4. APPROCHE CRITIQUE DU DIAGNOSTIC DE “TRANSSEXUALISME”

Actuellement et depuis une vingtaine d'années, en France, le diagnostic de “transsexualisme” relève du psychiatre. Il se fait par élimination des autres diagnostics possibles du fait de la symptomatologie proche (intersexualité, psychose, homo-sexualité, travestissement...), Jacques BRETON[70]. C'est ce qu'on appelle un diagnostic différentiel. Les candidats à la chirurgie de redétermination sexuelle ne doivent pas présenter de pathologie comme la psychopathie, la schizophrénie, la paranoïa, ni de délire. Pour le diagnostic, les psychiatres se font aider par des psychologues cliniciens qui font passer aux personnes concernées par le syndrome de Benjamin des tests projectifs (Rorschach, TAT), une échelle de féminité masculinité (MMPI, Minnesota Multiphasic Personnality Inventory) et un test de niveau intellectuel (Benois-Pichot)...

Plusieurs personnes “transsexuelles” m'ont dit avoir orienté leurs réponses aux tests et les craindre. Voici ce que me disait Evrard[71] à ce propos:

« A propos du Rorschach et de tous les tests psychologiques qu'on nous fait subir, on travestit complètement les réponses. On ne va pas donner des réponses qui sont susceptibles de laisser penser certaines choses au psychologue. On va donner des réponses très softs (sic) ou, je dirai, qui sont très très loin d'un caractère sexuel ou quoi que ce soit. Je me souviens, dans TAT, qu'il y avait une scène[72] où ma première idée c'était un viol ou quelque chose comme ça, c'est évident que je n'ai pas dit ça. Je ne sais plus ce que j'ai raconté, si je crois que j'ai raconté «le type rentre de son travail, il est fatigué, sa femme l'attend tout simplement au lit», quelque chose de très très soft.
[...]
Par contre, ce qui parait hallucinant, c'est le test, je ne sais plus comment il s'appelle, c'est une multitude de questions à classer en “oui” ou “non” et au milieu “ne sait pas”, “peut-être”. Et moi, effectivement, d'abord j'ai mis énormément de temps à répondre à ces questions. Tu avais des questions du genre: «est-ce que vous êtes constipé?» Des questions aussi con que ça! Tu vois.
[...]
Je me souviens que les tests, c'est la chose qui m'avait mis le plus mal à l'aise. J'étais très angoissé par le fait que la psy pouvait dire n'importe quoi... Tout interpréter selon ses désirs. J'avais l'impression d'être, et j'étais à la merci d'une mascarade institutionnalisée; je parle évidemment du “pouvoir psy”.
 »

De ce fait, les résultats de ces tests ne me semblent pas fiables. Par ailleurs, tous les psychiatres et psychologues ne les utilisent pas car ils considèrent qu'ils n'ont pas besoin de ces tests, qu'ils ne leur sont pas utiles.

L'objectif des psychiatres est de s'assurer que l'état du patient sera amélioré par le traitement. Tant qu'ils n'en sont pas sûrs, ils s'abstiennent de tout traitement. Ils s'informent sur l'attirance amoureuse et sexuelle des candidats.

Jusqu'à récemment, les “transsexuelles” (homme vers femmes) lesbiennes (attirées par des femmes) n'étaient pas acceptées. Pour la plupart des psychiatres, il faut que les personnes soient hétérosexuelles après l'opération. D'un autre côté, si elles sont homosexuelles avant les traitements médicaux (hétérosexuelles après), on leur dit qu'elles n'assument pas leur homosexualité. Le sexe psychologique, (sentiment d'être femme ou homme), n'est pas l'attirance amoureuse et sexuelle (désir pour l'autre). Par ailleurs, ils ne prennent pas en compte que cette attirance amoureuse et sexuelle peut changer car elle n'est pas systématiquement définitive.

De même, les “transsexuelles” prostituées sont refusées. Or la prostitution n'est pas liée au sexe psychologique! Moins de 5% de “transsexuelles” françaises sont concernées par cette activité[73]. Par ailleurs beaucoup de personnes transgenres, transvesties et quelques “transsexuelles” sans papiers ont recourt à cette activité car c'est pour elles la seule possible.



Une “transsexuelle” me fait parvenir ce texte illustrant le type de relation qu'elle a avec l'équipe médicale:

« MA VISITE CHEZ L'ADJOINTE DE C.

