pourquoi il y a des sex-shops, pourquoi y a des bordels, pourquoi y a tout ça ? C'est parce que c'est les hommes qui en ont besoin, c'est pas les femmes. Les femmes n'ont pas besoin, elles ont tout dans leur tête. Une femme a dans sa tête, une fois qu'elle a envie de prendre du plaisir avec un homme, elle le met, elle se met son fantasme dans la tête, elle choisit dans son petit tiroir là. Elle a plein de petits tiroirs dans la tête, elle sort un petit tiroir, « tiens, je vais me faire celui là ce soir... » et hop ! Et ça marche ! Et ça marche ! Et c'est ça qui est bien. Alors ça c'est des choses que j'ai, que j'ai découvertes depuis, tout doucement, depuis ma première opération. C'était sympa.

Alors c'est vrai que mes rapports physiques sont plus avec... Je suis plus attirée par les femmes peut-être parce que ma vie sociale a fait que j'étais un homme et que... Non, si j'avais été homosexuel homme, j'aurais été homosexuel ; je l'aurais reconnu puisqu'en fait j'avais été hospitalisée au Val de Grâce pendant deux mois quand j'étais pompier de Paris. Ils voulaient absolument que je sois homosexuel et moi je leur disais « mais je ne suis pas homosexuel, j'ai envie d'être une femme qui fait l'amour en tant que femme et avec une femme ». Alors ça, ils ne comprenaient pas. Le fait que je veuille être en femme, que je puisse avoir un corps de femme, c'était... C'était homosexuel à cette époque là, parce qu'il ne faut pas oublier que c'était dans les années 69-70. C'est quand même à une époque où tout ça c'était tabou, interdit. Je me suis mariée en 1970 avec Annie parce qu'en fait y avait un lien entre nous. Elle, elle avait été violée et elle avait eu un avortement à la suite de ça, donc il y avait une espèce de tendresse, d'affection qui nous lie, une forme de d'amour. Elle n'était pas au courant. Je pensais que le fait de me marier me sortirait de ma transsexualité. Erreur de ma part d'ailleurs puisqu'en fait au bout de six mois c'est revenu avec une violence incomparable. Mais, on avait cette sexualité tendre qui me convenait et qui lui convenait aussi, elle qui avait manqué d'affectif, de tendresse, de câlins et ci et ça. Elle me reprochait de pas avoir un comportement masculin à 100% comme elle aurait voulu. Et puis tout s'est découvert après et cela s'est très mal terminé. Après, bon, j'ai rencontré d'autres femmes, mais ce qui est amusant c'est que les femmes que j'ai rencontrées ont toujours été des femmes de fort caractère. J'ai rencontré Aline, j'ai rencontré Denise, j'ai rencontré Annie... Annie contrairement à ce qu'on peut penser c'est quelqu'un qui a un caractère de têtu, elle est très maligne, très astucieuse et elle est très forte en amour, ça il faut l'avouer. Et c'est vrai qu'elle m'a apporté cette découverte du jeu sexuel avec ou sans matériel, tout en restant dans le jeu... On a fait du SM [sadomasochisme], mais ce n'était pas dans la violence en fait, c'était quelque chose de doux, de...

Soft ?

