CONFERENCES


Il existe un gouffre entre l'homme et la femme qui laisse la place à dix-huit sexes

Vivre une métamorphose, «sortir de soi pour aller à la rencontre de qui nous sommes»: le thème du congrès suisse de la Jeune Chambre économique, qui s'est tenu ce week-end à Forum Fribourg, semblait taillé sur mesure pour Tom Reucher. Ce psychologue clinicien, spécialiste de l'identité sexuelle, a été jusqu'au bout de la métamorphose à la rencontre de soi-même: né homme dans un corps de femme, il a franchi la barrière des sexes, puis a rencontré une compagne, elle-même née femme dans une enveloppe masculine.
Se définissant comme «un ex-transsexuel devenu un nouvel homme», le chercheur exposait samedi en première à Fribourg ses réflexions sur un sujet beaucoup plus complexe que l'on peut se l'imaginer.

La société occidentale s'est organisée autour de deux sexes majoritaires, l'homme et la femme. Elle occulte complètement l'idée qu'il puisse y avoir place entre deux pour des personnalités qui n'entrent pas dans ce strict schéma bipolaire.
Mais la nature est trop complexe pour se satisfaire de ce schéma rigide. La combinaison des gènes et le développement de l'embryon permettent au moins 18 combinaisons chromosoniques différentes. En d'autres termes, 18 sexes. Un enfant sur 2000 est concerné par ces états «intersexués», que le chercheur voit comme «des tentatives d'évolution plus ou moins réussies».
La culture ne fait pas mieux que la nature: les genres culturellement définis comme masculin ou féminin ne se rencontrent guère à l'état pur et la féminité cohabite en chacun de nous avec la masculinité, en proportions variables.

Enfin, le tableau se complique encore lorsqu'il s'agit de se construire une identité d'homme ou de femme cohérente sur une base biologique, psychologique ou culturelle, d'acquérir le sentiment de sa masculinité ou de sa féminité, et de la faire correspondre avec sa nature. Et avec ses préférences sexuelles: pour Tom Reucher, la majorité de la population, dite normale, serait en fait plurisexuelle, les hétérosexuels et les homosexuels «purs» étant minoritaires.
L'étroitesse et la pauvreté des identités et des sexes possibles dans les sociétés monothéistes occidentales exclut tous ceux qui sortent du schéma. Ils sont taxés de déviants, de pervers, dans le meilleur des cas de malades ou d'erreurs de la nature. Alors que ce sont tout simplement des êtres humains en quête d'une identité plus difficile à découvrir, mais tout aussi naturelle que les deux sexes officiellement reconnus.

Antoine Rüf

mardi 25 octobre 2005, Regions

Sur le site de La Liberté: compte rendu de la conférence (la page en version PDF).

Mis en ligne le 30/10/2005.


    

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