Juste un petit mot pour vous conter mes démêlés d'aujourd'hui avec l'adjointe de C. à l'hôpital X. qui me recevait pour la 3ème fois.
Je dois préciser qu'ayant 44 ans, j'ai un peu vécu avant d'être obligée d'assumer ma transsexualité, en particulier, j'ai deux chérubins (7 et 11 ans).
Lors des épisodes précédents elle m'avait dit une première fois qu'ils s'étaient occupés de pères de famille et que ça ne causait aucun problème. Pour prétendre au second RDV que j'avais compris ce que j'avais voulu — à quoi j'ai répondu par un mail courroucé. (Sympa à l'hôpital X., ils donnent les Mails des toubibs.)
Alors cette fois-ci j'y allais pour la bonne bouche, ayant par ailleurs un psy et un endocrinologue (que je dois revoir à la fin du mois avec mes examens sanguins pour commencer le traitement).
Donc, j'y allais en avocat de la cause des TS[74] présumés de seconde zone.
Dans mon mail j'avais contesté qu'elle prétende sans les connaître que ma situation traumatisait mes enfants, d'emblée cette fois-ci, elle me propose de rencontrer son patron — C. — expert en la matière.
Je lui réponds qu'au vu de sa réputation je ne souhaite pas le rencontrer... Réaction plutôt agressive de sa part «vous êtes tous les mêmes et de toute façon les personnes comme vous généralement ils ne viennent qu'une fois». Il est très clair en effet que leurs efforts portent surtout sur le comment nous décourager «attention aux opérations, beaucoup se suicident après». Ah bon! Qui???
Je vous passerais les arguties auxquelles j'ai eu droit, qui tournaient autour du protocole et du comment ne pas reconnaître que ce dernier ne prévoit pas de s'occuper de cas réputés moins faciles. Comme le dit mon psy «ils ne veulent s'occuper que de personnes bien portantes».
Elle était un peu coincée... Difficile d'admettre que les raisons du refus probable de la commission seraient administratives et ne pas se déjuger en tant que médecin, en principe un toubib est censé s'occuper de la souffrance des patients.
Souffrance, d'ailleurs, elle a osé me dire que ma dysphorie de genre était évidente mais que je n'étais pas transsexuel. Elle s'est perdue un peu après dans les primaires, secondaires, pour me qualifier presque de ternaire, catégorie qui m'était manifestement réservée.
Là où je ne ris plus, c'est quand elle a osé me proposer comme tout traitement, afin de prendre ma souffrance en compte, une psychothérapie pour savoir d'où vient ce sentiment d'être femme qui est d'ordre psychologique, “tout le monde sait ça”, (parenthèse je crois savoir qu'au contraire aujourd'hui cette assertion est remise en cause) donc, psychothérapie et médicaments quand je déprimerais...
Là j'étais franchement en colère, je sors de mon sac mon Rivotril[75], je le pose sur son bureau et lui dit «docteur c'est à ça que vous me condamnez???» Non non. Pas du tout mais vous savez le protocole ... (mot qu'elle a employé au moins 50 fois en 3/4 d'heure).
Voyez, qu'elle ajoute pour terminer: «les homosexuels peuvent se marier et avoir des enfants maintenant». Ah non docteur, à l'étranger mais pas en France!
Oui oui mais ça viendra ... pour vous aussi dans 10 ans, (bien sûr 10 ans d'attente, elle rêve).
J'en ai conclu que je n'étais pas transsexuelle pour l'instant mais que je le deviendrais quand le protocole de ces équipes auto proclamées et fières d'elles, aura changé.
Inutile de préciser que j'ai terminé l'entretien en lui recommandant de rapporter mes propos, ce qu'elle s'est engagée à faire, et je lui ai précisé en tout dernier mot qu'elle ne me reverrait pas.
Voilà, je savais, bien sûr à quelle sauce j'allais être mangée, mais j'ai un côté Don Quichotte et j'avais envie de croiser le fer avec ces gens trop sur de leur savoir. Ce que j'en ai conclu, et qui n'est pas réjouissant, c'est que manifestement ils ne connaissent rien au transsexualisme — ce qu'elle a admis à demi-mot en disant que j'en savais plus qu'elle.
J'oubliais, elle m'a dit également, qu'ayant des enfants, mon changement d'identité ne pourrait être prononcé qu'a leur majorité[76].
 »

C'est ainsi que les équipes médicales sans chirurgien suivent une majorité de “transsexuels” exclus du protocole des autres équipes.