Soft, voilà, c'est le terme. C'est vrai qu'on s'est bien amusé... Je me suis bien amusée mais j'avais quand même envie... D'abord je vivais totalement habillée, bien sûr, mais j'essayais d'avoir une vie totale de femme de façon à être sûre que cette vie était faite pour moi. Après tout j'aurais très bien pu socialement m'accommoder de cette vie et loin de là, au contraire. Maintenant que je suis totalement femme, je dirai, dans ma vie sociale, affective, professionnelle, je me sens très bien, bien mieux que je ne l'étais avant. C'est vrai que mon corps, même si ce n'est pas un corps de star, me convient parfaitement, au niveau de la douceur, au niveau du sexe, parce que au niveau des opérations même si la première a été ratée les autres ont bien rattrapé. C'est vrai que j'ai un clitoris qui fonctionne très bien et  qui part au quart de tour, quelquefois au deuxième quart, mais enfin il part. Pendant très longtemps j'ai été attirée plus par les femmes, mais maintenant, je ne serais pas hostile au fait de vivre avec un homme qui pourrait m'apporter les qualités des femmes tout en étant un homme bien sûr, mais qui n'ait pas ce côté égoïste qu'ont les hommes qui vont au tiercé, au café et qui regardent le match de football pendant qu'on prépare les petits plats. Ce n'est pas tout à fait mon style et je crois que ça ne collerait pas tellement. Et puis je pense que si je tombe sur quelqu'un avec qui j'ai quelque chose à échanger, pas seulement physiquement mais à tous les points de vues, je crois que je serai complètement comblée. Parce que maintenant, j'ai l'impression, en fin de compte, d'avoir réintégré une société. C'est, je ne sais pas si tu vois le film de COCTEAU avec heu...

Je ne connais pas.

Avec les glaces, COCTEAU très glaces... En fait j'ai l'impression d'avoir été dans une vie homme avec un cadre de vie, être passée au travers d'une glace et d'avoir tout reconstruit de l'autre côté en tant que femme. Et là, j'ai pratiquement tout reconstruit et j'ai gardé je crois mon équilibre, en tant que femme mais en plus je pense que ma sexualité maintenant doit pouvoir s'étaler sans arrière pensée, sans haine de ce machin que j'avais qui pendouillait entre les jambes qui ne me plaisait pas trop. Ce n'est pas que je le détestais, mais j'avais l'impression qu'il réagissait indépendamment de moi.

C'est généralement le cas chez les hommes.

Ah bon ! Je ne savais pas. Mais c'est extrêmement... C'est gênant... Et en, tant que femme je ne ressens pas cette même sensation, même si je ne suis pas une femme biologique... Je ressens plus cette même sensation de désir... Absolument de... Cet espèce de désir de... Je vais être vulgaire, de vider le poireau, en fait. [Son expression me fait rire, nous rions tous les deux.] C'est ça, un espèce de trop plein de machin qu'on a envie, hop ! de faire partir, puis ouf ! ça y est. Avant c'était, « ça y est », c'était parti, j'étais tranquille je disais « ouf ! » Et puis ça revenait. C'était embêtant, ça ne m'arrangeait pas ça ! En amour, en fait, ce que j'ai toujours aimé c'est tout ce qui se passe avant, les caresses, les préliminaires, et tout ça, bon sûrement du plaisir, mais après aussi. Les gros câlins après, tout ça, j'aimais bien. Ça c'était quelque chose de... Et c'est une chose que j'ai envie de retrouver, mais je crois que si j'ai une relation avec quelqu'un après ce sera quelque chose de durable. J'ai envie de construire quelque chose en amour. J'ai envie d'être bien physiquement, socialement avec quelqu'un.

C'est vrai que j'ai fait des tas de choses au niveau du sexe, mais en fait je crois que la meilleure des choses, c'est des choses simples, les tendresses, les câlins et les trucs. Bon c'est vrai que les jeux d'amour c'est bien dans des délires, mais je ne sais pas si... Moi j'ai envie de faire l'amour. Maintenant, c'est peut-être comme ça, que ça va changer, dans un an ou deux, je n'en sais rien. Mais actuellement, j'aurai envie de recommencer comme si j'avais 18 ans. Ça parait idiot mais j'aurai envie de recommencer comme si j'étais une jeune fille et, une vieille jeune fille [rire], de refaire ça bien, redécouvrir l'amour avec ce que je suis c'est à dire la femme que je suis.

C'est un peu ce qui se passe quand même, du fait que l'opération est récente, tu repars.

Je repars à zéro.

C'est comme si tu naissais avec un nouveau corps.

Voilà, et j'ai envie de retrouver des sensations.

