FONCTIONNEMENT
DES EQUIPES MEDICALES FRANÇAISES


Il existe 2 sortes d'équipes médicales en France, celles avec chirurgien ou équipes médicales hospitalières (auto proclamées “équipes médicales officielles”) et celles non-hospitalières (souvent sans chirurgien) exerçant la plupart du temps en libéral. Les secondes sont tout aussi compétentes que les premières. Le choix de telle ou telle équipe médicale n'a aucune influence sur le changement d'état civil.

Le fonctionnement des équipes médicales hospitalières (avec chirurgien) a évolué depuis quelques années dans le sens d'une rigidification pour certaines et d'un assouplissement pour d'autres. Pour diverses raisons, moins de 20% des patients sont pris en charge par ces équipes. Les autres doivent bien s'adresser ailleurs. Des équipes médicales sans chirurgien ont vu le jour afin d'aider des patients qu'ils suivaient par ailleurs ou qui ne trouvaient pas de place dans les protocoles des équipes médicales avec chirurgien. Il y a également des médecins indépendants qui s'associent au coup par coup avec d'autres médecins pour suivre leurs patients. Les adresses s'échangent par l'intermédiaire des associations et d'internet.

Par ailleurs, les personnes trans' emploient à tort le terme “officiel” pour qualifier les équipes médiales hospitalière qui n'on rien d'officiel puisque aucune loi ni aucun décret ne les désigne comme “officielles”. Elles se sont auto proclammées “officielles” mais elles en le sont pas. Il convient donc de cesser de les légitimer en utilisant ce terme, et de les désigner par «équipes médicales hospitalières».

Fonctionnement des équipes médicales hospitalières

Il faut compter au moins 2 ans, (parfois moins mais le plus souvent 2,5 ou 3 ans ou parfois plus), de suivi psychiatrique sans traitement hormonal ni opération. Les personnes passent un bilan psychologique (tests projectifs, échelle de féminité/masculinité, efficience intellectuelle...) avec un psychologue clinicien, un bilan complet (endocrinien, sanguin, hépatique et hormonal, parfois chromosomique) chez l'endocrinologue et un bilan chirurgical chez le chirurgien avant toute prise de décision de traitement. La décision est collégiale, les 3 médecins doivent être d'accord pour que le traitement soit accepté. Il s'agit d'une décision collégiale (accord entre les 3 médecins). La plupart du temps ces équipes considèrent que les personnes trans' doivent aller jusqu'à la chirurgie. L'accord pour le traitement sera donné au patient seulement si le diagnostic est favorable et s'il n'y a pas de contre-indication médicale (problème de santé qui présenterai des risque avec le traitement envisagé). Tout traitement hormonal commencé avant l'évaluation doit être interrompu. Ce n'est qu'après l'accord de la prise en charge des soins par l'équipe médicale que le traitement hormonal pourra être repris. Toute personne qui (re)commence un traitement, (hormones, chirurgie esthétique...), sans l'accord de l'équipe médicale, est exclue du protocole.
Les personnes séropositives (sans symptôme du Sida) ou ayant l'épatite C, dont le diagnostic de “transsexualisme” est patent, ne sont toujours pas prises en charge par ces équipes.

Les consultations des médecins (psychiatre, endocrinologue, chirurgien), le traitement hormonal et la chirurgie sont normalement entièrement pris en charge par la Sécurité Sociale. Mais l'épilation définitive de la barbe pour les transelles/SBF/MtF reste très mal remboursée et se fait en dehors. Il en est généralement de même pour la voix (rééducation vocale).

IMPORTANT: chacune de ces équipes a un protocole de prise en charge qui est parfois écrit. Le protocole diffère avec les équipes médicales. Ils ont quelques points communs: il faut avoir au moins 23 ans, ne pas être marié et ne pas avoir d'enfant mineur. Il faut de préférence se dire hétérosexuel (les transelle/MtF doivent aimer les hommes et les translui/FtM doivent aimer les femmes). Voir “Protocoles” dans le dossier “Médical”.

Les rendez-vous avec les psychiatres sont variables, de 1 à 6 mois. Les consultations durent 30 à 60 minutes. Un soutien psychologique en parallèle hors de l'équipe est souvent nécessaire afin d'avoir un accompagnement durant le parcours.

Ces équipes sont celles de PARIS/ROUEN, BORDEAUX/NANTES, LYON, MARSEILLE, MONTPELLIER, TOULOUSE (qui, je crois, à dû arrêter) et NICE.