4.1.  LA VALIDITE DU DIAGNOSTIC PSYCHIATRIQUE

A propos du diagnostic, Russel W. REID[77], psychiatre anglais qui suit des “transsexuels” à Londres, écrit:

« En médecine et psychologie il n'existe pas de méthode permettant une évaluation fiable du transsexualisme. »

Les personnes concernées par le syndrome de Benjamin attendent longtemps, elles sont maintenues dans l'ignorance quant à leur avenir et cela les déstabilise. Les personnes ne savent pas quand une décision sera prise ni si elle sera prise. Il leur est impossible d'organiser leur vie autrement qu'au jour le jour et ce sur plusieurs années. Elles ne peuvent ni anticiper, ni se projeter dans l'avenir. Cette pratique créé une insécurité, fragilise les personnes et entraîne une difficulté, voire une incapacité à s'adapter qui peut persister même après la réassignation. Les personnes restent comme suspendues. Par ailleurs, le diagnostic peut, malgré toutes les précautions prises, être erronés tout en faisant souffrir inutilement de nombreuses personnes. C'est cette pratique qui est une maltraitance théorique. Des “transsexuels” en témoignent.

Yoann[78]: « On reste de toute façon fragile parce qu'on nous a poussés à bout, et que le comble de tout ça c'est que ce sont des thérapeutes qui vous font ça. Ils vous fragilisent parce que tout individu est susceptible d'être fragilisé quand il est déstabilisé. Nous, on est déstabilisé sur plusieurs années. La génération d'aujourd'hui l'est moins. Pour notre génération, on portait atteinte à notre intégrité encore plus qu'elle n'était déjà atteinte au départ. Il faut savoir qu'on en garde des séquelles [...].
[...] Il n'y en a pas une pour relever l'autre [les équipes médicales]. Je pense qu'ils ne se rendent pas compte de l'état de fragilité dans laquelle on est lorsqu'on est un esprit et pas un corps, voilà. Lorsqu'on est devant eux, on est un esprit masculin, ou un esprit féminin, et on n'est pas encore un corps. Au moment où on a fait la transformation, on devient un corps et un esprit. Et, ça devient tout autre chose, on a un poids qu'on n'avait pas avant. Et ces gens-là, “ils nous frappent dessus”, parfois par leur indifférence, par le fait de nous faire attendre longtemps, de ne pas nous considérer, de passer leur temps à nous poser des questions qui nous détruisent de l'intérieur, c'est une forme d'acharnement. Et puis, je trouve qu'être médecin, être docteur en médecine, quelle que soit la spécialité, c'est d'abord soulager le patient. Et eux, ils ne sont pas vraiment pressés de nous soulager — je ne parle pas du soulagement correspondant à l'opération — du moins un soulagement psychique qui ne nous confine pas dans le doute sur plusieurs années. C'est inhumain, et cela peut être une source de problèmes supplémentaires sur le plan psychologique. Paradoxalement, cela peut, peut-être, nous fortifier pour les plus tenaces d'entre nous, mais ressemble un peu à la loi de la jungle. Alors, les plus forts s'en sortent et les plus faibles restent sur le côté, c'est du moins ce que j'ai vécu à l'époque... Alors, ce sont surtout les “costauds du cerveau” qui résistaient. C'est un peu comme s'ils avaient gagné le parcours du combattant, un peu comme si c'était des paras qui y arrivaient dans l'équipe de Breton[79]. Et puis, les plus vulnérables se “cassaient la binette” avant et ils étaient obligés d'aller à l'étranger, avec des difficultés ensuite pour les changements d'état-civil. Ce n'était pas normal. Moi, j'ai essayé d'être le plus réglo possible. Je n'avais qu'une envie, c'était en finir avec tout ça.
 »


Seules les personnes qui ont les moyens financiers et celles qui ne souhaitent pas d'opération peuvent se passer des équipes médicales avec chirurgien.