Ce sont des étapes qui ne paraissent pas aberrantes, comme ça a priori.

Oui, c'est vrai. En fait j'ai envie de redécouvrir ça et j'ai envie de bien le faire, ne pas rater ce...

C'est vrai que c'est important pour les femmes la première relation...

Je pense, oui, je pense que la première relation est essentielle, mais je crois que chez l'homme aussi elle est importante, elle est importante. En fait, la première relation c'est celle qui va, comment on dit ça, qui va...

Influencer ?

Influencer, oui, qui va influencer tout le reste de la vie sexuelle. Si un homme tombe sur une femme qui est dominatrice, qui lui parle d'une certaine façon la première fois qu'il va faire l'amour, je pense que ça va établir les déclencheurs qui vont l'amener à tout le temps avoir ce déclic ou d'y penser tout au moins. Je ne sais pas, c'est une image. De mon côté, maintenant j'ai envie de faire l'amour avec tout ce que j'ai apporté aux femmes, maintenant j'ai envie qu'on me l'apporte aussi. Mais je me sens sereine et disponible en fait. Prête. Plus j'y pense, plus je pense que ma vie sexuelle à venir ne sera pas systématiquement avec une femme. Je n'en ai plus la certitude. Pourtant autour de moi on me dit « oh ! Mais toi, tu vas vivre avec une femme. » Je ne sais pas... Je ne sais pas... J'ai envie de vivre avec un être avec qui je suis bien, homme ou femme peu importe, mais quelqu'un avec qui je suis bien, avec qui je me sens bien. Quelqu'un que j'ai envie d'appeler, que j'ai envie de voir, avec qui j'ai envie de partager des choses. Quelqu'un que j'ai envie de quitter pendant trois ou quatre jours et que j'ai envie de retrouver au bout de trois ou quatre jours. Ça aussi c'est fort en amour. Je crois qu'au niveau de la sexualité, ça aussi c'est important, ne pas cacher une sexualité c'est à dire vivre avec quelqu'un, mais quelqu'un qui bouge, c'est à dire on se voit pas pendant trois ou quatre jours on se retrouve au bout de trois ou quatre jours. Se retrouver, retrouver des corps qui se retrouvent, pas des corps qui prennent l'habitude l'un de l'autre. C'est comme ça que je vois l'amour. Je ne sais pas, je me trompe peut-être... Je ferai peut-être comme tout le monde, la routine, la petit déjeuner le matin, on part travailler, on se retrouve, hop on se couche, on fait dodo, on met le réveil à sonner et on recommence le lendemain. Peut-être, je ne sais pas...

[D'elle-même, elle se rappelle la première consigne.]

Bon alors le questionnaire, je ne sais pas si je t'en ai reparlé ou pas reparlé... Mais c'est vrai que j'ai essayé d'y répondre le plus sincèrement possible. Tu as lu ce que j'avais mis ?

En fait je ne me souviens pas particulièrement du tien, je me souviens seulement avoir eu beaucoup de mal à te relire.

J'écris très mal. Mais il était vraiment différent ?

Ils sont tous plus ou moins pareils à priori. Est-ce que tu vois autre chose à rajouter ?

Non, à moins que tu aies des questions à me poser parce que je peux oublier des choses. J'ai eu une sexualité en tant qu'homme à la limite peut-être mieux que certains hommes. Je sais que ce n'est pas bien ce que je dis là mais...

Ce n'est pas faux...

Ce n'est pas faux, et je le renie pas, je le renie pas ce passé d'homme. Alors là je vais te dire une chose, mon sexe je ne le regrette pas un instant. Pas un instant je ne l'ai regretté, même quand la première opération a été ratée, je n'ai pas regretté.

Tu as juste regretté que ce soit raté.

J'ai juste regretté que ce soit raté. Mais pas un instant je n'ai regretté. Pas un instant, j'ai eu peur au niveau des opérations en me disant « je me fais opérer, je ne me fais pas opérer ». Ma détermination a toujours été la même...

