A COTE DES TRANS


Ici est reproduit un article paru dans le Monde Libertaire. Les propos sont recueillis par Patrick Schindler dans les locaux d'Act-Up Paris après l'ExisTrans. Il y a quelques erreurs qui se sont glissées dans l'article mais il reste tout à fait compréhensible.

Environ 500[1] personnes participaient à Paris à la 9e, marche annuelle de l'Existrans, initiée par l'Association du Syndrome de Benjamin et de leurs sympatisants. Les revendication de «la communauté du silence» était aussi simples que ciblées. Les 60.000 personnes concernées en France, exigent, entre autres: la dé-psychiatrisation, afin de ne plus étre considérés comme des malades mentaux, ainsi que le définit encore aujourd'hui 1a toi française; la nécessité d'une étude épidémiologique spécifique sur les interactions entre la prise d'hormones et les traitements pour les trans séropositifs, des campagnes de prévention ciblées; le changement de statut à la demande des intéressés des préfixe 1 (sexe masculin) et 2 (sexe féminin) sur les numéros d'affiliation de la Sécurité sociale; la prise en compte des revendications des trans pour que la coquille vide du la Haute autorité de lutte contre les discriminations prenne en compte celles que l'État leur impose au quotidien. L'événement a été, on s'en doute, assez peu couvert par les médias. Aussi le Monde libertaire a voulu en savoir plus en interviewant quatre militants trans activistes et libertaires: Hélène, Tom, Carine et Vincent.

Hélène: Je revendique une culture libertaire de longue date après avoir milité, entre autres, à la CNT et, il y a deux ans, avoir créé la commission trans à Act-Up Paris, pas très éloignée des concepts proudhoniens essentiels tels que «dieu est le mal», et «la propriété c'est le vol». Y compris d'identité! Nous les trans souffrons avant tout de la discrimination tous azimuts. Mais, sur les traces d'Emma Goldman à New York, j'ai rejoint d'autres militants et pas forcément libertaires, comme elle le fit à l'époque sur le thème assez novateur du contrôle des naissances. Je partage ses idées sur les luttes transversales. Nous avons beaucoup d'alliées féministes, car il faut bien comprendre à la base que nos revendications existentielles trans, qu'elles soient issues d'une transformation de l'identité mâle vers le sexe féminin ou l'inverse, posent un problème de classe à la base: un homme qui devient une femme perd automatiquement au moins 50% de son salaire! En revanche, je ne me sens absolument pas d'affinité nationaliste d'appartenance à un sexe défini. Je constate surtout que nos problèmes au quotidien se heurtent au refus étatique de nous laisser changer de numéro d'affiliation à la sécu, alors que cette revendication basique ne représente aucun effort financier pour l'État. Nous souffrons en général où ça fait mal: rejet social et familial. Ayant tâté de la prostitution, avant de trouver un travail dit «normal», je constate simplement qu'aujourd'hui, à cause des interdits, entre 60 et 80% de mes amies sont mortes de dépression, successives menant au suicide, ou du sida, à cause de notre ennemi: l'État, premier transphobe de ce pays qui nous refuse l'information et la prévention.

Tom: J'ai choisi, étant né prétendument femme, de devenir un homme. Pourtant, je trouve que ce choix entre seulement deux «sexes» majoritaires reconnus est une notion un peu trop «castratrice» et limitée, qui n'a aucun sens: il existe tellement d'autres sexualités intermédiaires, un peu d'imagination! Il me semble que le postulat homme/femme correspond au principe du contrôle sécuritaire de la population, issue du judéo-christianisme, tandis que, par exemple, dans les îles Samoa, en Océanie, il existe cinq genres différents et surtout, tout être humain possède environ 300 chromosomes![2] Le problème dans les pays latins et occidentaux, c'est que la plupart des personnes qui ne se reconnaissent ni dans l'un, ni dans l'autre sexe finissent par ne plus s'aimer. II faut prendre en compte le taux de suicide dans notre communauté et tout ça pour une question d'étiquetage et d'amalgame face aux deux sexes dominants et reconnus. Nous réclamons donc, une identité tout simplement sociale: exister selon notre propre choix!

Carine: J'ai derrière moi, plus de vingt ans de luttes politiques et syndicales, y compris lorsque que je vivais à la Guadeloupe. Je me définie comme trotskiste libertaire, car il faut bien dire que dans les départements d'outremer, il n'y a pas beaucoup le choix! Ma lutte personnelle est fondamentalement politique, surtout pas nationaliste, car, l'Etat nous discrimine à la base en refusant aux trans, par exemple, leur essence même: la simple reconnaissance de leur identité. La première lutte est donc avant tout à mener contre notre premier ennemi: l'État et ses «gardiens du temple» que sont les psychiatres. Ils sont leur relais en terme de domination et donc d'oppression et agissent dans le sens classiste, afin de répertorier chaque individu dans une catégorie bien définie. En métropole, mon combat s'est encore radicalisé, loin du folklore des «bals musettes gay», je continue à militer sur un terrain politique, autant à Act-Up qu'au sein du Groupe Activiste Trans (GAT). Mais je retiens dans le combat quotidien des gays, lesbiennes et féministes, une certaine convergence des luttes, surtout en direction des minorités particulièrement opprimées dans ce pays, les lesbiennes, les personnes étrangères ou séropositives.

Vincent: Je milite, entre autres, au GAT, informel et créé il y a trois ans, ainsi que dans la commission trans d'Act-Up, surtout dans le but de politiser et impulser un discours au sein de notre «communauté», afin de faire oublier le postulat que le transsexualisme est une maladie, car ce que je supporte le moins c'est le contrôle des corps et surtout de l'identité. Je mets un point d'honneur à refuser de faire passer le communautarisme avant l'individu. Nos objectifs sont, avant tout, d'être présents là ou l'on ne nous attend par exemple, sur le terrain des luttes politiques. D'ailleurs, Radio libertaire nous a ouvert spontanément sur ondes et nous l'en remercions, car nous assumons aujourd'hui cinq émissions sur l'antenne, dont «Bistouri Oui Oui», la seule programmation française faite uniquement par des trans. Mais, nous ne nous arrêtons pas là: notre but est de faire fusionner les diverses énergies entre les «communautés» minoritaires, au sein de nos convictions libertaires.

Le Monde libertaire songe à ouvrir ponctuellement ses colonnes pour donner la voix aux revendications trans. En attendant, nous conseillons d'aller visiter le site de la Fédération anarchiste et des émissions diffusées par Radio libertaire (89.4), ainsi que le site syndromedebenjamin.free.fr, ou encore l'espace «Trans» sur le site actupparis.org, avec un lien sur le GAT. Nous vous donnons également rendez-vous dans un prochain ML et espérons vous retrouver les éditions de l'Existans et de leurs sympatisants.

Joindre Patrick Schindler,
groupe-claaaaaash AT federation-anarchiste.org.


Notes:

[1] Entre 800 et 1000, chiffre des RG. J'ai eu connaissance de ces chiffre quelques jours plus après la parution de l'article.

[2] Plutôt que «tout être humain possède environ 300 chromosmes», il faut lire «il existe au moins 300 sexes chromosmiques».

Mis en ligne le 08/10/2005.


         

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