Axelle[80]: « Je ne ressens pas d'être quelqu'un d'autre qu'une femme. Me dire que je dois être quelqu'un d'autre que moi, et c'est ce que j'ai essayé de faire pendant une certaine partie de ma vie, sur les conseils de la première doctoresse que j'ai vue où elle m'avait dit «vous vous coupez les cheveux, vous vous coupez les ongles, vous vous mettez des cravates, on va voir où vous en êtes.» Et là, j'ai eu l'impression d'être déguisée, ce n'est pas moi du tout, c'est clair.
[...] A part me dire que je ne suis pas normale... Je trouve que ce n'est pas suffisant, quand même. Tu vois, j'ai aimé le résumé, par exemple, de Cordier[81] qui me dit «combien vous mesurez?», je lui dis «1,72 m», et tout de suite «vous chaussez du combien?», je lui dis «je chausse du 37,5», et il me dit «c'est pas normal.» Alors ça c'est un peu épuisant. La psy en Belgique, c'était «qu'est-ce que vous avez fait avec votre voix?» «Rien.» «Qu'est-ce que vous avez fait avec votre barbe?» J'ai dit «j'ai fait un peu d'épilation électrique.» «Vous n'avez pas de pomme d'Adam.» «Ben, non.» Alors elle me dit «vous avez les hanches larges.» Ben oui, et je lui dis «qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse!» Alors après quand on me dit «on va encore réfléchir», pendant combien d'années? Parce que moi, j'ai voulu faire ça comme un combat personnel justement en évitant l'erreur d'un jugé extérieur, je vais dire, il y a quand même des millions de gens qui me considèrent comme une femme, qui me reçoivent comme telle. Et moi, ça fait un moment que j'ai analysé la question, donc, on va encore se poser la question pendant combien de temps à ma place? Quand Cordier me dit «on va se voir de manière soutenue» et j'ai un rendez-vous tous les six mois. Nous n'avons pas la même vision du soutenu, et là, je ne comprends pas.
[...] c'est un truc de fou, parce que tu vas en Allemagne, les bonnes femmes chaussent du 45. Ça dépend des pays, c'est complètement grotesque cette histoire. On se croirait chez les médecins nazis. C'est un peu grave. En même temps, je dis toujours que je suis en accord avec moi-même, et je pense l'être, mais il y a toujours cette phase de fragilité où tu te dis «merde, et si c'était l'autre qui avait raison en me prouvant le contraire de ce que je pense depuis des années.»
[...] je me dis «qu'il faudrait vraiment qu'il s'accroche parce que, bon.» Alors quand je l'entends dire aussi «il faut que je téléphone à votre mère.» Mais, ma pauvre mère qui à 76 ans, il veut lui demander ce qu'elle a ressenti pendant ma grossesse, non, mais c'est ridicule cette histoire. Je ne suis pas éléphant man! Et puis, cela changerait quoi, surtout. Je sais que les rares conversations qu'on a pu avoir avec ma mère, là-dessus, effectivement, c'était plus ou moins une fille qui était attendue, mais est-ce que c'est suffisant?
 »

Nombreux sont les parents qui souhaitaient avoir un enfant de l'autre sexe que celui qu'ils ont eu. Si c'était une cause du syndrome de Benjamin, il y aurait de nombreux “transsexuels”. Or ceux-ci sont rares, environ 5.000 en France[82].

4.1.1. Une erreur de diagnostic

Lors de mon mémoire de maîtrise, j'ai fait passer un questionnaire[83] à des “transsexuels”. L'un d'eux, le SBM du questionnaire G2-25, a suivi un traitement hormonal, une mastectomie et une hystérectomie. Le diagnostic a été fait selon les critères exposés plus haut[84] par une équipe médicale française avec chirurgien. Le traitement hormonal ne lui apportant pas le soulagement escompté, il a entamé une psychanalyse. Actuellement il regrette ce parcours. Voici ses réponses aux questions ouvertes:

« 1. Etes-vous satisfait(e) de votre sexualité? Décrivez en quoi vous êtes satisfait(e) ou insatisfait(e):
Non, j'ai cru aimer les femmes, je m'aperçois que ce n'est pas le cas. Les opérations de soi-disant changement de sexe ne changent qu'une chose => s'apercevoir que c'est une erreur!

2. Qu'est-ce que vous aimez le plus dans la sexualité? Décrivez:
Je ne sais pas, car ma sexualité, que je le veuille ou non, est celle d'une femme, avec vagin etc. J'aimerai avoir des rapports sexuels avec un homme!