Reparles moi un petit peu de l'AMAHO[1]. [Elle m'en avait parlé dans le premier entretien.]

Ah ! l'AMAHO, c'était Marie-Andrée.

A l'époque, tu avais quel âge quand tu l'as rencontrée ?

Quand je l'ai rencontrée, j'avais 18 ans quand je suis arrivée à PARIS. L'AMAHO c'était rue Albert Samin, à côté de la place Péreire. C'est une association donc. La Présidente de l'AMAHO c'est quelqu'un qui, vrai ou pas vrai, je ne sais pas, qui avait été opérée par les Allemands pendant la guerre. C'était une expérience qui avait été faite. Elle avait créé cette association et elle avait fait d'ailleurs une carte d'identité comme une carte d'identité en papier.

Oui, comme faisait DOUCE[2].

Je pense qu'il avait repris la même chose, c'est à dire un côté féminin et un côté masculin.

J'avais entendu parlé d'une personne qui avait alors, mais qui n'était pas l'AMAHO, c'était une personne qui avait eu un traitement hormonal dans les camps nazis.

C'est elle.

Et qui, par la suite, avait été opérée en France ou après je ne sais plus et avait obtenu son changement d'état-civil de ce fait.

Et bien c'est Marie-Andrée, c'est elle, c'est l'AMAHO. Elle est morte il y a quelque temps, elle est morte il y a une dizaine d'année, peut-être moins, non. C'est dans les camps nazis qu'elle a été opérée.

Donc, elle a été opérée dans les camps nazis.

Eh oui ! C'est un ouï dire.

Il y a eu plusieurs cas ou c'est le seul cas à ton avis ?

C'est le seul cas à ma connaissance, je n'en connais pas d'autre.

Quelles étaient les perspectives à l'époque ?

Et bien, c'est ça qu'elle m'a fait un peu éviter. Elle m'avait fait une première piqûre, j'avais 18 ans et demi, bon et puis j'avais amené des photos. Elle m'avait dit « oh oui ! »

C'est elle qui faisait les piqûres ?

Je pense que c'est elle qui faisait les piqûres mais je n'en suis pas sûre. C'est elle qui m'en avait fait une, la seule et unique.

Elle était médecin ?

Je n'en sais rien, moi j'ai suivi bêtement. Et en fait après, je lui ai dit « mais comment je vais faire après parce que pour les opérations », elle dit « ah ! Mais ma petite faut faire comme les copines ». Et là ça m'a fait reculer parce que les copines c'était le bois[3]. Il n'y avait pas d'autre solution, c'était CASABLANCA, c'était l'opération à CASA, enfin voilà, puisqu'il y avait Coccinelle un peu avant.

Finalement, l'avantage c'est que tu as maintenant un sexe qui te permet d'avoir du plaisir, alors qu'à l'époque ça n'aurait pas été possible.

Oui, je n'aurais pas eu ça. Et puis, je crois qu'aussi que si j'avais fait ça plus jeune, peut-être qu'arrivée à un certain âge je me serais dit « est-ce que j'ai eu raison, est-ce que j'ai eu tort ? » Là, j'ai essayé d'être un homme je n'ai pas réussi, donc, je n'ai pas de regret. Je n'ai pas de regret de me dire « mince, si j'avais su ». Puis, il y a quand même une chose, même si je ne l'ai pas porté, j'ai eu un enfant. Même si je ne l'ai pas porté, je suis contente de l'avoir eu. Je n'aurai pas ce regret de ne pas avoir eu d'enfant. [Interruption par la sonnerie du téléphone.]