En dehors des équipes médicales de LYON, MARSEILLE, MONTPELLIER et NICE dont je ne connais pas les résultats, en général, la chirurgie est de mauvaise qualité esthétique et surtout fonctionnelle pour les transelle/MtF et translui/FtM, c'est-à-dire environ 50% d'échec. Dans l'état actuel des choses, il n'est pas possible de les conseiller. Par ailleurs, ces équipes empêchent souvent la possibilité de prise en charge de la chirurgie hors de France par la Sécurité Sociale. Vous pouvez aller hors de France mais à vos frais! De même, les psychiatres ont 20 ans de retard dans leur conception et compréhension de la question. Ils confondent ou regroupent le sexe psychologique[1], l'identité sexuée[2] ou identité de genre[2] et l'attirance amoureuse et sexuelle[3] alors qu'ils sont différents et indépendants les uns des autres. Certaines des équipes médicales avec chirurgien voient d'un très mauvais oeil les équipes médicales sans chirurgien qu'elles qualifient d'incompétentes. Pour ce que j'ai pu en observer, elles sont au moins aussi compétentes pour ne pas dire bien mieux.

Notons aussi que la chirurgienne de l'équipe de Marseille s'est formée chez le Professeur MONSTREY à Gand et que cette équipe applique les Standards de soins de la WPATH. Pour plus d'information, voir “Protocole” dans le dossier “Médical”.

Afin de pouvoir peser dans le débat du référencement du transsexualisme comme problème psychiatrique dans le DSM 5 (American Psychiatric Association) et la CIM 10 (Organisation Mondiale de la Santé), et aussi dans la mise en place d'un protocole de soins par le ministère de la Santé, les équipes médicales hospitalières se sont regroupées en association: la SoFECT, Société francaise d'Etudes et de prise en charge du transsexualisme. Leur site: http://www.transsexualisme.info .

Fonctionnement des équipes médicales non-hospitalières et autres médecins:

Un psychiatre fait équipe avec un endocrinologue pour suivre une personne. Avant tout traitement, un bilan sanguin, hépatique, hormonal complet et parfois chromosomique est fait par l'endocrinologue. En tant que cliniciens, la plupart des psychiatres n'estiment pas utile le bilan psychologique que prescrivent les équipes avec chirurgien. Les entretiens cliniques leur suffisent pour se faire une idée.

En effet, l'intelligence et le niveau scolaire n'ont rien à voire avec le sexe psychologie et l'identité de genre. Par ailleurs, comme toute autre personne, les trans peuvent avoir des troubles psychologiques et psychiatriques qui cohabitent avec un sexe psychologie et une identité de genre inversés par rapport au sexe anatomique. Ansi, une personne peut être trans' et paranoïaque. Dans ce cas, c'est l'ensemble des problématiques doivent être prises en compte.
[Voir des infos complémentaires sur les tests.]
Il est vrai que les tests d'efficience intellectuelle (le QI) ne servent qu'à valider les résultats des tests psychopathologiques (Rorschach, TAT, MMPI...). Une personne qui a un mauvais QI peut ne pas avoir compris le test effectué, ce dernier n'a donc plus de valeur.

Sur l'accord du psychiatre, le traitement hormonal peut commencer au bout de 3 à 18 mois, cela dépend du cheminement que vous avez déjà effectué ou non. Qu'ils travaillent en public ou en privé, une bonne partie des médecins exercent au tarif Sécurité Sociale (secteur 1 ou conventionné). Quelques autres médecins travaillent à un tarif supérieur (ils sont en secteur 2 ou conventionnés honoraires libres). Certains de ces derniers adaptent leur tarifs en fonction des revenus et des possibilités des remboursements (mutuelles) des personnes.

Les psychiatres et quelques rares psychologues cliniciens de ces équipes médicales apprennent de leurs patients et ont fait évoluer leurs théories. Ils ont acquit une certaine souplesse de fonctionnement qui fait leur succès auprès des trans'. Ils fonctionnent plus dans une aide à l'auto diagnostic. Les consultations psychiatriques sont souvent plus rapprochées (toutes les semaines, tous les quinze jour ou tous les mois). Les consultations durent 10 à 60 minutes. Là aussi, si ça n'est pas suffisant, les personnes peuvent avoir un soutien psychologique en parallèle afin d'avoir un accompagnement durant leur parcours.