3. Qu'est-ce que vous aimez le moins dans la sexualité? Décrivez:
Sans réponse.

4. La féminité, c'est quoi pour vous? Décrivez:
Ce que j'ai toujours refusé, c'est-à-dire moi-même. Refuser mon sexe car c'est de ça qu'il s'agit. Les raisons tiennent à ma compréhension des rapports père/mère. Pour moi le pénis était perçu comme dangereux.

5. La masculinité, c'est quoi pour vous? Décrivez:
Une mascarade, c'est le vêtement qui permet de masquer la volonté que j'avais de ne pas supporter d'être une fille. Il y a une différence entre ne pas vouloir être une fille et être un garçon.

6. Etre une femme, c'est quoi pour vous? Décrivez.
C'est accepter la sexualité d'une femme. Le reste est affaire de culture. Comme dit Françoise DOLTO, la femme est pour l'homme et inversement. Avec un peu de sincérité, tout le monde peut au moins le pressentir. Je me moque de l'homosexualité, je ne juge pas, je dis que c'est un mode de sexualité frustrant.

7. Etre un homme, c'est quoi pour vous? Décrivez:
Même chose. Accepter sa sexualité d'homme.

8. Comment vous sentez-vous à la fin de ce questionnaire?
Désolé de m'apercevoir qu'il sert des résistances et qu'il ne peut rendre compte d'aucune réalité. En ce qui me concerne, la psychanalyse m'a rendu à moi-même. Je ne peux concevoir qu'un travail scientifique s'attache à la faire taire. »

C'est la seule erreur de diagnostique dont j'ai connaissance mais rien ne permet de dire qu'il n'y en a pas eu d'autres que ce soit dans cette équipe médicale ou dans les autres. Il est dommage que cette psychanalyse n'ai pas pu être faite plus tôt afin d'éviter cette situation. Mais l'attitude des psys en est seule responsable puisque à l'époque de sa démarche de changement de sexe, les psys ne proposaient que des thérapies coercitives au lieu d'une aide à l'auto diagnostic. Si la théorie psychanalytique est impuissante pour expliquer le syndrome de Benjamin, elle peut aider certaines personnes à qui elle convient dans une aide à l'auto diagnostic dès lors que le thérapeute ne se limite pas à la théorie et qu'il garde une souplesse et une liberté de mouvement et de fonctionnement vis à vis de cette dernière.

Les informations du questionnaire G2-25 et les différents témoignages me permettent de dire que le mode de diagnostic est inadapté. Cela confirme également que l'attitude des “psys” empêche tout travail de compréhension. Le travail psychologique doit accompagner la personne dans son devenir, que ce soit en faisant le parcours de transformation ou non. En aucune façon le “psy” ne doit s'opposer au parcours de transformation si c'est ce que souhaite le consultant.

4.1.2.  Le parcours médical où la métamorphose pour être soi

Le parcours de transformation peut aussi être traumatisant à cause des pratiques non respectueuses. Ce n'est plus le cas actuellement dans la plupart des équipes médicales sans chirurgien. Voici ce qu'en disent les personnes “transsexuelles”.

Anna[85]: « L'essentiel c'est d'être bien, bien avec soi-même, si on est bien avec soi-même je pense qu'à la limite on peut bien faire l'amour. [...]
Plus ça va, plus je pense que si on est bien avec soi, à tout point de vue, que ce soit sexuellement, en société, affectivement, dans tous les domaines, si on est bien dans tous ces domaines là avec soi, tu peux avoir une vie vraiment bien, sereine, cool, et tout peut très bien se passer.
 »

L'épanouissement de sa personne, y compris sur le plan sexuel, passe par être bien avec elle-même.