[Reprise.] Alors donc, je suis allée à une réunion de sexologie qui était organisée par quelqu'un qui s'occupait à cette époque là d'un minitel rose dont je ne me souviens plus le nom mais qui était connu. Et donc elle nous avait invitées Annie et moi à cette réunion en tant que femmes, on ne payait pas, mais les hommes payaient. Et elle étudiait un appareil qui est utilisé pour les femmes qui ont des problèmes d'incontinence. C'est un appareil qui ressemble à un phallus, c'est un tube métallique. En fait, c'est simplement pour apprendre aux femmes à se servir du périnée.

Un rééducateur ?

Voilà un rééducateur. Donc, cet appareil est mis dans le vagin, donc il y avait une femme qui était allongée et l'appareil était mis dans son vagin et il créait des décharges qui lui apprenaient à serrer l'appareil.

L'entrée du vagin ?

L'entrée du vagin. Donc, pour apprendre aux femmes à serrer un sexe d'homme pour lui donner un plaisir, pour ne pas juste être écartées et attendre...

C'est plus loin que la rééducation, donc ça veut dire le contrôle des muscles vaginaux ?

Le contrôle des muscles vaginaux par l'intermédiaire du périnée, ce qui n'est pas évident. Et elles apprenaient aussi aux hommes à se servir de leur sexe en érection, mais apprendre à ne pas s'en servir simplement d'avant en arrière mais à essayer de le faire bouger à droite, à gauche, en haut, en bas, de façon à pouvoir, dans le vagin d'une femme donner du plaisir à une femme et, pourquoi pas, arriver en contact du fameux point “G” entre guillemets. Alors le point “G”, selon la personne qui faisait le cours, se trouverait quand on croise l'index et le majeur, on les superpose, quand on les rentre dans le vagin, si on remonte normalement il y a le point “G”. Si on va en bas on touche le périnée, qui est douloureux et qui est sensible d'ailleurs. Et si on remonte, normalement le point “G” qui devrait se trouver dans environ dix centimètres dans l'entrée du vagin. En fait donc on avait appris à manier ce genre de chose à cette réunion. J'avais trouvé ça très sympathique. Après il y avait un petit repas, les présentations, les hommes, les femmes. Mais il faut avouer que c'était assez intéressant. J'étais étonnée parce que cet appareil, en fait est utilisé pour des problèmes de...

C'est un spéculum ?

Non, un spéculum ça s'ouvre, là c'est simplement comme les appareils qui servent à faire les dilatations, ou les trucs qu'on met dans la main pour les épilations, là les espèces de trucs métalliques. Ça fait un peu ça. C'est un tube qui est mis dans le vagin. Mais à l'origine, c'est utilisé simplement pour les incontinences.

Moi, ça m'a toujours étonné comment on pouvait contrôler l'incontinence...

A fermer.

Oui, mais il y a 2 muscles en fait au niveau de l'urètre. Il y en a un au niveau de la vessie que tu ne contrôles pas, et il y en a un qui arrive en bas, qui est donc quasiment à l'entrée. Et celui là il n'est pas toujours étanche, et quand tu as très envie, enfin chez les femmes, si le muscle sphincter du haut s'ouvre en général il est très difficile de se retenir. Il y a des femmes qui y arrivent très bien et d'autres qui n'y arrivent pas.

Ça m'arrive à moi d'avoir des fuites.

Oui, ce n'est pas étonnant.

J'ai toujours une petite serviette, un protège slip parce que des fois, j'ai très envie de faire pipi, et puis alors là c'est une mauvaise manie que j'ai prise, c'est à dire que j'attends, j'attends, j'attends, et jusqu'au moment où, ha ! C'est plus possible et là ça devient grave, ça coule ! Heureusement qu'il y a la petite serviette sinon ça poserait un problème. Enfin voilà, c'était quand même intéressant cette réunion et je m'y suis bien amusée.

Il y a une chose qui est intéressante aussi, c'est au niveau des jeux d'amour et qui est très fort, c'est le bondage[4], ça marche pour les hommes et pour les femmes. Ça c'est quelque chose d'assez fort. Le fait d'être attaché et de ne pouvoir rien faire et de sentir monter le plaisir, sans pouvoir bouger, sans pouvoir se débattre avec le plaisir de se débattre. Pour faire monter encore plus fort le plaisir, moi je trouve ça extraordinaire, quand c'est soi et quand c'est l'autre aussi.