Parce qu'il est difficile de pouvoir se faire opérer en France ou que les résultats sont peu satisfaisants, la plupart des patients de ces équipes médicales s'oriente vers l'étranger pour leur chirurgie. Toutefois certaines chirurgies peuvent être faites en France uprès de chirugiens exerçant en dehors des équipes médicales hospitalières. C'est le cas pour les mastectomies, hystérectomies, gonadectomies (pour les 2 sexes), mammoplasties, féminisation de la face et du cou.
Pour les phalloplasties et vaginoplasties, au bout de 2 ans de suivi psychiatrique, une prise en charge de la chirurgie hors de France par la Sécurité Sociale peut être demandée pour les 2 sexes. Elle peut être accordée quand le dossier est bien monté et respecte les deux ans de suivi. Il faut que les 3 médecins (psychiatre, endocrinologue, chirurgien) apposent leur signature sur un même document dans lequel ils attestent qu'il n'y a pas de contre indication psyhiatrique à la chirurgie demandée et qu'il justifient pourquoi ils préconisent cette opération hors de France.
Certaines équipes médicales avec chirurgien font pression pour que soit refusée cette prise en charge afin qu'elles gardent le contrôle des “transsexuelLEs”. De ce fait, les conditions évoluent rapidement en augmentant les exigences, (voir “Sécurité sociale” dans le dossier “Médical” que j'essaie de tenir à jour).

A part être âgé d'au moins 18 ans, il n'y a pas de condition particulière. Ils acceptent aussi d'aider les personnes qui ne souhaitent pas la chirurgie génitale. Quand ils sont mal à l'aise avec cette idée, certains psychiatres n'acceptent pas les patients mariés ou ayant des enfants mineurs. Contrairement à certaines équipes médicales hospitalières qui ne le disent pas aux patients et les font traîner plusieurs années avec des faux espoirs, ces psychiatres le disent aux patients et leur évitent de perdre leurs temps. Ces informations peuvent être précisées par les associations quand c'est le cas.

Pour les enfants, et avec le soutien des parents, il est possible d'avoir une prise en charge avant la majorité (c'est impossible avec une équipe médicale hospitalière). Plus tôt le suivi est commencé, mieux c'est. Un suivi précoce ne veut pas dire obligation de suivre un traitement. Toutefois un blocage de la puberté peut être fait ce qui permet de gagner un peu de temps de réflexion et de limiter ou d'empècher les effet de la puberté. A tout moment, il est possible de changer d'avis. Un soutien psychologique ne peut être que profitable.

Transelle/MtF: les médecins qui font l'épilation définitive de la barbe et la rééducation vocale sont indépendants des équipes médicales. Les coûts et possibilités de prises en charges restent les mêmes quelle que soit l'équipe médicale choisie.

Si vous êtes concernéEs, dans tous les cas n'hésitez pas à contacter les associations[4], les choses changent assez rapidement.

En conclusion

Pour résumer, vous avez 2 possibilités, suivre un parcours protocolé ou suivre un parcours personnel. Informez-vous avant de prendre une décision. Une fois votre choix fait, il vaudra mieux vous y tenir.

1 - Parcours protocolé: vous faire suivre par une équipe médicale hospitalière et ne pas en sortir. Avantage, vous n'avez rien à payer, tout est pris en charge. Inconvénient: il ne faut pas être pressé et vous devez rentrer dans leurs critères, que ce soit pour commencer un traitement hormonal ou pour la chirurgie. Vous n'êtes pas sûre d'avoir un accord et donc un traitement par l'équipe. Vous pouvez perdre plusieurs années pour rien.

2 - Parcours personnel: vous faire suivre en dehors d'une équipe médicale hospitalière et ne pas chercher à vous faire opérer par l'une d'elles ni les consulter sous peine de devoir tout recommencer à zéro et que les médecins qui vous suivent aient des problèmes avec elles. Avantage: vous gérer votre parcours qui du coup est adapté à vos besoins. Vous choisissez vos médecins et chirurgiens. Inconvénient: gérer son parcours demande d'avoir la tête sur les épaules et de bien s'informer. Vous devrez vous déplacer parfois loin, pour consulter vos médecins et beaucoup plus loin pour la chirurgie (si vous en voulez) principalement hors de France (pour la chirurgie génitale). Si vous n'avez pas d'argent, ce sera difficile pour vous de financer une chirurgie même avec une partie prise en charge par la sécu (il y a toujours quelques frais qui ne seront pas pris en charge). Si vous changez d'avis vous devrez recommencer votre suivi avec (la nouvelle) équipe hospitalière.


Notes

[1]  Sentiment d'être femme ou homme.

[2]  Vécu de féminité et/ou masculinité correspondant ou non aux normes de genres en cours dans notre société. Le féminin et le masculin cohabitent d'une façon fluctuante et à des degrés divers chez chaque individu. Les normes de genres varient avec les époques et les cultures. Un homme peut être féminin sans douter d'être un homme.

[3]  Attirance vers un sexe pour des relations amoureuses et sexuelles: hétérosexualité, homosexualité et bisexualité, voire asexualité (sans attirance amoureuse et sexuelle).

[4]  Voir “Trans'” dans le dossier “Liens”.

Mis en ligne le 11/11/2003. Mis à jour le 18/09/2010.


    

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