Yoann[86]: « [...] une fois que le questionnaire a été terminé, que je l'ai envoyé, forcément à force de s'être plongé dans tout ça, je me suis reposé quelques petites questions puis je me suis dit «tiens, si je me replongeais dans les vidéos parlant du sujet», (j'avais enregistré certaines émissions télévisées). Ce qui m'intéressait c'était de voir quel regard j'avais aujourd'hui, de constater que j'avais pris une très très grande distance au point d'oublier ce que cela me faisait de voir ces sujets traités comme ils étaient traités à l'époque. Je me suis dit quand même qu'on avait un parcours extrêmement traumatisant, qui pouvait déstabiliser le psychisme et qu'il fallait qu'on soit des individus certainement beaucoup plus équilibrés que la moyenne, (contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire!), pour encaisser un tel parcours. Cela est vrai surtout pour les gens de notre génération, (nés dans les années soixante), qui ont connu l'équipe parisienne unique, pour ne pas la citer, celle du Pr BRETON. On s'est armé de patience, et il fallait vraiment ne pas avoir “les nerfs fragiles” pour passer dans les “mailles du filet”. Je trouve que cela illustre bien qu'on est quand même plus équilibré que la moyenne et qu'après il y a certainement une recherche inconsciente de paix. On essaie de pas trop se heurter à des difficultés inutiles pour conserver sa stabilité. C'est l'impression que j'ai eu avec le recul; en général, je ne cherche pas à rencontrer des situations qui me déstabilisent. Je trouve que j'en ai eu assez comme ça et finalement la paix apportée par mes interventions suffit à mon bonheur et le reste c'est de l'extra. Je ne recherche, ni quelque chose qui me déstabilise, ni quelque chose qui rendrait ma vie plus plus plus... Voilà, je suis satisfait. »

Après ce parcours difficile, il trouve enfin la paix et la sérénité.
Dans tous les cas, être bien avec soi-même est fondamental pour trouver un équilibre de vie et une paix intérieure. L'harmonie entre le vécu intérieur et l'apparence extérieure, (l'harmonie entre le contenu et le contenant), est essentielle au bonheur humain.


Notes:

[70]  BRETON J., et coll., (1985), op. cit., pp. 59-76.

[71]  REUCHER T., (2000), op. cit., p. 37, et voir l'interview n°4, Evrard, nouvel homme, annexe G, p. G.3.

[72]  TAT, planche 13 MF: au premier plan, un homme debout, habillé, le bras levé devant les yeux, tourne le dos à une femme (au second plan) couchée sur un lit, la poitrine dénudée.

[73]  SERRE A., CABRAL C., CASTELLETTI S., BRUNET J-B., DE VINCENZI I., (1994), Recherche-action auprès des transsexuels et travestis prostitués à Paris, in Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n°20/94, pp. 89-90.

[74]  Abréviation couramment utilisée par les personnes “transsexuelles” pour se désigner.

[75]  Médicament antiépileptique (benzodiazépine), anticonvulsivant, anxiolytique, sédatif, myorelaxant, d'après le dictionnaire Vidal, (1992), op. cit.

[76]  Ce qui est faux bien sûr.

[77]  REID R.W., (1995), Aspects psychiatriques et psychologiques du transsexualisme, in Transsexualisme, médecine et droit, XXIIIe colloque de droit européen, Université Libre, Amsterdam, 14-16 avril 1993, Strasbourg, Conseil de l'Europe, pp. 25-51, p. 34.

[78]  REUCHER T., (2000), op. cit., pp. 91-92, et voir l'interview n°2, Yoann, nouvel homme, annexe E, pp. E.9-10.

[79]  Pr Jacques BRETON, psychiatre d'une équipe médicale parisienne, la première à fonctionner en France sous son impulsion.

[80]  REUCHER T., (2000), op. cit., pp. 92-93, et voir l'interview n°3, Axelle, nouvelle femme, annexe F, p. F.4, pp. F.8-F.9.

[81]  Docteur Bernard CORDIER, psychiatre qui a pris la suite du Professeur Jacques BRETON.

[82]  Extrapolation des statistiques faites au Pays Bas en 1992, soit 0,0074% de la population. Source: CONSEIL DE L'EUROPE, (1995), Transsexualisme, médecine et droit, XXIIIe colloque de droit européen, Université Libre, Amsterdam, 14-16 avril 1993, Strasbourg, Editions du Conseil de l'Europe, 304 p., p. 39.

[83]  REUCHER T., (2000), op. cit., pp. 93-94, et voir questionnaire destiné aux SB (“transsexuels”), annexe B, pp. B.1-B.8.

[84]  CORDIER B., CHILAND C., GALLARDA T., (2001), op. cit.

[85]  REUCHER T., (2000), op. cit., p. 95, et voir l'interview n°1, Anna, nouvelle femme, annexe D, p. D.1, p. D.10.

[86]  REUCHER T., (2000), op. cit., p. 95, et voir l'interview n°2, Yoann, nouvel homme, annexe E, pp. E.1-E.2.

Mis en ligne le 11/11/2003. Mis à jour le 05/04/2004.


              

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