Ça peut être aussi tout simplement un fantasme ?

Ça peut être aussi un fantasme ou ça peut être un jeu. Il faut le faire à deux sinon ce n'est pas drôle.

Le fantasme tu peux le faire quand tu es seul, parce que tu n'es pas à deux.

Mais à deux c'est bien d'avoir des fantasmes. J'avais une amie qui aimait beaucoup son mari, mais si elle voulait avoir un orgasme extraordinaire, il fallait qu'elle pense à Terrence HILL. Elle faisait l'amour “avec Terrence HILL”, et avec moi aussi. Elle me disait « quand je suis avec [prénom du mari], je pense à Terrence HILL et c'est l'explosion ». C'est amusant, non ?! Mais attention ! Elle imagine, Terrence HILL avec le chapeau... Comme dans les films de cow-boys.

Et son mec, il n'était pas au courant ?

Non, lui il ne l'aurait pas supporté, lui le macho dans toute sa splendeur. C'est pour ça que ça marchait bien avec elle parce qu'elle avait son mari qui était le mec viril qui baisait sa femme, et puis moi j'étais “celui” entre guillemets qui câlinait. On passait des après-midi, je travaillais la nuit à cette époque, donc j'avais toutes mes après-midi avec elle. Donc on passait des après-midi au lit ou dans la nature si c'était l'été. On passait des bons moments.

Ce qui fait qu'elle avait tout ce qu'il fallait, le doux et le dur !

Voilà le doux et le dur, donc elle avait tout ce qu'il fallait. C'était génial, c'était vraiment extraordinaire. Je sais qu'une fois elle était partie en vacances, elle est rentrée de vacances, elle n'avait pas eu d'orgasme, elle était rentrée me rejoindre dans mon studio, et là alors là, elle a pris son pied, je ne sais pas, cinq, six, sept fois d'affilé. C'est là que je me suis dit « mais c'est extraordinaire, la facilité de récupération de la femme par rapport à l'homme ».

Disons qu'il n'y a pas besoin d'érection, c'est l'avantage.

Elle était à perdre son souffle. Bon ben moi c'était d'autant meilleur que plus elle prenait son pied, plus j'avais envie qu'elle le prenne.

Je crois que plus le plaisir est long, plus il se répartit dans le corps d'une façon beaucoup plus large.

Beaucoup plus, et puis on le sent. Moi je le sentais, je sentais ça, je l'enviais, parce que je sentais ce plaisir qui partait jusqu'à la pointe des cheveux et jusqu'à la pointe des pieds. C'est le corps entier, ça part mais alors et puis on sent qu'il est prêt, on sent le corps qui commence à... C'était bon ! Je me disais « est-ce qu'un jour j'aurai cette chance ? ».

Normalement, les hommes devraient avoir la même chose ?

Non, c'est centralisé, enfin moi, j'ai le souvenir de quelque chose de tout à fait centralisé. Parce que j'étais comme ça, peut-être que je n'étais pas comme tous les mecs.

Il faudrait voir des mecs qui sont bien dans leur peau, qui sont heureux d'être des mecs, qui sont à l'aise aussi côté cul. [Et qui veulent bien en parler.] Je n'en connais pas...

Je n'en connais pas non plus. Ils sont tellement imbus de leur “machin” que, ah alors là, si malheureusement ça ne fonctionne pas, alors là c'est un drame ! C'est affreux ! « Ça ne m'arrive jamais... Ça ne m'est jamais arrivé... C'est la première fois que ça m'arrive... »

Alors que c'est marrant parce que je lisais ça aussi dans l'enquête[5] qui avait été faite, les vieux couples deviennent sereins parce qu'ils s'en fichent qu'il n'y ait pas d'érection, ils ont le côté tendre et puis ça ne les empêche pas de prendre leur pied, aussi bien à l'homme sans érection qu'à la femme. Et du coup ça n'est plus une obligation d'avoir une érection, ils savent qu'ils peuvent avoir le plaisir quand même.

C'est ça en fait que je vois maintenant, c'est dans ce sens là que je vois ma vie future d'ailleurs. Je la vois plus, pas systématiquement avec un coït, on peut ne pas en avoir besoin, puis l'amour ce n'est pas systématiquement une éjaculation.

Il y a des hommes qui ont du plaisir sans éjaculation, il y a des éjaculations sans plaisir et il y a des éjaculations sans érection et inversement des érections sans éjaculation. En fait c'est tout un tas de choses qu'on ignore, c'est en confrontant nombre de témoignages qu'on peut arriver à découvrir que statistiquement il n'y a rien d'anormal.

Plus ça va, plus je pense que si on est bien avec soi, à tout point de vue, que ce soit sexuellement, en société, affectivement, dans tous les domaines, si on est bien dans tous ces domaines là avec soi, tu peux avoir une vie vraiment bien, sereine, cool, et tout peut très bien se passer. Il est très bon ce petit vin. Ça aussi, ça fait partie des plaisirs de l'amour... le vin, le champagne, la crème chantilly, la glace, tout ça, ça fait partie des accessoires de l'amour. Je crois qu'en amour on a le droit de tout faire ou de tout dire.

Là, tu parles du jeu, par exemple, en mettre sur le partenaire, et puis faire des léchouilles ?

Le jeu, oui, et ça fait partie de l'un ou de l'autre, mais il ne faut pas que cela soit systématique. Surtout pas de systématisme, ça ce n'est pas possible.

Sinon ce n'est pas drôle ?!

Oh ce n'est pas drôle !

J'ai toujours eu l'envie ou le désir de faire l'amour, mais faire l'amour avec mon sexe. En fait c'est le seul problème, je n'ai jamais été bloquée sexuellement. J'étais bloquée au travers de l'outil, je vais dire, ou du sexe, pas de la sexualité mais du sexe physique. J'avais envie d'avoir, de faire l'amour avec mon sexe de femme et pas avec mon sexe d'homme, c'est tout. En fait ça n'a jamais été plus compliqué que ça. C'est compliqué et c'est simple en même temps. J'ai eu la chance de le réussir, il y en a qui n'ont pas eu cette chance. Si j'étais née 100 ans plus tôt, ça n'aurait jamais été possible. Maintenant, j'ai cette chance et j'essaie d'en profiter au maximum. Mais j'ai envie de faire des choses bien, comme tout ce que j'ai essayé de faire jusqu'ici. Au départ, je suis partie un petit peu bancale, mais je me suis bien rattrapée après, j'ai bien récupéré mon équilibre, je me sens bien. Voilà, plus je suis bien avec moi, plus j'ai envie d'être bien avec les autres. C'est vrai j'ai envie d'être aimée et qu'on m'aime. C'est vrai j'ai envie d'être aimée et d'aimer.



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[1]    Association des MAlades HOrmonaux fondée par Marie-Andrée Schwidenhammer.
[2]    Le Pasteur Joseph DOUCE, psychologue, fondateur du Centre du Christ Libérateur, s'occupait des minorités sexuelles dont les “transsexuels/les”. Assassiné dans des conditions mystérieuses, en 1990, la justice traîne à faire toute la lumière sur cette affaire.
[3]    Bois de Boulogne, la prostitution. A l'époque, c'était la seule solution. Il y avait aussi les cabarets, mais tout le monde ne peut pas être une Coccinelle, il n'y avait pas assez de place pour toutes...
[4]    Le fait d'attacher, de ligoter.
[5]    HITE S., (1983), Le rapport Hite sur les hommes, Stock, Paris, 848 p.


Mis en ligne en juillet 2002. Mis à jour le 05/04/2004.